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« On ne peut pas augmenter le SMIC » : vrai ou faux ?

Faux. Certains pays ont augmenté leur salaire minimum, au bénéfice de leur économie.

« Si l’on augmente le SMIC, les entreprises embaucheront moins », entend-on souvent, et même parfois : « supprimer le SMIC faciliterait la création d’emplois ». D’un autre côté, huit Français sur dix souhaitent une hausse du salaire minimum (baromètre d’opinion DREES 2015) qui aiderait certainement à réduire le nombre de deux millions de travailleurs pauvres dans notre pays.

L’idée reçue qu’« on ne peut pas augmenter le SMIC » et les quatre suivantes posent la question d’identifier ce qui décide réellement les entreprises à produire, à investir et à embaucher. En réalité, plus que les réductions de coût du travail ou d’impôts et les facilités de licenciement, c’est davantage la santé de l’économie et des carnets de commandes qui est le facteur déclencheur (idée reçue 98).

On observe qu’une hausse du salaire minimum n’a pas forcément un effet négatif sur la santé des entreprises et qu’il redynamiserait au contraire l’économie(1). En Allemagne, l’instauration du salaire minimum en 2015 n’a pas empêché le chômage de baisser. En Californie, le salaire horaire minimum va passer de 10 à 15 dollars d’ici à 2022. D’autres États américains prévoient aussi de l’augmenter afin de relancer la consommation des ménages, principal moteur de la croissance américaine. Même politique au Royaume-Uni, pour la même raison.

Une autre manière d’aborder la question du salaire minimum est de considérer qu’il oblige les États à compléter par des prestations sociales les ressources de millions de travailleurs pauvres dans la plupart des pays occidentaux. C’est donc un coût(2) (certains disent une subvention publique à l’emploi précaire accordée aux entreprises) que l’on pourrait éviter au contribuable en relevant le montant du salaire minimum, tout en permettant aux salariés de vivre plus dignement de leur travail.

(1)J. Schmitt, « Why Does the Minimum Wage Have No Discernible Effect on Employment ? », Washington, CEPR, 2013. L’étude « Working poor in America » d’OXFAM en 2014 recense plusieurs études qui détaillent les effets positifs qu’aurait une hausse du salaire minimum sur l’économie américaine.
(2)153 milliards de dollars par an pour les contribuables américains, selon K. Jacobs, I. Perry, J. MacGillvary, « The High Public Cost of Low Wages », UC Berkeley Labor center, 2015, dont 7 milliards pour les salariés des fast-food, selon S. Allegretto, M. Doussard et alii, « Fast Food, Poverty Wages. The Public cost of low-wage Jobs in the fast-food industry », UC Berkeley Labor center, 2015.