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Une page se tourne pour le Centre de rencontre et de formation de Champeaux

Depuis 1973, des milliers de jeunes se sont réunis au Centre européen de rencontre et de formation de Champeaux, en Seine-et-Marne. Le Mouvement a pris la décision de se séparer de ce site emblématique et souhaite désormais construire ailleurs, avec d’autres, de nouveaux espaces fédérateurs pour les jeunes.

« Cette maison respire les centaines de jeunes qui y ont travaillé et qui ont prouvé ici de quoi ils sont capables », écrivait en 1986 Françoise Ferrand, dans son livre « T’es jeune ou quoi ? ». C’est son mari, Claude, et elle qui avaient trouvé, 13 ans plus tôt, cette ferme à restaurer pour permettre aux jeunes en lien avec le Mouvement d’avoir un lieu où se rassembler. En un peu plus de 45 ans, le Centre de rencontre et de formation de Champeaux a accueilli des milliers de jeunes pour des chantiers, des sessions de formation, des préparations de voyages d’étude, des rassemblements européens…

« Ce lieu avait des ancrages dans les cités partout en France et était vraiment tourné vers l’extérieur, avec une ouverture vers d’autres mouvements de jeunesse, vers les syndicats… Les jeunes venaient se ressourcer à Champeaux, en dialoguant avec d’autres, mais c’était pour retourner ensuite dans leurs quartiers, pour créer par exemple des Clubs du savoir et de la solidarité », explique ainsi Claude Ferrand. Le couple de volontaires permanents a animé le lieu et le développement du Mouvement vers les moins de 30 ans, avec une équipe nationale de jeunes et des co-volontaires, jusqu’à l’année internationale de la jeunesse en 1985.

Un lieu de construction d’identité

« Pour les jeunes très pauvres, c’était un lieu de fierté, un lieu où ils pouvaient montrer le meilleur d’eux-mêmes et le mettre en œuvre. C’était aussi un espace de rencontres pour tous les jeunes engagés dans les actions menées par ATD Quart Monde dans les quartiers ou autrement. Pour tous, c’était un lieu de construction d’identité », raconte Benoît Reboul-Salze, responsable du centre de 1995 à 2000 avec son épouse Véronique. L’équipe de Jeunesse Quart Monde, dont ils étaient responsables, était composée de militants, d’alliés et de volontaires permanents comme eux. Basée à Champeaux, elle allait à la rencontre et accueillait des jeunes de 16 pays européens.

Jean-Philippe Varet, militant à Roubaix, est allé au centre de Champeaux quasiment tous les ans de 16 à 30 ans, notamment en tant qu’animateur du groupe jeunes de Lille. Il s’en souvient aujourd’hui avec émotion. « On rencontrait des jeunes de partout, cela nous faisait sortir de notre quartier, on échangeait beaucoup, et on a fait des soirées phénoménales. On a aussi fait de gros travaux là-bas, dont je suis fier. Ce lieu a toute une histoire, on ne l’a pas fait en deux jours. On a même laissé nos empreintes ! »

Double défi

Le centre de Champeaux est donc très important dans l’histoire d’ATD Quart Monde, « mais aujourd’hui, nous faisons face à un double défi », explique Paul Maréchal, délégué national. « De très gros investissements seraient nécessaires pour le remettre aux normes, au niveau de la sécurité générale, et pour permettre son accessibilité aux personnes en situation de handicap. Et nous ne sommes même pas certains de pouvoir augmenter significativement les capacités d’accueil de nuit, qui sont aujourd’hui officiellement prévues pour 18 personnes, même si des possibilités de camping existent », détaille-t-il.

Le deuxième défi est lié à la dynamique de tels lieux : « Les jeunes ont envie d’être, eux aussi, créateurs de lieux, constructeurs, et pas forcément de remettre à jour des lieux anciens. C’est ce qui avait fait la force de Champeaux : ce sont les jeunes qui l’ont construit de leurs mains. Nous cherchons donc à proposer un projet du même ordre avec les jeunes d’aujourd’hui. »

Un espace de création collective

Le Mouvement a « besoin de s’appuyer, au niveau de la France mais aussi de l’Europe, sur un lieu qui va fédérer, d’avoir un espace de création collective, peut-être avec d’autres organisations de jeunes, et donc d’imaginer des projets complètement nouveaux en fonction des jeunes et des opportunités qui pourront se présenter. Mais on ne sait pas encore où il sera, ni quelle forme il prendra », poursuit Paul Maréchal.

De nombreux projets sont donc possibles, mais surtout, pour Françoise Ferrand, « en laissant toujours aux jeunes cette possibilité d’expérimenter, sans le regard des adultes, sans être définis par leur milieu social, mais seulement par leur âge et leur droit de rêver ».

Avant d’ouvrir de nouveaux horizons, la délégation nationale d’ATD Quart Monde « effectuera, dans les prochains mois, un travail pour retracer l’histoire de ce lieu et en tirer des enseignements pour l’avenir ». Julie Clair-Robelet

Pour contribuer à retracer l’histoire du centre de Champeaux, n’hésitez pas à nous partager vos souvenirs (récit, photos…) en les envoyant à : ATD Quart Monde, Délégation nationale – Champeaux, 45 ans d’histoire, 63 rue Beaumarchais, 93100 Montreuil ou sur [email protected]

Photos : Congrès International des Jeunes du Quart Monde – Champeaux 1975 ©ATD Quart Monde, Centre Joseph Wresinski

Jeunesse Quart Monde – Champeaux 1981 ©ATD Quart Monde, Centre Joseph Wresinski