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Idées Fausses : « Les chômeurs ne veulent pas travailler » C’est faux !

Faux. Le plus grand nombre souhaite trouver par un travail décent une utilité et une place dans la société.

Fin décembre 2015 en France, 14 % des bénéficiaires de minima sociaux sont salariés (17 % si l’on intègre les travailleurs indépendants) et en 2016, 29,6 % du revenu disponible des 10 % les plus défavorisés sont des revenus d’activité, salariés ou indépendants[1]. En Europe, un quart à un tiers des personnes en âge de travailler qui vivent dans la pauvreté ont un emploi[2]. Ce sont des « travailleurs pauvres » qui occupent des emplois précaires et leur nombre croît d’année en année.

« Il faut rappeler, précise l’économiste Bruno Coquet[3], qu’environ un million de chômeurs acceptent un emploi chaque mois, bien que souvent cet emploi ne soit pas celui espéré, qu’il dure seulement quelques heures, ou quelques jours, en activité réduite. Dans la conjoncture actuelle, peu d’emplois sont disponibles. »

Une première évaluation des Territoires zéro chômeur de longue durée montre que 98 % des personnes privées d’emploi rencontrées sont intéressées par un emploi en CDI au Smic, utile au territoire[4].

L’enquête « L’influence des incitations financières sur le retour à l’emploi des bénéficiaires de minima sociaux » de la Direction générale du Trésor en 2009 montre que la valeur accordée au travail, l’espoir placé en des gains ultérieurs et la volonté d’assurer le meilleur avenir possible à leur famille conduisent la plupart des bénéficiaires à accepter la reprise d’un emploi, même sans gain financier immédiat[5].

Une étude de 2002 explique qu’un tiers des bénéficiaires du RMI ont repris un emploi pour un gain inférieur à 76 € par mois[6] : « Ils en retirent pour la plupart un mieux-être, lié à un sentiment d’autonomisation et d’utilité sociale. Pour partie, ils espèrent aussi pouvoir de cette manière accéder à de meilleurs emplois, ce qui reste difficile. Le danger, pour les allocataires du RMI, est donc moins la trappe à chômage que la trappe à pauvreté, parce qu’ils occupent pour la plupart de « mauvais emplois » et restent très souvent confinés dans un secteur secondaire, sans transition ou presque vers un secteur primaire composé des « bons emplois ». »

Dire que les personnes en grande précarité ne veulent pas travailler permet surtout aux responsables politiques et économiques de renforcer le contrôle des personnes sans emploi, de maintenir à un faible niveau le montant des prestations sociales, et leur évite de s’interroger sur de réels moyens à investir dans la création d’emplois.

[Article mis à jour en décembre 2019]

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[1] « L’emploi salarié des bénéficiaires de minima sociaux » et « La composition du revenu des ménages modestes », Minima sociaux et prestations sociales, Drees, 2019.

[2] I. Marx, G. Verbist, « The Policy Response : Boosting Employment and Social Investment », in W. Salverda et alii, Changing Inequalities and Societal Impacts in Rich Countries, Oxford University Press, 2014.

[3] « Réduire les droits des chômeurs aggraverait le chômage », interview par S. Foulon, AlternativesÉconomiques, 26 février 2016.

[4] D. Goubert, D. Le Guillou, C. Hédon, Zéro chômeur. Dix territoires relèvent le défi,op. cit., p. 150.En France, les zones urbaines inférieures à 500 000 habitants ne créent plus d’emploi en solde net depuis une quinzaine années (Zéro chômeur, p. 33).

[5] L’étude de D. Gallie et S. Paugam, Welfare Regimes and the Experience of Unemployment in Europe, Oxford University Press, 2000, va dans le même sens, ainsi que celle de la MRIE « RSA et pauvreté », 2012. Voir aussi F. Dubet, A. Vérétout, « Une « réduction » de la rationalité de l’acteur. Pourquoi sortir du RMI ? », Revue française de sociologie, n° 42-3, 2001 ; et B. Gomel et D. Méda « Le RSA, innovation ou réforme technocratique ? Premiers enseignements d’une monographie départementale », Centre d’études de l’emploi,2011.

[6] Parmi les célibataires sans enfant bénéficiaires du RMI en 1996 et sortis du RMI un an plus tard. Étude réalisée par D. Guillemot, P. Pétour et H. Zajdela, « Trappe à chômage ou trappe à pauvreté. Quel est le sort des allocataires du RMI ? »,Revue économique, vol. 53, no 6, 2002.