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Nacera : « Être relogés nous a permis de nous retrouver, mon mari et les enfants »

Nacera chez elle le 6 février 2016 (photo Francois Phliponeau)

« J’habite aujourd’hui à Villepinte (Seine-Saint-Denis). Je suis passée par le centre de promotion familiale d’ATD Quart Monde de 2004 à 2007. On habitait un des petits pavillons à Noisy-le-Grand qui ont été rasés.

J’y suis arrivée par hasard. A l’époque, j’étais dans la galère. J’habitais à Paris dans deux chambres d’hôtel avec mes trois filles. Mon mari, lui, était dans une chambre de bonne avec mon fils.

Un jour, je suis allée voir ma soeur à Noisy-le-Grand. J’ai vu des enfants entrer et sortir du centre. J’ai demandé à ma soeur si c’était un centre aéré. Elle m’a répondu que c’était une association. J’ai pris l’adresse. Mon assistante sociale a téléphoné. Puis Chantal d’ATD Quart Monde est venue nous voir. Deux semaines plus tard, on recevait un appell : on nous attendait.

Dans le pavillon de 63 mètres carrés, on était serrés, mais ça nous a permis de nous retrouver tous, avec mon mari et les quatre enfants. En arrivant, on n’avait rien. Mais les voisins n’étaient pas là à nous regarder, ils ne nous jugeaient pas. Chacun avait ses soucis. On se parlait, on gardait les enfants des autres.

J’ai récupéré mon petit dernier grâce à Chantal. Il avait 17 mois. Au début, il m’en voulait, il me tapait devant les autres parents. On a commencé à retisser des liens. On était arrivé chacun de notre côté avec mon mari – on ne vivait plus ensemble. Pascal d’ATD restait avec nous pour manger, pour apaiser. Jamais je n’oublierai ça. On serait partis direct dans un logement définitif, je crois qu’on se serait séparé, que la famille se serait déchirée.

On a retrouvé un climat paisible. Mon mari a trouvé de l’interim régulier. Moi, je faisais des ménages. Puis j’ai fait des formations – vendeuse, auxiliaire de vie, aide-soignante en fin de vie. Là, je voudrais passer le diplôme d’infirmière.

Au centre, les enfants pouvaient faire plein d’activités, accédaient à plein de choses. C’est un bagage ensuite. Quand on leur parle de théâtre, ils savent ce que c’est. Mes enfants sont tous brillants à l’école.

ATD Quart Monde nous a aidés à trouver ce logement à Villepinte, à faire les papiers. Ils nous ont aussi aidés à déménager. Mais après ces années à Noisy, on était devenus autonomes.

ATD, c’est cette chaleur, cette aide humaine. Ils ont donné des heures de leur temps, leur parole, leur écoute, sans juger.

Aujourd’hui je pense à la famille qui attend qu’un logement se libère à Noisy-le-Grand. Une famille comme on a été, dans une misère, dans une galère qui vous fait penser qu’on ne vaut rien. A Villepinte, on a acheté notre maison. Ca nous fait beaucoup de charges, c’est très dur. Mais on avait trop peur de se retrouver sans rien si on n’achète pas. »

Propos recueillis par Véronique Soulé