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Écologie et grande pauvreté : un réseau pour « cristalliser les dynamiques »

Créé en septembre 2018 par ATD Quart Monde, le réseau Wresinski Écologie et Grande pauvreté compte aujourd’hui plus de 500 membres, qui réfléchissent ensemble à une transformation de notre société fondée sur la justice sociale.

Ils sont architectes, ingénieurs, étudiants ou chargés de projet dans une association, certains connaissent ATD Quart Monde depuis longtemps, d’autres découvrent le Mouvement. Tous souhaitent que les questions écologiques qui les préoccupent ne soient pas déconnectées des réalités de vie des personnes en situation de pauvreté.

« Grâce au réseau, chaque politique publique ou même chaque acte de la vie quotidienne en lien avec l’écologie m’interroge : comment les personnes les plus précaires sont-elles prises en compte ? Quel est l’impact de cette action sur ces personnes ? Cela me pousse à regarder les choses de façon différente », explique Alix Gérardin, membre de l’équipe d’animation du réseau Écologie et Grande pauvreté.

Un autre rapport à l’espace

L’objectif est avant tout de réfléchir à un autre modèle de société. « Revoir notre mode de vie et la façon dont on consomme nous invite à envisager différemment nos relations avec les autres, notre rapport avec le temps et l’espace en étant davantage sur le local, plus ancrés sur notre territoire », souligne Alix Gérardin.

Une réflexion partagée par Bruno Rakedjian, pour qui les mesures mises en œuvre pour sauver la planète doivent aussi permettre aux plus pauvres de sortir de la grande pauvreté. « On entend trop souvent que ces mesures ne doivent pas pénaliser les plus pauvres, mais ce n’est pas suffisant. Il faut réfléchir avec ces personnes pour aller au-delà de cette réflexion et leur permettre d’être au cœur des dynamiques qui peuvent voir le jour sur les territoires », indique ce membre du réseau qui travaille dans le secteur de la transition écologique.

Rejoindre d’autres mouvements

Chacun peut s’impliquer au sein du réseau selon ses disponibilités. « Certains membres souhaitent simplement recevoir des nouvelles, via une newsletter, afin de suivre les réflexions en cours. D’autres participent aux rencontres, tous les deux mois, et peuvent s’investir dans les groupes de travail », explique Alix Gérardin. Ces échanges doivent pour l’instant permettre au réseau de dresser un état des lieux des réflexions en cours et des expérimentations déjà menées, d’associer et de rejoindre les actions menées par d’autres mouvements ou collectifs.

Dans cette dynamique, ATD Quart Monde a organisé un événement le 16 septembre dernier à Paris, en partenariat avec trois associations, Alternatiba Paris, Action Climat Paris et La Base, avec le soutien du Crid (Centre de recherche et d’information pour le développement). « En France, nos organisations sont très peu outillées pour comprendre ce lien entre écologie et grande pauvreté. Rejoindre ce réseau, c’est aussi comprendre ce que vivent les personnes les plus précaires au jour le jour, tenter d’inverser la tendance d’un mouvement écolo réunissant plutôt des jeunes diplômés urbains et adapter nos actions aussi en fonction des plus précaires », explique Valentin Prelat, chargé de projets au Crid et membre du réseau.

Des visions inspirantes

À terme, l’objectif pourrait être de monter des projets collectifs sur des territoires, à l’image de Territoires zéro chômeur de longue durée. « On est dans une société où l’on pousse vers l’individualisme, ce qui est très pénalisant pour les personnes en situation de grande pauvreté. Tout le monde a son rôle à jouer. C’est tout l’enjeu des corps intermédiaires, il faut cristalliser les dynamiques de tous », affirme Bruno Rakedjian.

Les débats au sein du réseau sont très riches, chacun ne donnant pas forcément le même sens au terme  « écologie ». « Il y a beaucoup de questionnements, car il ne s’agit pas de ‘verdir’ l’action d’ATD Quart Monde. Certaines personnes ont des pratiques très écolos, économes en ressources, liées à la nature, et pourtant elles n’évoquent pas l’écologie, mais mettent en avant l’aspect économique avant tout. Toutes ces visions inspirantes déplacent parfois nos convictions, c’est très enrichissant », constate Camille de Romémont, architecte et membre du réseau. Une rencontre nationale pour les membres du réseau est prévue au cours du mois de juin pour poursuivre la réflexion en prenant en compte les aspirations des personnes les plus pauvres.

 

Les trois groupes de travail

Le réseau Wresinski Écologie et Grande pauvreté a mis en place trois groupes de travail, qui se réunissent régulièrement:

  •  Rejoindre les combats et actions médiatiques menés par d’autres (collectifs, associations, partenaires…);
  •  Identifier des projets d’expérimentations concrètes, pour toutes et tous, de modes de vie plus écologique ;
  • Organiser un état des lieux de l’impact des changements environnementaux et climatiques sur les personnes en situation de grande pauvreté.

Le Laboratoire d’idées

Des militants et militantes Quart Monde souhaitent aussi s’investir sur ces questions et rejoindre le réseau Wresinski Écologie et Grande pauvreté. Ils se retrouveront le temps d’un week-end en mars, à La Bise, dans le Jura dans le cadre d’un Laboratoire d’idées. Ils pourront ainsi travailler, à partir de leurs expériences de vie difficile autour de la question : quels types d’expérimentations concrètes de modes de vie écologiques qui ne laissent personne de côté le Mouvement pourrait-il lancer ?

Pour en savoir plus : [email protected]

 

Photo : Pancarte réalisée pour la Marche pour le climat en septembre 2018 à Paris. © GR, ATD Quart Monde