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Ravine l’Espérance
Ravine l’Espérance
DE
Jean-Michel DEFROMONT, Louis-Adrien DELVA, Kysly JOSEPH, Laura Nerline LAGUERRE, David LOCKWOOD, Jacques PETIDOR et Jacqueline PLAISIR
nombre de pages :
400
|
prix :
10,00 TTC
|
isbn :
979-10-91178-51-8
date de parution :
2017
thème(s) :

A travers un récit haletant, où les voix qui s’entremêlent nous guident dans un Port au Prince bouillonnant, au fil de la semaine qui précède le séisme de janvier 2010, ce livre rend hommage aux Haïtiens, constamment happés par l’urgence, cherchant la vie avec une énergie insubmersible, comme des maîtres de résistance.

description

Cette semaine-là à Port-au-Prince

Bien sûr, il y a ce maudit 12 janvier 2010 où la terre a tremblé en Haïti et où tout a basculé : Port-au-Prince en ruines, ses habitants tâtonnant au milieu des décombres à la recherche des survivants.

Mais ce n’est pas à la catastrophe que les auteurs ont voulu dédier ce livre. C’est au courage du peuple d’Haïti qui, déjà bien avant le séisme, luttait au quotidien pour vivre dignement. Comme tous ceux de Nan Koton, le bidonville de Ravine l’Espérance accroché au flanc d’une des collines de la capitale. Comme Mickenson, Célom, Vinila, Fati, et tous les autres…

Leurs voix s’entremêlent, nous font vibrer et nous tiennent en haleine dans ce récit de la semaine qui a précédé le tremblement de terre, cette semaine-là à Port-au-Prince…

Les auteurs : sept compagnons d’engagement au sein d’ATD Quart Monde, sept complices dans l’écriture qui n’ont pas parlé « d’une seule voix », mais nous donnent à entendre les bribes d’une histoire unique, celle d’un peuple debout faisant face à l’impossible.

« Ravine l’espérance est un grand livre qui vous prend par surprise. On l’ouvre en pensant que c’est un document intéressant, « à lire », et puis voila que c’est un ouragan qui vous emporte et vous fait partager la vie de personnages plus intéressants les uns que les autres. Complexes, singuliers, étonnants, attachants, on les suit et on se retrouve à vivre la vie flamboyante de misère des habitants de la Ravine. On prend la mesure de la complexité de la vie haïtienne, de l’histoire de cette île martyre, de ce peuple merveilleux. Ensemble ils créent une polyphonie tragique mais envoutante qui nous prépare à vivre avec eux le tremblement de terre, moment de cristallisation qui va emporter leurs vies dans un mouvement irréversible. Puis vient l’après, la reconstruction des uns après la disparition des autres n’est pas moins surprenante. Bien sur il y a aussi la
vilenie, la violence, on n’est pas dans l’angélisme, loin de là !
Comme ils chutent, comme ils se relèvent, comme leur trace parle d’eux, tout cela est magnifiquement écrit, leurs voix se mêlent pour tisser une fresque que l’on quitte à regret. Ce qu’ils ont en commun ? La force de refuser de renoncer à leur humanité. Ils sont pauvres, malades, malheureux, mais ils ne renoncent pas à leur grandeur, à leur humour, à leur capacité d’aimer, de penser, de créer. Ils revendiquent la joie au milieu du désastre quotidien. Ils inventent sans cesse un art de vivre cette vie de pauvres comme une vraie grande vie d’humain digne de ce nom. De ce récit envoûtant on sort abasourdi et émerveillé d’avoir pu partager tant par le simple pouvoir de l’écriture. »

Catherine Dolto – 15 février 2018

Présentation du livre à l’Organisation Internationale de la Francophonie

Voir aussi dans la Revue Quart Monde n° 245 (p. 34-37) : « La force d’un peuple »

 

extrait

 

«Accoudée à la fenêtre de notre galerie, je me contentais d’enfourner ma pipe, comme si ça pouvait m’aider à savoir comment trouver ma dose du jour. L’odeur du tabac refroidi m’a agacée un peu plus, c’est tout. Même s’ils se perdaient, c’est pas par ici qu’ils viendraient s’échouer, les Rois mages. Cette année, la fête de l’Épiphanie se passerait sans nous.
Depuis la pièce derrière, mon homme a réclamé son café.
– Pas de café ce matin, j’ai dit. On n’a même plus de petit bois sec.
– Qu’est-ce que tu racontes là, Ti-Chérie ? Je suis revenu hier soir avec des bouts de bois, oui, et en passant sur le Bicentenaire près de mon camarade qui vend le charbon, il m’a donné quelques morceaux. Ça devrait nous faire le café et même plus !

Alors je suis allée m’asseoir sur la vieille batterie dans le coin de la galerie. J’ai placé le petit bois entre les pierres. Le feu crépitait déjà quand Mondésir est venu me rejoindre, frottant sa barbe rêche, satisfait. On avait de quoi se faire un café, mon homme était content pour la journée.

Jésula apparut à son tour, longue sur pattes, ses petites nattes dressées dans tous les sens, ses doigts les tortillant l’une après l’autre. Elle n’a rien réclamé. Quelques minutes après, un café brûlant nous a fait transpirer encore plus. Dès le matin, il faisait déjà chaud derrière ces feuilles de tôle. Depuis les tirs et tout ce qui s’était passé par ici, elles nous protégeaient des regards, ces tôles, mais pas des balles perdues. Elles n’empêchaient pas non plus les brebis égarées, en mal de protection, de débouler chez nous sans prévenir. Grâce à Dieu, ces derniers mois, le quartier avait été calme.»

Commentaires

16 avis pour Ravine l’Espérance

  1. Anonyme

    Très vrai
    Bravo

  2. Ivicevic Patricia

    Je n’ai pas de mots assez précis pour dire combien ce poignant témoignage de vies tellement différentes de la mienne m’a bouleversée. Un récit vivant, tragique souvent, mais si plein d’humanité, du vrai, du réel, du …vécu…J’ai pleuré…trop dur! quel monde courageux! Combien je me suis sentie minuscule face à ces géants en humanité. J’aurai tant aimé pouvoir les serrer dans mes bras en vérité pour recevoir d’eux un peu de leur courage!
    ps :Merci pour le lexique à la fin du livre.

  3. Claude Mormont

    J’aime ce livre. J’ai sous les yeux une peinture achetée dans la rue à Port-au-Prince, en 2012 lors de ma première visite là-bas. De part et d’autre, une ravine avec des maisons effondrées sur ses flancs et au milieu,le peuple debout. J’aime ce livre parce qu’il prolonge et approfondit tout ce que j’ai rencontré et appris en Haïti. Sans sermons. A travers un récit fruit d’une démarche originale, exigeante, longue, ancrée dans le partage et le recueil du quotidien de la vie et de la lutte. Haïti vu par son peuple, et vu par son peuple d’en-bas. Haïti tragique et courageux. Les personnages du livre sont bien réels, même si le récit est romanesque. Ils sont les héritiers des héros de l’indépendance : « Tout moun se moun, tout être humain est un être humain ». J’ai aimé aussi que ce récit soit à voix multiples, creuset d’une fraternité entre personnes aux histoires et parcours différents, prenant chacun des risques pour bâtir ensemble. Je rêve de créer autour de ce livre, ici en Belgique et en Haïti, des échanges et pourquoi pas une formation. Car , en plus d’être un récit prenant, Ravine l’Espérance recèle de multiples enseignements sur les chemins à inventer et les conditions à respecter pour bâtir ensemble sans oublier, comme c’est trop souvent le cas, que l’expérience de celles et ceux qui vivent dans la ravine est indispensable. Ce qui vaut pour Haïti, vaut ailleurs. A plusieurs reprises, en lisant ce livre, j’ai pensé à l’expérience fondatrice du camp de Noisy-le-Grand avec le Père Joseph, les habitants du camp et les personnes qui les ont rejoints.

  4. Anne-Claire Brand-Chatton – Berne, Suisse

    J’ai lu quasiment le livre d’une traite, surtout avec ces deux jeunes qui nous mobilisent dès le début !Sauf qu’au moment de voir la fin s’approcher j’ai arrêté ma lecture. Comme par peur de devoir quitter ces personnages saisissants avec lesquels on vit, on respire, on marche, on bouge, on cherche, ……..et avec lesquels on aimerait rester ! Ou alors par peur de comment je les quitterai ?

    Oui chaque personnage est si fort vivant, aimant, intelligent, …. On aime les retrouver au gré des différents chapitres, on s’y attache. Chacun à sa manière a une présence unique. Les enfants, les jeunes, les adultes et ce personnage historique qu’est Roche, qui a planté et plante de tout temps les clous de la résistance ! Et Marylove, qui a une tenue de la première à la dernière page, tenue de jeune fille, de femme qui garde, malgré le pire, sa trajectoire de quête de liberté !

    Je n’arriverai pas à mettre sur chaque personnage les mots justes et précis pour redire ! Mais vous le faites et on vous rend grâce, à vous les écrivains et à la constellation de personnes, d’étoiles de ce pays d’Haïti, qui ne nous lâchent pas au plus profond de la Ravine mais nous prennent la main pour veiller sur nous et nous donner confiance pour rester dans cette quête commune d’une humanité où ensemble on cherche la liberté !

    Merci.

    PS : On s’attache aussi, et vous le savez combien, à Celom et notre peine est grande de ne pouvoir participer avec d’autres à l’au-revoir, comme nous l’avons vécu avec Vinila. Cela en dit sûrement long sur ce qu’ont vécu les familles au moment du tremblement de terre, de ne pouvoir vivre ce moment d’accompagnement alors qu’elles sont si porteuses de proximité et présence à l’être humain, à sa dignité face à la vie comme face à la mort.

  5. Marie-Odile Diot

    Je viens de passer la journée à lire « Ravine L’espérance », et j’ai l’impression d’avoir respiré, pleuré et espéré en Haïti…. Quand on ouvre le livre peu à peu on apprend la manière de nommer les choses, de réagir, ce qui se fait, ne se fait pas, se dit, ne se dit pas et l’on a l’impression d’entrer dans le pays par le ressenti et la vie de personnes différentes l’une de l’autre. Mais peu à peu le livre se révèle être plus que cela, on se sent pris par la vie et par ce qui peut arriver aux personnages, comme dans un roman. Chacun s’exprimant à tour de rôle, chaque protagoniste cherche à comprendre la logique des évènements, la logique de sa vie. Et c’est là toute la richesse de ce roman à sept voix car nous sommes conduits à découvrir des manières d’être au monde si différentes les unes des autres dans leur croyance, dans leur force.
    La bonté, la solidarité qui conduisent le comportement des mamans dans leur partage au quotidien force admiration mais la complexité des relations de voisinage avec la dureté qu’elle révèle transparait également. »..aussi amer que soit le passé puisse être, prends le comme un tremplin pour aller de l’avant » et surtout bonne lecture !

  6. Fournier Dominique

    Quel merveilleux récit ! Certes, c’est un livre qui s’inspire du terrible séisme ayant ravagé Haïti en janvier 2010, mais c’est surtout une admirable fresque humaine dont les héros, Vinila, Mickenson, Fati, Célom, la petite Jésula, et tous les autres, resteront longtemps gravés dans nos mémoires, tant leurs différentes voix ont été remarquablement orchestrées par Jean-Michel Defromont.
    Autour d’un sujet dramatique, les sept auteurs ont réussi la prouesse d’écrire un roman sensible,alternant humour et gravité, qui nous transporte au coeur de cette ravine de Nan Koton, et dont on n’a plus envie de partir.
    La lecture de cet ouvrage ne nous laisse pas indemne, et interpelle nos valeurs d’humanité, de solidarité, de partage,et surtout…d’espérance !
    Merci de nous livrer un tel témoignage !

  7. Jean-Pierre Perrin

    C’est bien d’espérance que l’on parle dans ce livre; l’espérance de tout un peuple face à la vie depuis le temps du  » Négre marron ».
    Ce livre raconte l’histoire d’un quotidien où se mêlent les voix  » aux regards » bien différents qui nous entraînent dans leur vie, dans la vie.
    C’est vrai on ne peut pas « lâcher » le livre, une fois introduit dans la vie de Mickenson, Célom, Vinila, Fati, et tous les autres…
    Les suivre c’est cheminer avec eux, marcher dans leurs pas, entendre avec leurs oreilles, voir de leurs yeux, se questionner avec eux.
    On vit à travers eux et on se retrouve  » habiter » de plusieurs voix, avec une sensibilité plus grande,un esprit modifié, un regard changé.
    Généralement nous voyons la vie à travers notre propre expérience, mais là on est riche du regard de plusieurs personnes aux réalités bien différentes. Si bien qu’on a envie de lire vite, happé pour connaître la suite.
    Chacun des personnages nous entraîne dans son quotidien qui dit  » oui, c’est possible, la vie peut changer parce que les regards vont changer. »
    Bravo à Jean-Michel Defromont et à ses compagnons-auteurs.

  8. Benoît Fabiani

    A lire et à partager ! Ce récit se dévore comme un roman car on est emporté par l’histoire et on a envie de savoir ce qui va se passer dans la vie des uns et des autres… en même temps que l’on plonge dans la vie et l’histoire très personnelles, intimes, des personnages, dans leurs aspirations et leurs recherches… tout en découvrant peu à peu la résistance personnelle et collective de ce peuple et en particulier celle des plus « petits », des plus malmenés par la vie. Beaucoup de force, beaucoup de pudeur aussi dans ces itinéraires jusqu’au bouleversement de ce 12 janvier. C’est une histoire très localisée et en même temps très universelle. On entend, un peu comme dans l’exposition de Yann Arthus-Bertrand « 6 milliards d’autres », combien chacun est si unique dans sa situation et en même temps si proche et si semblable par les sentiments profonds qui l’animent… Belle prouesse que cette écriture collective où chacun(e) a pu apporter son histoire partagée et sa sensibilité pour nous permettre d’entrer en profondeur dans la vie, la résistance et l’espérance du peuple haïtien et de quelques uns de ses membres.

  9. François Phliponeau

    Résistance à toutes épreuves

    Je viens de « dévorer » Ravine l’Espérance. C’est formidable. Attention. Il ne faut pas commencer à lire ce livre dans un train si on doit descendre à la prochaine gare. « Ravine l’Espérance » est tellement passionnant qu’on ne lâche plus Mickenson, Fati, Mant Nila, et d’autres habitants de la Ravine escarpée… On apprend vite à les connaître. On veut comprendre comment ils peuvent résister aux malheurs, à l’injustice, à la faim. On veut savoir où ils trouvent la force de lutter, d’aimer, de créer.
    Jean-Michel Defromont et ses complices coauteurs nous guident au cœur de la capitale et de ses entailles dans les collines autour. On suit les personnages, avant, pendant et après le tremblement de terre du 12 janvier 2010 à Port-au-Prince, mais ce n’est pas un livre-catastrophe. C’est un livre vivant, qui nous entraîne dans l’intimité de la vie quotidienne d’enfants, de jeunes, d’adultes. Avec ses joies et ses drames, ses lâchetés et ses solidarités.
    On pourrait habiter plusieurs années dans ce pays sans en apprendre autant. Sans être aussi bien imprégné de cette résistance à toutes épreuves.

    F.P.

  10. Nathalie Barrois

    ayant vecu 4 années á Port au Prince, je me retrouve complétement dans ce livre plein de vie. Cette impression de marcher avec les personnages,j´avais pas envie de les quitter.

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