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Les visages d’ATD Quart Monde #4 « On apprend à se faire confiance »

Donald, volontaire permanent à ATD Quart Monde à Rennes, a voulu mettre en lumière Karine, une militante très engagée dans le groupe Jeunes.Voici leur échange.

Karine a 20 ans et habite Rennes. Fille de militants Quart Monde qui ont l’expérience de la grande pauvreté, elle connaît le mouvement depuis le berceau. Elle a un CAP pâtisserie. Réservée, Karine, qui est malentendante, est une personne attachante et précieuse pour le groupe Jeunes de Rennes où elle est très impliquée. Elle participe à la Dynamique Jeunesse animée localement par Donald et Lucile.

Karine a beaucoup de choses à dire et à transmettre. Dans une ambiance chaleureuse et bienveillante, Donald, volontaire permanent, a dialogué avec elle dans la cour de la maison Quart Monde.

Donald – Bonjour Karine.

Karine – Bonjour “Tonton Donald”.

D – Comment tu expliquerais ATD Quart Monde à quelqu’un qui ne le connaît pas ?

K – À ATD Quart Monde, on peut nous aider pour des papiers, pour aller voir d’autres associations ou pour ce qui est administratif – la CAF (caisse d’allocations familiales), le logement… Toutes les démarches en général. Mais surtout, si on a besoin de parler, ATD est toujours là.

D – Tu connais ATD depuis combien de temps?

K – Même moi je ne sais pas. Depuis que je suis petite. Ma mère y est … depuis avant que je suis née.

D – Petite, tu participais à des activités ?

K – Oui, je me souviens des Festivals des Savoirs et des Arts, des sorties familiales, de la bibliothèque de rue… Et puis il y a trois ou quatre ans, on m’a parlé du groupe de la Dynamique Jeunesse.

D – Quel est ton souvenir le plus fort avec la Dynamique ?

K – Des rencontres, des voyages… Quand on se déplace pour des actions d’ATD Quart Monde à Brest, Lorient, Paris, Caen…, on rencontre des jeunes qu’on ne connaîtrait pas sinon.

Le séjour de l’été dernier à Méry-sur-Oise m’a beaucoup plu. On se partage tout, on se dit tout presque. On a même fait un jeu pour nous aider à se dire la vérité en face. C’est bien parce que dans la vie de tous les jours, ce n’est pas toujours facile de communiquer, on ne se dit pas les choses, ou par-derrière… Alors que là, on apprend à se faire confiance.

D – Ton engagement t’aide d’abord dans la vie de tous les jours ou tu as d’abord l’impression d’agir envers la société ?

K – Entre les deux. Ça change dans ma vie et je peux faire changer les idées des autres personnes.

D – Des questions plus générales : est-ce que tu suis l’actualité ?

K – Ben, j’entends les infos de la télévision parfois, comme quoi il y a plein de problèmes en ce moment et tout… Mais à la maison, c’est plutôt mon père qui suit et puis après, on en discute. Ici aussi d’ailleurs, en groupe.

D – Tu ne te sens pas concernée?

K – Pour l’instant, non. J’essaie d’abord de me débrouiller. Les problèmes du monde, euh…

D – Quels sont tes espoirs et tes inquiétudes pour l’avenir ?

K – Ben… Changer de gouvernement. On avait déjà eu François Hollande, Nicolas Sarkozy… C’est de pire en pire. Il y a de plus en plus de jeunes qui vont de ville en ville… Ce qui m’inquiète, c’est la baisse de mes aides par la MDPH (Maison départementales des personnes handicapées). Et puis je n’ai pas accès au RSA… Quand tu es handicapé, c’est important, ces aides-là.

D – Dans le futur, tu voudrais travailler, apprendre des choses, voyager, fonder une famille?

K – Tout en fait. Mais pour le travail… avoir un CDI, travailler au même poste, dans le même endroit assez longtemps pour faire ma vie.

D – De la stabilité alors?

K – C’est ça. Pas chercher tout le temps, bouger tout le temps, parce que là, ça va faire depuis l’été que je cherche. J’avais trouvé un CDD, mais ils ont annulé mon contrat. J’étais bien là-dedans, on se sentait tous bien, on s’entraidait. Mais le directeur a annulé mon contrat parce qu’il me manquait de la rapidité. Il m’a dit que j’avais trop besoin des autres. Mais on peut pas travailler toute seule, je n’avais pas envie de faire une grosse connerie en cuisine… Dans l’équipe, ils avaient déjà beaucoup de liens entre eux, et moi en arrivant je voulais bien faire. Alors je demandais comment. Mais maintenant j’en ai marre de chercher.

D – Tu voudrais un boulot stable et penser à autre chose que de chercher du travail?

K – Exactement. Et puis comme ça je pourrais penser à une famille, un logement, une voiture même ! C’est ça, une vie normale. Pour être bien, il faut être autonome. Là, j’habite chez mes parents, c’est pas facile, pour eux non plus ! J’essaie de mener ma vie mais je suis dépendante pour me déplacer, je dois leur dire ce que je fais, où je vais… C’est normal mais quand je serai chez moi, je serai plus libre et on sera tous plus tranquilles.

D – Il y a des choses que tu voudrais dire concernant l’action d’ATD Quart Monde ?

K – Il faudrait faire plus de rencontres en-dehors parce que c’est souvent avec les gens d’ATD qu’on fait des choses. Mais il y a plein de gens, à Rennes et dans les autres villes, qui font des choses bien, il y a plein d’associations. On devrait se retrouver tous ensemble, ça ferait changer des choses.