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La fin de la pauvreté ?

La fin de la pauvreté ?

Historien, l'auteur retrace les étapes et les évaluations successives de cette guerre contre la pauvreté, sous les administrations Kennedy, Johnson et Nixon. Il en souligne les avancées, mais aussi les insuffisances et les incohérences qui, avec les tensions politiques, n'ont pas permis d'en finir avec la persistance de la pauvreté dans la société américaine, contrairement à l'ambition affichée.

Les experts sociaux en guerre contre la pauvreté aux États-Unis (1945-1974)

Grâce au livre de Michael Harrington « The Other America » (1962), la pauvreté est redécouverte par une nouvelle génération de politiciens, d’administrateurs, d’universitaires, de journalistes qui développent une perception dite culturaliste des pauvres, des êtres brisés psychologiquement par les conditions de vie qui leur sont faites, qui les éloignent de la normalité sociale et de la société de consommation.

Il y eut ainsi à cette époque, aux États-Unis, la conjonction d’une démonstration scientifique de l’existence d’une pauvreté relative au cœur de la prospérité américaine et la mise en œuvre d’une logique opérationnelle prise en charge par l’État fédéral pour tenter de supprimer ce fléau du paysage national. C’est ce qui fut officiellement appelé la guerre contre la pauvreté dont l’objectif initial, selon le président Lyndon Johnson, était de redonner des capacités d’autonomie empowerment aux plus défavorisés par le biais de programmes d’action communautaire (Community Action Programs). Mais tous les experts sociaux n’adhéraient pas à ce courant dit pragmatique. Il y avait aussi un courant dit institutionnel, favorable au renforcement du volet d’assistance de la sécurité sociale, et un courant dit fiscal prônant la mise en place d’un crédit d’impôt universel (negative income tax).

L’auteur rapporte avec force détails les luttes d’influence de ces divers courants pour infléchir les politiques publiques dans ce domaine (le débat pour ou contre une redistribution des revenus est central), jusqu’à l’élaboration de stratégies réformistes alternatives, puis au recentrage néo-conservateur qui aboutira plus tard à la mise en œuvre de la théorie du workfare par l’administration Clinton, avec l’obligation de travailler faite aux bénéficiaires d’une allocation.

Les Fondations philanthropiques ont joué un grand rôle pour favoriser des études et des recherches, mettant d’ailleurs l’accent plus sur les comportements déviants que sur la distribution des revenus. Certaines universités – Wisconsin, Michigan – sont parvenues, elles, à jeter les bases d’une véritable science de la pauvreté, notamment en voulant dépasser une logique d’assistance et mettre l’accent sur l’investissement en capital humain : « plus d’écoles, de routes, de lits d’hôpitaux, de logements, d’enseignants, de docteurs, d’infirmières, de travailleurs sociaux… », et sur un welfare qui soit conçu comme un tremplin pour les familles pauvres.

Mais les experts sont divisés sur l’ampleur des mesures à envisager. Si certains prônent des dispositifs universels (revenu minimum garanti par exemple), d’autres considèrent que ce sont seulement certaines catégories de pauvres qui doivent faire l’objet de mesures spécifiques (allocations, accompagnement social). Les travailleurs sociaux le sont également sur le rôle qui leur est dévolu.

Daniel Fayard

Éditions de l’EHESS – 2008 – 238 p.

Compte rendu publié dans la Revue Quart Monde n° 208.