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« Pour réduire le chômage et la pauvreté, il faut faciliter les licenciements » : vrai ou faux ?

Faux. Depuis 2000, c’est l’inverse en France : le marché du travail est de plus en plus flexible et le chômage grimpe.

En pensant que le chômage est plus bas ailleurs qu’en France parce que le marché du travail est plus flexible, on commet deux erreurs. D’abord, le chômage n’est pas toujours si faible que cela ailleurs que chez nous (voir ci-dessous). Ensuite, il n’y a pas de lien direct entre ces deux phénomènes. Dans différents pays, l’OCDE a étudié sur 2000-2013 les variations de la rigidité du marché du travail et du chômage, pour arriver à cette conclusion. En France, c’est même l’inverse : plus les licenciements sont faciles (le droit français n’a cessé de renforcer la flexibilité de l’emploi depuis une dizaine d’années), plus le chômage est élevé ! En Allemagne, le lien est pratiquement nul. Par contre, qui dit davantage de facilités pour licencier dit plus de stress et de malaise au travail pour ceux qui travaillent.

Autre idée reçue erronée : pour les CDI, les licenciements ne sont pas plus faciles en Allemagne qu’en France (mais pour les CDD, la loi y est plus souple).

En réalité, les modèles de « flexisécurité » (combinant flexibilité pour les employeurs et sécurité pour les salariés) qui fonctionnent, comme le modèle danois pendant un temps, ne consistent pas seulement à assouplir le marché de l’emploi. Ils s’accompagnent aussi de politiques de relance de l’activité, d’un suivi performant des chercheurs d’emplois (accompagnement, montant des allocations, formation…), etc., bref, de mesures d’ensemble qui nécessitent un fort consensus des partenaires économiques et sociaux.

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Aux États-Unis, en Allemagne et en Grande-Bretagne, les faibles taux de chômage officiels masquent une grande précarité de l’emploi

Les « pays modèles » que l’on nous présente souvent ont quelques défauts dans la cuirasse. Le taux de chômage américain est officiellement d’environ 6 %, mais en réalité d’au moins 10 % ou 15 % si l’on comptabilise tous ceux qui ont abandonné leurs recherches, découragés (et être inscrit au chômage aux États-Unis ne rapporte pas grand chose), ainsi que les travailleurs très précaires, souvent indépendants sans l’avoir choisi, en intérim ou en sous-traitance, payés moins cher que s’ils étaient salariés directs des entreprises pour lesquelles ils travaillent(1). Aux États-Unis, il suffit de travailler une heure par semaine pour n’être plus considéré comme sans emploi. Les trois cinquièmes des emplois créés après la crise de 2008 y sont à bas niveau de salaire – ils ne représentaient qu’un cinquième avant 2008. Le pays compte 10,5 millions de travailleurs pauvres en 2013 et l’année 2015 n’a pas été bonne au niveau économique.

La Grande-Bretagne peut également impressionner avec sa croissance supérieure à 2 % par an et son taux de chômage qui avoisine 6-7 %. « C’est vrai, mais les six années précédentes ont été catastrophiques », déplore un spécialiste(2). Et la part d’emplois précaires et de travailleurs pauvres est très importante. Les contrats « zéro heure » y fleurissent, qui sont rémunérés au salaire minimum, demandent au salarié de rester toujours disponible et ne stipulent aucune durée minimum de travail. La croissance britannique est déséquilibrée et repose beaucoup sur la spéculation immobilière dans les grandes villes et l’activité financière de la City de Londres, plus que sur la production.

La croissance allemande est inférieure à la britannique et le taux de chômage se situe aux alentours de 5-6 %. Outre la renommée de l’industrie allemande qui favorise les exportations, ce faible taux est lié à deux spécificités allemandes qu’il n’est pas souhaitable de transposer dans les autres pays : une très faible progression des salaires dans les années 2000 et des sanctions très fortes imposées aux chercheurs d’emploi, par exemple obligés d’accepter de travailler pour un euro de l’heure dans un service d’intérêt public sous peine de suspension du versement des allocations. De plus, la croissance démographique est faible en Allemagne (en comparaison, si l’on crée en France 150 000 emplois par an, cela ne fait que compenser la croissance de la population active, sans faire diminuer le chômage)(3).

Notes

1Voir L. F. Katz, A. B. Krueger, « The Rise and Nature of Alternative Work Arrangements in the United States, 1995-2015 », 2016 et D. Goldschmidt, J. F. Schmieder, « The Rise of Domestic Outsourcing and the Evolution of the German Wage Structure », Bonn, IZA, 2015.
2« Les ambiguïtés de la reprise britannique », Éric Albert, Le Monde, 7 mai 2015.
3Chaque année en France, il y a 700 000 départs en retraite et 850 000 entrées sur le marché du travail (source Ministère de l’Emploi).

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