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Les Mots des autres : l’action d’ATD Quart Monde, des ghettos de New York aux couloirs de l’ONU

Le roman Les Mots des autres plonge le lecteur dans la préparation de la Journée mondiale du refus de la misère, aux Nations Unies à New York, et montre comment cela influence aussi bien la vie des membres d’ATD Quart Monde que celle de diplomates de l’ONU. Diana Skelton, autrice de ce livre, et Marie-Élisabeth Ayassamy, ont présenté le roman lors d’une conférence en ligne, le 3 décembre.

« Aucun personnage de ce roman n’est réel. Mais plusieurs conversations ont bien existé, mot à mot, et viennent de nos archives », indique d’emblée Diana Skelton, co-autrice du livre Les Mots des autres, avec Jean Stallings. Aujourd’hui membre de la Délégation nationale britannique d’ATD Quart Monde, cette volontaire permanente s’est engagée à l’âge de 19 ans, à New York, où elle a notamment représenté le Mouvement auprès des Nations Unies. C’est là qu’elle a rencontré Marie-Élisabeth Ayassamy, volontaire permanente qui signe l’avant-propos du livre. Toutes deux se sont donc « replongées dans l’histoire des choses vécues pendant quatre ans » pour écrire cette « fiction documentaire » publiée en juillet dernier aux Éditions Quart Monde.

Des ghettos du Bronx aux gratte-ciels de Manhattan, ce livre retrace la préparation d’un discours, qu’une jeune militante, Tanita, doit faire au siège de l’ONU (Organisation des Nations Unies) à l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère. Mais c’est aussi l’occasion de découvrir les enfants de la Bibliothèque de rue, les diplomates de l’ONU, les volontaires permanents… Diana Skelton a ainsi voulu montrer « ce croisement entre des personnes qui ne se rencontreraient jamais sans les hasards de la vie » et sans l’action d’ATD Quart Monde.

On y découvre ainsi le mode de fonctionnement du Mouvement. « La rencontre ne se fait pas seulement dans un sens, ce n’est pas juste quelqu’un qui vient poser une parole, puis quitte la salle et laisse ceux qui travaillent tout le temps à l’ONU discuter entre eux », explique-t-elle lors de la présentation sur la page Facebook d’ATD Quart Monde. « Ce n’est pas du tout comme cela qu’ATD Quart Monde travaille. On est dans la durée, pour que les gens puissent réfléchir ensemble dans le croisement des savoirs. »

Les jeunes générations contre « les injustices enracinées »

À travers l’histoire de Tanita, les autrices ont souhaité montrer l’importance des jeunes pour construire une société plus juste. « Ils peuvent jouer un rôle extraordinaire dans la lutte contre la pauvreté. Moi, le mouvement des jeunes d’ATD Quart Monde a transformé ma vie. J’ai voyagé, j’ai appris plein de choses que je n’ai pas apprises à l’école. J’ai grandi, ça m’a poussée à être plus ouverte », explique Marie-Élisabeth Ayassamy.

« Dans ce monde, des injustices sont souvent enracinées dans des vieilles habitudes. Si on veut imaginer changer les relations entre les gens et la pauvreté, cela se fera forcément avec les jeunes générations », précise Diana Skelton.

« L’ONU n’est pas une baguette magique »

Le roman emmène également le lecteur dans les couloirs de l’ONU, les salles de réunion et les soirées de gala. Il permet de mieux comprendre les relations de cette institution internationale avec ATD Quart Monde. « Depuis longtemps, les Nations Unies luttent contre la pauvreté dans les pays du Sud. Ce qui est nouveau avec les Objectifs du millénaire pour le développement, c’est qu’elles parlent pour la première fois de lutter contre la pauvreté sous toutes ses formes et partout. ATD Quart Monde est engagée, depuis quelques années, pour les aider à comprendre les dimensions cachées de la pauvreté qui existent en France, comme au Bangladesh », détaille Diana Skelton. « L’ONU, ce n’est pas du tout une baguette magique, mais c’est quand même un lieu symbolique », ajoute-t-elle.

La voix d’ATD Quart Monde est donc bien écoutée par les diplomates des Nations Unies. Ils ont notamment reconnu en 1992 la Journée mondiale du refus de la misère célébrée le 17 octobre depuis 1987, à l’appel de Joseph Wresinski. « Actuellement, l’ONU préconise de ne laisser personne de côté dans les Objectifs du millénaire pour le développement. C’était une demande précise d’ATD Quart Monde. Avant, les objectifs étaient de réduire de 50 % le taux de pauvreté. Cet objectif montrait tout de suite que certains allaient jouer avec les chiffres. Cela n’avait pas été réfléchi avec les personnes qui ont le plus d’obstacles à vaincre dans la vie quotidienne, celles qui ont une connaissance très intime de ce que cela veut dire être ‘laissées derrière’. L’intelligence de ces personnes manque quand on ne réfléchit pas avec elle et c’est ce qu’apporte ATD Quart Monde aux Nations Unies, à travers sa participation à des commissions », détaille Diana Skelton.

La recherche de l’efficacité

La relation n’est cependant pas toujours simple, comme le rappelle le personnage de Blandine dans le roman. « Elle est économiste aux Nations Unies et, une des choses qu’elle reproche à ATD Quart Monde, c’est qu’elle ne voit aucune efficacité, alors que son travail est d’être efficace. Mais, à ATD Quart Monde, on met l’accent sur la présence avec les personnes en situation de pauvreté, sur le moment présent, avec tout le chaos et les catastrophes qu’entraîne la grande pauvreté. On cherche la créativité, l’invention, mais on a aussi besoin d’être efficace et de planifier les choses, donc on retrouve aussi cette tension », explique l’autrice.

Diana Skelton et Marie-Élisabeth Ayassamy espèrent toutes deux que l’histoire entremêlée de ces personnages  va « pousser à l’engagement » de nombreux lecteurs. Julie Clair-Robelet

Retrouvez Les Mots des autres sur le site des Éditions Quart Monde et la vidéo sur la page Facebook d’ATD Quart Monde.

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