Entrez votre recherche ci-dessous :

Un nom pour dire non : pauvrophobie

C’est le mot que propose ATD Quart Monde pour désigner la discrimination pour précarité sociale. Prochaine étape : le faire entrer dans le dictionnaire.

Xénophobie pour désigner la haine des étrangers, homophobie celle des homosexuels… La peur ou la détestation des plus pauvres a désormais un nom : pauvrophobie. Après le vote le 14 juin 2016 de la loi sur la discrimination pour précarité sociale, ATD Quart Monde avait lancé un appel pour nommer ce phénomène. Le terme pauvrophobie s’est révélé le plus consensuel.

Vous avez été nombreux à répondre à notre appel et à voter, par courrier, sur notre site ou sur les réseaux sociaux. Preuve de votre intérêt, vous avez très souvent argumenté votre choix et proposé deux noms, voire un classement parmi les six en lice – pauvrophobie, misérophobie, paupérophobie, pauvrisme, classisme et ptochophobie (voir le Journal d’ATD Quart Monde de juillet 2016).

Le « vainqueur » a été annoncé le 17 octobre dernier, Journée mondiale de lutte contre la misère. Il reste maintenant à l’utiliser afin qu’il entre dans le dictionnaire. Tour d’horizon des arguments.

Pauvrophobie, compris par tous

« Je vote pour la pauvrophobie, terme clair et compréhensible par le plus grand nombre. Le classisme me paraît réducteur : de plus en plus de personnes à la rue viennent de différentes classes sociales. Le pauvrisme, cela fait un peu  » le blabla sur les pauvres « . La misérophobie est celui qui n’aime pas la misère. La paupérophobie et la ptochophobie : il faut avoir fait des langues étrangères (latin et ???) pour comprendre », nous écrit A-F. D., « alliée de Mulhouse ».

« La phobie est une crainte angoissante et injustifiée (définition Larousse) et n’est donc pas forcément condamnable en soi, il aurait mieux valu proposer des termes du genre anti-pauvrisme, regrette d’abord Ruban sur le site. Mais comme ce n’est pas le cas, pauvrophobie, le plus facilement intelligible pour Mme ou M. Lambda, fera l’affaire. »

Extrait de l’émission 28′ sur ARTE le 4 novembre 2016.

 

Misérophobie, sans prétention

Le souci de la clarté est une constante chez nos votants. «  Je choisis misérophobie parce qu’il se comprend le mieux, qu’il est sans prétention, ce qui ne veut pas dire qu’un autre choix est sans valeur », explique C.G. de Viroflay (Yvelines).

« Ayant rejeté d’instinct comme plus difficiles à comprendre ptochophobie et classisme, je me suis arrêtée sur misérophobie et pauvrophobie, plus compréhensibles aux personnes « humbles ». Je préfère misérophobie qui peut être compris de tous », écrit R.P. de Villerest (Loire).

Paupérophobie, équilibré en bouche

« Je vote pour paupérophobie, terme un peu long mais explicite et équilibré en bouche », écrit M-D O. de Sucy-en-Brie. M. et Mme L. de Caen le juge aussi « le plus accessible » avec une petite réserve : « Il a le défaut de mettre ensemble une racine latine et une racine grecque. Mais cela se trouve dans d’autres mots français ».

M-C H. de la Magdeleine (Nord) n’a pas compté son temps : « J’ai réfléchi sur l’impact logique et affectif du radical et de la terminaison des noms et j’ai testé leur bonne ou moins bonne résonance à l’oreille. J’ai hésité entre misérophobie et paupérophobie mais misère a une nuance péjorative que n’a pas pauvre. »

Ptochophobie, quelle idée !

C’est le terme le plus clivant. Il insupporte les uns pour son côté prétentieux, il emballe les autres pour sa précision.

« Ptochophobie, quelle idée !, s’insurge A.P. de Montreuil. En 81 ans, je n’ai jamais entendu ce mot pédant ! Avec toute la misère et les pauvres qu’il y a en France, on n’a pas besoin du charabia  » ptochophobien « . S’il vous plaît, rien qui sépare, parler simplement. »

Catherine, une fan, s’exalte sur le site : « Difficile à prononcer «  ptochophobie » ? Oui ! Alors exerçons notre langue et nos oreilles à l’étrange (ère ?) sonorité, soyons attentifs à la difficulté, celle qui nous procure tant de plaisir lorsque contournée, et soyons vivants comme la langue, même quand elle est (soi-disant) morte et qui résonne encore. »

Classisme et classe sociale

C’est le terme clairement le plus politique. «  Classisme » me convient mieux. La notion de « classe sociale » défavorisée me semble mieux exprimer le mépris de celui qui est nanti et n’a pas peur de l’avenir… et qui ne comprend pas que ces « chômeurs », « précaires » pauvres ont besoin d’être aidés. Tout le monde ne sort pas de la « cuisse de Jupiter ! », tonne MTD sur le site.

Pro-classisme aussi, un autre internaute, Christian Hannecbicque, renchérit : «  Je crois à l’existence d’une classe sociale dominante qui utilise tous les moyens pour conserver ses privilèges. »

Pauvrisme, du français de base

« Il faut être compris dans tout le monde francophone. Je choisis « pauvrisme » sans racine grec ni latine, plus proche du français de base », tranche Flandrin sur le site.

Il y aussi tous ceux qui ne trouvent pas leur bonheur parmi les six mots. Antoine, rejoint par Jean-Paul B., défend « précarophobie qui aurait l’avantage de regrouper les pauvres, les sdf, les réfugiés ». Autre internaute, Maella plaide pour paupérisme. Certains préfèrent en rester à la discrimination pour précarité sociale.

Laissons la conclusion au sage internaute Perraud : « Quoi qu’il en soit, luttons contre ! »

Véronique Soulé