Entrez votre recherche ci-dessous :

Les visages d’ATD Quart Monde : Edith Brunhes, « parler sans se cacher »

Militante Quart Monde à Perpignan, Edith Brunhes souhaite témoigner au nom de tous pour lutter contre une certaine « idéologie de la pauvreté ».

C’est dans un cinéma de Perpignan qu’Edith entend parler pour la première fois d’ATD Quart Monde. Il y a un peu plus de deux ans, elle décide d’aller voir le film de Ken Loach, Moi Daniel Blake. « Avant la projection, des personnes ont présenté une association, mais je n’ai écouté que d’une oreille. » Bouleversée par le film dans lequel elle retrouve des moments qu’elle a elle-même vécus, elle décide d’être plus attentive au débat qui suit. «  Ce qui était dit me touchait. J’ai découvert en même temps ATD Quart Monde et la Journée mondiale du refus de la misère. » C’était le 17 octobre 2017.

Dès la semaine suivante, Édith participe à une réunion du Mouvement et est impressionnée par « la chaleur humaine et la bienveillance » qu’elle ressent. « C’était la première fois que je trouvais un endroit où l’on peut parler de ce qu’on vit réellement sans se cacher derrière quelque chose, sans être jugé. » Elle est aussi un peu déstabilisée par les nombreux sigles employés. « Pendant les premières réunions, ils parlaient en code pour moi : UP, BDR… C’était du charabia. » Il lui faut donc plusieurs semaines pour comprendre que les UP sont bien les Universités populaires Quart Monde et les BDR les Bibliothèques de rue.

Mais les discussions en réunion la font aussi beaucoup réfléchir. « Je me suis aperçue que jamais je ne m’étais considérée comme pauvre. Pour moi, la pauvreté, c’était les gens qui n’avaient pas de toit, qui ne mangeaient pas tous les jours, qui étaient seuls. Moi, j’avais plein d’amis, j’avais un toit sur la tête, je mangeais tous les jours même si j’allais chercher chaque semaine mon colis alimentaire. Et pourtant, j’étais dans la pauvreté. »

Une réalité de terrain

Edith s’interroge alors sur son parcours « tout à fait normal, qui ne sortait pas au départ des lignes toutes tracées : une prépa HEC, une école de commerce, un poste de rédactrice en chef dans un journal à la Réunion ». Puis, il y a 20 ans, elle fait une rupture d’anévrisme. « À partir de là, ma vie a été très compliquée. Je suis revenue à l’état d’enfant et pourtant j’avais 27 ans. J’ai tout perdu. » Elle connaît alors les hôtels sociaux, la rue, puis décide de retourner chez ses parents, près de Nancy. Après plusieurs années difficiles, elle s’installe à Perpignan. Elle enchaîne les petits boulots, puis devient assistante de vie scolaire. Elle redécouvre alors les mathématiques avec les élèves qu’elle accompagne et décide de se réinscrire à l’université pour approfondir cette matière et donner des cours à domicile.

Lors des Universités populaires Quart Monde, elle comprend peu à peu que sa parole « peut intéresser ceux qui nous gouvernent et les personnes qui travaillent dans les domaines sociaux, pour qu’ils ne repartent pas avec une idéologie de la pauvreté, mais une réalité de terrain ». Elle qui avait totalement arrêté de communiquer ressent alors le besoin de témoigner « pour expliquer au nom de tous ce que l’on vit au jour le jour, dire qu’on veut seulement être reconnu en tant que personne, avec nos qualités et nos défauts, nos capacités et nos incapacités ».

« Dépasser mes peurs »

Edith s’intéresse aussi au Croisement des savoirs et des pratiques et décide de s’impliquer de plus en plus en acceptant de co-diriger le groupe local avec trois autres militants Quart Monde et alliés. « J’apprends à dire les choses, à dépasser mes peurs. Je change de personnalité de façon positive. »

De nature curieuse, Edith multiplie les formations avec ATD Quart Monde pour « mieux comprendre cette autre façon de voir la vie, le monde ». Elle apprend aussi à co-gérer un groupe, à reprendre confiance en elle et développe des outils pour être « plus posée » dans sa vie personnelle. « Tout ce que j’ai fait à ATD Quart Monde me sert pour préparer des entretiens pour devenir médiatrice. Cela m’a reboostée. » Elle vient d’ailleurs de retrouver du travail.

Elle se définit aujourd’hui fièrement comme une militante Quart Monde. « Cela veut dire qu’on connaît la pauvreté, mais surtout que l’on peut diffuser autour de soi une manière de penser différente et une autre façon de travailler, tous ensemble. » Julie Clair-Robelet

 

Photo : Edith Brunhes à Montreuil en février 2020. © JCR, ATD Quart Monde