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Les Visages d’ATD Quart Monde #8 -Dialoguer, au-delà des frontières grâce à la photo

Neven et Marine, deux alliés d’ATD Quart Monde, proposent aux jeunes Rennais un « dialogue photographique » avec leurs pairs d’Amérique du Sud.

Que faire avec une boîte de conserve et une aiguille ? Une photographie qui va voyager à l’autre bout du monde! Lorsque Neven et Marine ont expliqué cela aux jeunes de la Dynamique jeunesse de Rennes, certains ont été assez sceptiques. Mais c’est pourtant bien le projet pensé par ces deux alliés de 27 ans. Intitulée « Portraits voyageurs », leur démarche consiste à proposer à une petite dizaine de jeunes âgés de 17 à 26 ans des ateliers photographiques et vidéo. Ils ont ainsi découvert le sténopé, technique ancienne et artisanale de photographie.

Lors d’une séance proposée fin février dans le quartier rennais de Maurepas, Ludivine, Margaux et Karine ont percé leur boîte avec une aiguille, puis ont glissé du papier photo à l’intérieur, afin d’enregistrer l’image qu’elles ont ensuite développée elles-mêmes dans un labo photo. « C’est un savoir-faire manuel et magique qui se partage et s’expérimente à plusieurs », explique Neven, cinéaste et photographe. Des portraits plus traditionnels et de petits films ont également été réalisés pendant deux mois sur les thématiques de l’engagement, de l’espoir, des rêves et de la solidarité.

Correspondance photographique

L’idée est de « créer des films dont les participants soient fiers et de donner le moyen aux personnes de s’exprimer sur soi et sur le monde. Le but est d’apprendre à raconter son monde, pour y assurer sa part active, de trouver un appui pour trouver sa place, son devenir », souligne Marine. Tous deux ont décidé de faire vivre ce projet au-delà de la Bretagne et de créer « une correspondance photographique » avec des militants Quart-monde sud-américains. Munis des photos prises au sténopé, des portraits des jeunes Rennais et de courts-métrages, Neven et Marine se sont envolés fin mars pour la Bolivie. Ils doivent ensuite aller au Pérou, puis en Colombie, pour un périple d’au moins quatre mois.

Les personnes rencontrées en Amérique du Sud seront elles-aussi amenées à découvrir le sténopé, à faire des collages sur les portraits photos de leurs correspondants rennais et à poursuivre des films commencés en France. « Nous voulons créer des espaces d’échanges, en occultant la barrière de la langue. L’objectif est de confronter les points de vue, découvrir des manières de voir le monde que l’on ne connaît pas, et nourrir les réflexions », indique Neven. Il estime que « la photographie et le cinéma sont des médias intéressants pour connaître l’autre, et se connaître soi-même. Ce sont également des vecteurs d’émancipation, de solidarité et d’éducation. » Il espère qu’en France comme en Amérique latine, leurs « laboratoires photographiques continueront à fonctionner, même après leur départ, pour que les correspondances se poursuivent ».

Julie Clair-Robelet

Photos : Atelier photo à Rennes avec Neven, Ludivine et Margaux, mars 2019. © JCR, ATDQM