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Un pas de côté pour être utile autrement

Une rencontre, une lecture, une indignation… Le point de départ de l’engagement des membres d’ATD Quart Monde est varié, mais tous se souviennent avec précision de ce moment de bascule qui les a poussés à s’engager dans le combat contre la pauvreté.

Alors qu’elle est encore étudiante, Agathe trouve un jour le journal d’ATD Quart Monde dans un refuge où elle vient se reposer après une longue randonnée. Pour Naomi, c’est dans un bar de Londres que tout a commencé, grâce à une rencontre avec l’un des membres de la Délégation nationale anglaise du Mouvement. Abdel, Nadège, Maïmouna ou encore Christèle ont été intrigués par ce que leur racontaient leurs amis, ou leurs voisins, et ont voulu voir eux-mêmes ce qu’étaient ces Universités populaires Quart Monde, ces Bibliothèques de rue ou encore ces journées familiales. Après le décès de l’un de ses proches, Alain a voulu « mettre en cohérence sa vie personnelle et ses aspirations professionnelles ». Martial, lui, est « tombé dedans » quand il était petit : il avait seulement deux mois la première fois que sa mère l’a emmené avec elle à la Maison Quart Monde.

Prendre une autre orientation

Ils ont entre 21 et 66 ans et, après ce premier déclic, tous ont fait le choix il y a quelques mois ou il y a plus de 30 ans de combattre la misère en devenant allié, militant Quart Monde ou volontaire permanent. Ainsi, depuis ce jour de novembre 1977 où elle a entendu un discours du fondateur d’ATD Quart Monde, Joseph Wresinski, Françoise a vu sa façon de travailler, de vivre, de réfléchir, prendre « une autre orientation ». Elle a fait le choix de dire, dans son métier d’enseignante, mais aussi dans sa vie quotidienne : « Tant qu’une personne ne bénéficie pas de quelque chose parce qu’elle est trop pauvre, nous allons continuer à casser les pieds à tout le monde .» Agathe a décidé de « faire un pas de côté pour être utile autrement ».

Chacun a ainsi façonné l’histoire du Mouvement pour en faire « un lieu de combat, de réflexion, mais aussi de réconfort », à l’image d’Aquilina : « Cela m’a permis de me ressourcer, de repartir pour aider les autres et ainsi m’aider moi-même ».

Des combats qui doivent être menés

Leur parcours d’engagement n’est pas linéaire et prend parfois des routes inattendues. Au bout de deux ans et demi, Guendouz éprouve ainsi des difficultés à supporter « une vie un peu trop austère » et, très impressionné par les autres volontaires permanents, ne se sent plus à la hauteur de la tâche. Au cours des treize années suivantes, sa vie se construit loin d’ATD Quart Monde, puis il décide de s’engager à nouveau. Virginie rêve d’engagement à l’étranger, mais sa première mission se déroule à Méry-sur-Oise. Après un petit moment de déception, elle franchit le pas et accepte l’idée que « le volontariat allait nous emmener sur des chemins qui n’étaient pas forcément ceux que nous aurions pris, parce qu’il y a des combats qui devaient être menés et des personnes qui devaient être rejointes ». Maïmouna imagine « des actions sur le terrain, avec les jeunes », mais elle doit rapidement prendre des responsabilités, « représenter le Mouvement, créer des partenariats, s’exprimer en public », avant de retrouver à nouveau une mission avec les enfants.

Tous ont conscience, comme Martial, que « tout seul, ça ne sert à rien d’être révolté, alors qu’ensemble nous pouvons faire bouger des choses ». Julie Clair-Robelet

Retrouvez l’ensemble de ces portraits dans le livre Déclics

 

Illustrations : © Damien Roudeau