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« Avec la CMU, tout le monde a accès aux soins » : vrai ou faux ?

Faux. Il faut continuer d’agir contre les inégalités d’accès à la prévention et aux soins.

En théorie, même privée d’emploi, toute personne a le droit de se soigner. En pratique, il faut franchir plusieurs étapes : savoir que l’on peut avoir accès à la CMU, la CMU-C ou l’ACS et décider de recourir à ce droit (voir « les pauvres font tout pour toucher des aides ») ; réussir à remplir son dossier jusqu’au bout (voir « Il n’est pas si compliqué d’accéder à ses droits ») ; ne pas être confronté à un refus de soins ou ne pas renoncer soi-même, lorsque le « reste à charge » (part non remboursée par la sécurité sociale et la mutuelle) est trop élevé par rapport à son budget.

Les bénéficiaires de la CMU sont parfois confrontés à des refus de soins de la part de professionnels de santé : un quart des médecins, 32 % des dentistes, 31 % des ophtalmologues et 40 % des gynécologues de secteur 2 à honoraires libres…(1)

Les renoncements aux soins concernent 18 % des bénéficiaires du RSA pour le médecin (contre 4 % pour l’ensemble de la population) et 27 % pour le dentiste (contre 11 %)(2).

Principale conséquence de ces inégalités d’accès aux soins : à 35 ans, un cadre vivra en moyenne encore 49 ans, un ouvrier 42,6 ans et une personne sans emploi 33,1 ans(3). Une personne sans domicile en France décède en moyenne à 49 ans(4).

On peut s’interroger avec certains chercheurs (Frédéric Pierru, Didier Tabuteau…) sur la baisse continue, au fil des décennies, de la prise en charge des soins courants par la sécurité sociale (50 % en moyenne seulement)(5) au profit de la part des mutuelles. Même s’il existe quelques complémentaires santé (comme « Accès santé » créée en 2013 avec ATD Quart Monde) qui couvrent avantageusement les personnes en précarité, les mutuelles dans leur ensemble protègent bien mieux les salariés que les personnes privées d’emploi, qui ont pourtant une santé en moyenne plus précaire (idée reçue 28). Et le montant de leurs cotisations est indépendant du revenu de la personne, ce qui est injuste socialement.

Notes

1Fonds CMU, « Les refus de soins : le testing 2009 ».
2M. Moisy, « État de santé et renoncement aux soins des bénéficiaires du RSA », DREES, Études et Résultats, n° 882, 2014. Voir aussi P. Warin, « Le baromètre du renoncement aux soins dans le Gard », Odénore, 2014.
3N. Blanpain, « Les hommes cadres vivent toujours 6 ans de plus que les hommes ouvriers », Insee Première, no1584, 2016.
4Rapport 2014 de l’Observatoire national de la fin de vie.
5Selon le rapport 2011 du Haut Conseil pour l’Avenir de l’Assurance Maladie. Voir aussi les travaux de l’Observatoire citoyen des restes à charge en santé.

 

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