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Marseille : élan de solidarité pour rétablir l’électricité dans un squat

En plein hiver rigoureux, les coupures d’électricité subies par les familles des squats de la rue Cazemajou, à Marseille, ont fait surgir un élan de solidarité auquel a contribué l’équipe d’ATD Quart Monde sur place.

Jeudi 10 décembre, le squat de Cazemajou se retrouve tout à coup sans électricité. La cinquantaine de familles présentes doit rester dans le froid et le noir. Une chaîne de solidarité se met alors en place, sous l’impulsion de deux alliées d’ATD Quart Monde, Agnès Flochel et Danielle Tomiet, soutenues par les animateurs de la Bibliothèque de rue de Cazemajou. Grâce à leur connaissance des familles sur place et à leur conviction de la nécessité de faire respecter les droits humains, elles parviennent à mobiliser, autour des habitants, les associations, les entreprises d’électricité et les institutions. « Tous sont allés au-delà du droit strict et se sont mobilisés, chacun à leur façon, pour que le droit le plus fondamental, vivre dans la dignité, soit effectif », expliquent les deux alliées.

Après avoir alerté les associations Rencontres Tsiganes, Médecins du Monde et la mairie, Agnès, accompagnée par un habitant du squat, dresse une liste des besoins en couvertures et en nourriture. Pour toutes les familles, la priorité reste l’électricité. Malgré plusieurs interventions de l’entreprise Enedis, la situation n’évolue pas. Les techniciens, « tous de bonne volonté, ont parfois reçu des ordres contradictoires. L’enjeu était le paiement des installations, de l’électricité, la puissance et la responsabilité de la sécurité du site », explique Agnès.

Écoute du responsable du squat

Avec Claudio, le responsable du squat, le collectif d’associations se met d’accord pour acheter les câbles, afin de rétablir au plus vite l’électricité. Les familles se cotisent, mais il manque encore 340 euros, rassemblés finalement par les membres de la Bibliothèque de rue. Le 23 décembre, « tous les câbles sont tirés, mais, gros soucis, il y a une surcharge et le tableau électrique brûle », raconte-t-elle. Il n’y a, à nouveau, plus d’électricité.

Le 25 décembre, les températures sont glaciales. Relancées par Agnès, la mairie accepte de faire la livraison de couvertures le lendemain et la préfecture valide une nouvelle intervention d’Enedis. L’alliée appelle alors Claudio. Il estime que la venue de l’entreprise sera préférable le lendemain, car il est alors 23h et les familles sont en train de fêter Noël. « C’est la première fois qu’on me demande mon avis », fait-il remarquer aux équipes d’ATD Quart Monde, qui insistent également pour qu’il soit présent lors d’une réunion à la mairie, le 30 décembre.

Engagement de tous

Le nouveau compteur, installé par une entreprise sous-traitante, Electrotech, brûle à nouveau le 4 janvier. Deux jours plus tard, le gérant de cette entreprise revient. Touché par la situation des familles sur place, il va au-delà de sa mission en installant, à ses frais, des tableaux électriques avec prises sécurisées, pour protéger les habitants du squat. L’installation électrique est enfin finalisée le 10 janvier.

Onze jours plus tard, une réunion à la mairie réunit l’ensemble des acteurs. Ils analysent le déroulé d’un mois d’interventions, qui a contribué, contre toute attente, au rétablissement de l’électricité, grâce au financement des travaux par le propriétaire, l’Établissement public foncier Provence-Alpes-Côte d’Azur, et à l’engagement de tous. Les participants soulignent que rien n’aurait été possible sans la présence en continu, sur place et par téléphone, d’Agnès et Danielle, et leurs liens forts avec les familles.

Le squat de Cazemajou devrait désormais être évacué après la fin de la trêve hivernale. Les membres d’ATD Quart Monde ont déjà commencé à interroger ses habitants sur leur vision de leur devenir. « Reste à bâtir avec eux, à partir de leurs réflexions, la manière dont ils veulent être représentés dans les instances de décisions pour leur logement. Le défi est immense. »

Photo : La Bibliothèque de rue du squat de Cazemajou en janvier 2020. © Madeleine Lemaire