Entrez votre recherche ci-dessous :

Prémery, un Territoire zéro chômeur de longue durée

Les territoires intéressés à rejoindre le projet étaient nombreux à la Journée portes ouvertes de l’entreprise à but d’emploi de Prémery, dans la Nièvre.

Représentants des communautés de communes Portes de la Creuse en marche et Bocage bourbonnais, de la communauté d’agglomération du Grand Guéret, du collectif Territoires zéro chômeur de l’Yonne, élus de l’Allier… Les candidats à rejoindre le projet étaient venus nombreux, le 31 janvier dernier, à la Journée portes ouvertes de l’entreprise à but d’emploi de Prémery (Nièvre) – baptisée EBE 58 -, créée dans le cadre de Territoires zéro chômeur de longue durée.

La manifestation, appelée « Laboratoire des travaux utiles », est organisée chaque année dans les dix territoires qui expérimentent le projet depuis début 2017. Objectifs: mieux le faire connaître et maintenir la mobilisation. Cette année, après l’annonce de l’extension de l’expérimentation par le président Emmanuel Macron, les questions étaient plus précises et l’impatience parfois palpable dans l’assistance. Beaucoup étaient là pour apprendre des territoires précurseurs et pour évaluer leurs chances de faire partie de la deuxième vague.

Salle des fêtes

La journée a débuté par une séance de questions-réponses dans la salle des fêtes de la mairie de Prémery. Avec ses 2 000 habitants, c’est la principale ville de la communauté de communes Loire, Nièvre et Bertranges.

Comment au mieux se préparer et avec quels moyens alors que l’on n’est pas sûr d’être retenu ? Comment délimiter le territoire de l’expérimentation, la fourchette de 5 à 10 000 habitants est-elle impérative ? Comment contacter les chômeurs de longue durée alors qu’on ne les connaît pas tous ? Le financement est-il assuré ?… Plus de deux heures d’échanges n’ont pas suffi à épuiser les questions.

« Au début, on s’est beaucoup reposé sur les bénévoles, se souvient René Faust, président de l’EBE 58 et maire de Champlémy (336 habitants), on s’est lancé chacun avec son matériel, son véhicule… Puis le Secours catholique nous a prêté un camion. »

 » Il faut travailler très en amont et mettre ensemble toutes les volontés locales dans un objectif commun : trouver de l’emploi », a expliqué Marie-Laure Brunet, coordinatrice de l’EBE 58 et cheffe du comité local. Avant de rappeler la démarche : « Lorsqu’on embauche une personne, on lui pose trois questions : que savez-vous faire ?, que voulez-vous faire ? et que ne voulez-vous pas faire ?  »

Les animateurs de la réunion n’ont pas caché que tout n’était pas simple – une instabilité à la tête de l’EBE, des encadrants qu’il faut former… Jacques Legrain, premier vice-président de la communauté de communes, a vanté un bilan positif : « C’est une solution pour les personnes privées d’emploi. Pour certains, c’est même un tremplin pour aller dans des entreprises locales. Et cela dynamise tout le territoire. »

Hangar

L’après-midi a été consacré à la visite de l’entreprise. Ouverte le 9 février 2017, elle compte 90 salariés, en CDI et payés au SMIC comme dans toutes les EBE, répartis dans différentes activités – conciergerie, bûcheronnage, maraîchage, recyclerie, motoculture …

Samantha coordonne l’équipe de la recyclerie installée dans un hangar de 2 500 mètres carrés. Elle travaillait dans les cuisines avant de connaître trois ans de chômage. « Ce que j’aime, c’est qu’on peut choisir son secteur, qu’on peut en changer et qu’on choisit aussi ses horaires. » Elle prend une coupure à midi pour déjeuner avec ses trois enfants âgés de 4 à 9 ans.

Dans leur petit atelier, Elizabeth et Virginie repeignent des meubles récupérés. Toutes les deux parlent d' »une passion ». Elizabeth était agent d’entretien, Virginie dans la maçonnerie – « j’ai toujours su dessiner mais j’ai jamais osé », confie-t-elle.

Marie, elle, est chargée des livres à la recyclerie. Un univers où elle se retrouve parfaitement. Petite, elle voulait être écrivain. « Mais une prof de français m’a cassée ». Aujourd’hui, elle écrit des romans à son compte. « Jamais j’aurais imaginé travailler dans le livre », dit-elle avec une pointe d’émotion.

Reportage et photo : Véronique Soulé.