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RSA contre bénévolat : pourquoi c’est non !

Le Département du Haut-Rhin a annoncé, vendredi 5 février 2016, vouloir conditionner le versement du RSA (Revenu de solidarité active) à sept heures de bénévolat par semaine. Depuis maintenant une semaine, les soutiens et les détracteurs de cette mesure confrontent leurs arguments. Nous avons sélectionné les principaux arguments en faveur de ce dispositif et y opposons notre vision des choses. Donner un éclairage sur les problématiques des plus démunis reste l’une de nos missions principales.

1« Cela permettra de briser l’isolement de ces personnes et elles auront la satisfaction d’être utile à la société »

Contraindre les gens, ce n’est pas les responsabiliser. Comment se sentir utile lorsque l’on est sous la contrainte ? Forcer la participation à un projet associatif quand on a déjà une vie difficile et que cette épée de Damoclès menace à tout moment de s’abattre sur de maigres revenus, c’est indécent.
Le département de la Drôme a mis en place un dispositif similaire mais basé sur le volontariat. La différence est notable puisque le dispositif est « gagnant-gagnant ». D’une part pour les associations qui ont de réels besoins et d’autre part pour les bénéficiaires du RSA qui exercent une activité pour maintenir un lien social et à terme favoriser leur retour à l’emploi, sans contrainte.

2 « La solidarité ne doit pas être à sens unique, elle doit être à double sens »

Rappelons que le droit fondamental à des moyens convenables d’existence est reconnu par notre Constitution. Les minimas sociaux, comme le RSA, permettent de respecter ce droit. Une fois de plus on stigmatise les pauvres comme étant des profiteurs alors qu’une majorité d’entre eux se démène chaque jour. Le RSA n’est pas un choix, c’est le dernier filet de la solidarité nationale.

3 « Les associations manquent de bras, cela permettra de redynamiser les réseaux associatifs »

Du point de vue des associations, cela implique une organisation logistique et un encadrement précis de ces « bénévoles contraints ». Oui les associations ont toujours besoin de nouveaux bénévoles, mais l’engagement associatif doit rester un choix de la personne et non une contrainte imposée – par le département dans le cas présent. De plus, les associations n’ont pas à se substituer aux organismes publics.

4 « 7h par semaine d’engagement associatif, cela ne risque pas d’entraver la recherche d’emploi. C’est un premier pas vers l’emploi»

Nous ne dénigrons pas l’engagement associatif, au contraire, nous considérons que c’est un élément important de reconstruction des personnes en grande précarité. Cependant la dimension volontaire nous apparaît primordiale.

Oui, l’implication associative peut être un premier pas vers l’emploi. Il faut toutefois rappeler ce que ces 7h de « bénévolat » impliquent pour les personnes en situation de précarité. D’un point de vue pratique, il faut que les allocataires puissent s’organiser pour le transport ce qui peut leur générer un surcoût. De même, trouver une nourrice pour seulement une journée par semaine est compliqué et coûteux. Cette mesure va complexifier le quotidien de familles qui peuvent déjà avoir du mal à joindre les deux bouts.

Ensuite, si l’on est capable de trouver du travail à raison de 7h par semaine à 20000 personnes dans le Haut-Rhin alors pourquoi ne pas concentrer nos efforts à leur trouver un emploi stable et pérenne ?

Enfin, précisons également que les personnes en situation de précarité accordent une grande importance au travail afin d’assurer le meilleur avenir possible à leur famille, ce qui les conduit souvent à accepter des emplois précaires.

=> Idée fausse N°25 « Les pauvres ne veulent pas travailler »

5 «Cela permettra de détecter les personnes en incapacité de travailler»

Pourquoi utiliser le bénévolat, qui plus est contraint, pour faire ce genre de repérage ? Il y a sûrement d’autres moyens plus adaptés, d’autres dispositif plus précis pour aider les personnes en situation d’incapacité de travailler. Faisons confiance aux travailleurs sociaux qui connaissent ces personnes et les difficultés qu’elles rencontrent.
De plus, le temps de repérer ces personnes, que faire ? Leur couper les vivres et les pousser encore plus dans la précarité ?…

6 «La délivrance du RSA sous condition de bénévolat permettra de lutter contre ceux qui touchent le RSA sans vivre dans le département»

Ce type de fraude est rare. Concernant le RSA, il y a beaucoup de contrôles et le montant des fraudes est récupéré sur les versements ultérieurs de cette allocation. A contrario de la fraude fiscale pour laquelle l’argent escroqué est beaucoup plus difficilement récupérable du fait de la complexité des enquêtes.
Rappel :

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=> Idée fausse N°29: « Les pauvres sont des fraudeurs »

Prendre ses responsabilités

La finalité de cette proposition est, en réalité un bras de fer entre l’État et les départements*. Le RSA est financé à hauteur d’un tiers par les départements, et deux tiers par l’État. L’augmentation du nombre de bénéficiaires du RSA génère un coût croissant que ni le département ni l’État ne veut assumer. Les pauvres sont donc otages de ce déni de responsabilité.
« Responsabiliser les pauvres ne doit pas conduire à déresponsabiliser la société dans son combat contre la pauvreté. » Serge Paugam, sociologue.