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Échos d’une université populaire Quart Monde en Alsace, sur « la culture pour résister »

Pour sa dernière séance de l’année 2016, l’université populaire du mouvement ATD Quart monde Alsace a réuni une trentaine de personnes dimanche 11 décembre à Colmar. Elle avait pour thème : la culture pour résister et comme invité Vincent Goethals, le directeur du théâtre du peuple de Bussang.

La culture de la lutte est un terme qui est souvent revenu lors de l’UP de juin au musée Unterlinden: « On avait envie d’insister là-dessus, de montrer en quoi on peut résister avec la culture », a indiqué Léa.

Chaque groupe avait été invité à choisir entre deux histoires de vie, qu’il devait ensuite retranscrire de manière artistique : « L’idée, c’était de se dire : de n’importe quelle histoire, on peut faire quelque chose de beau », a expliqué Elisabeth.

Les deux histoires évoquaient notamment les difficultés à se loger et le placement des enfants.

Les militants de Mulhouse ont ouvert le bal avec une chanson inspiré de Nicoletta : « Ouvrons la fenêtre et laissons les volets clos », accompagnée par le son du djembé. Un hymne à ne pas se laisser abattre, malgré les difficultés.

Le groupe de Belfort a présenté des saynètes parlant du mal logement, du placement des enfants, de l’angoisse.

Pour Haguenau, c’est un dessin réalisé par les gens du voyage de Kaltenhouse, relogés depuis peu dans des bâtiments en dur, qui a été présenté. Enfants rieurs et ciel ouvert, il a été l’occasion de mettre en avant la culture gitane, et la nécessité de s’ouvrir à l’autre.

Strasbourg a présenté une famille heureuse dans l’unité.

Le groupe des alliés a beaucoup fait rire et réfléchir en mimant un couple de réfugiés cherchant un logement face aux absurdités de l’administration. Les Colmariens ont fermé la marche avec un texte concluant sur la solidarité.

« Pour moi, résister, c’est choisir des pièces »

A plusieurs reprises Vincent Goethals est intervenu pour présenter son théâtre et sa vision de la culture.

Théâtre du peuple ? Ce n’est pas un théâtre « rigolo » mais bien le théâtre d’une « exigence », un théâtre qui ose aborder les sujets difficiles :

« Pour moi, résister, c’est choisir des pièces. Le théâtre doit gratter où le monde a mal», a-t-il souligné.

Il a insisté sur sa volonté d’un théâtre ouvert, pas réservé à l’élite :

« Au théâtre du peuple, le public vient partager un moment de vie, boire un kir avec les acteurs, se balader dans la forêt», a-t-il décrit.

« On est tous des gens intéressants, on a tous quelque chose en nous », a-t-il poursuivi, en évoquant le dernier projet présenté à Bussang : à travers ses Hivernales, il a dressé le portrait de 12 habitants des environs. Des gens « comme tout le monde », que son équipe est allée entendre chez eux.

La culture, un moyen de s’en sortir ? Il en est persuadé, et pour preuve, fait part d’une pièce qu’il a montée alors qu’il était en poste dans une autre région française :

« Pendant environ un an, on a travaillé avec des gens en rupture sociale. Une expérience très forte, mais pas facile, car c’étaient des gens qui n’avaient plus de repère. Mais on y est arrivé. On a monté le spectacle. On a été très exigent sur la forme. On a vu ces gens qui ont repris un regard sur eux-mêmes », raconte-t-il.

Mais « le théâtre ne peut pas tout », prévient Vincent Goethals. Certains de ces acteurs s’en sont sortis. D’autres pas : « Après, c’est à chacun d’agir, on est face à notre vie. A nous d’oser se bagarrer. Si on ne prend pas sa vie en main, elle ne redémarrera pas. »

Une belle matinée, remplie d’échanges qui ont permis de mettre en exergue les valeurs portées par le mouvement: agir tous dans la dignité, c’est permettre aux gens de prendre leur vie en main et d’oser se battre. Tous ensemble.