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« Le RSA et les allocations chômage découragent les gens de travailler » : vrai ou faux ?

Faux. Penser cela(1), c’est se tromper et, encore une fois, faire reposer l’unique responsabilité sur les personnes.

L’incitation financière n’est pas le principal critère de choix pour reprendre ou non une activité pour une grande partie des personnes sans emploi. Elles ne sont pas moins motivées à retrouver un travail dans les pays européens où la protection sociale est la plus généreuse(2), car disposer d’un revenu minimum aide à garder la tête hors de l’eau et l’on souhaite bien sûr améliorer ce minimum en travaillant quand c’est possible. En France, le RSA a contribué à augmenter le taux de retour en emploi des mères isolées(3). S’il ne l’a pas permis davantage pour d’autres catégories de bénéficiaires, c’est, aussi, peut-être, parce qu’ils cherchaient déjà du travail sans en trouver(4) et que la question n’est pas tant d’encourager la recherche d’emploi que de créer de l’emploi décent quand il tend à disparaître (idées reçues 97 et 104).

Pour ce qui est des allocations chômage, l’économiste Bruno Coquet explique que l’« on a intérêt à augmenter la durée d’indemnisation quand la conjoncture va mal, quitte à ajuster ensuite quand la situation s’améliore. […] La seule étude empirique existante conclut que [réduire les allocations chômage] aurait ralenti le retour à l’emploi.(5) » Entre 1992 et 2001, une réduction des allocations a été mise en œuvre, sans que cela ne favorise le retour à l’emploi. En 2013, 39% des inscrits à Pôle Emploi ne perçoivent d’ailleurs aucune allocation chômage, parce qu’ils ont épuisé leurs droits ou n’ont pas exercé une activité suffisante, auxquels on peut ajouter le taux de non-recours de 39 % de chercheurs d’emploi qui ne sont pas inscrits à Pôle Emploi et ne touchent donc, eux non plus, aucune allocation chômage(6).

La tranche d’âge 18-29 ans est, avec celle des moins de 18 ans, la plus touchée par la pauvreté, et l’on entend aussi souvent dire que le RSA découragerait les jeunes de rechercher un emploi. À cela, le chercheur Olivier Bargain répond : « Si elle existe, cette désincitation devrait se traduire par un fléchissement du taux d’emploi des jeunes juste après 25 ans [âge à partir duquel on peut percevoir le RSA plus systématiquement], puisque le gain à l’emploi de certains jeunes serait plus faible à partir de cet âge. Or, aucune rupture dans les taux d’emploi à 25 ans n’est repérable pour les jeunes célibataires sans enfant ayant au moins un CAP ou un BEP. Le RMI et le RSA n’auraient donc pas d’effet désincitatif marqué sur l’emploi de ces jeunes(7). »

Quand à vouloir réduire les allocations chômage pour réduire le déficit de l’Unedic (25 milliards en 2015), c’est se tromper de coupable. L’assurance chômage est excédentaire malgré la crise : en 2014, 16 millions d’actifs ont cotisé pour 33,94 milliards d’euros, et l’Unedic a versé 31,26 milliards d’allocations… et 3,19 milliards à Pôle emploi, soit 87 % du déficit qu’elle a enregistré en 2014 – une part du reste du déficit provenant des régimes d’indemnisation de l’interim et des intermittents du spectacle(8). Les réseaux Assedic et ANPE ont en effet fusionné en 2008 et l’Unedic participe aujourd’hui au financement de Pôle Emploi.

Notes

1Comme 53 % des Français. CREDOC, Enquête « Conditions de vie et Aspirations », 2014.
2D. Gallie, S. Paugam, Welfare Regimes and the Experience of Unemployment in Europe, op. cit.
3V. Simonnet, É. Danzin, « L’effet du RSA sur le taux de retour à l’emploi des allocataires. Une analyse en double différence selon le nombre et l’âge des enfants », Insee, Économie et Statistique, no 467-468, 2014.
4A. Eydoux, B. Gomel, Apprendre (de l’échec) du RSA. La solidarité active en question, Éd. Liaisons, 2014.
5L’Assurance chômage. Une politique malmenée, Paris, L’Harmattan, 2013.
6Odenore, L’envers de la fraude sociale, op. cit.
7Dans Insee Analyses, no 6, 2012. Lire aussi O. Bargain et A. Vicard, « Le RMI et son successeur le RSA découragent-ils certains jeunes de travailler ? Une analyse sur les jeunes autour de 25 ans », Insee, Économie et Statistique, no 467-468, 2014.
8G. Dagorn, « Les chômeurs ne sont pas responsables du déficit et de la dette de l’assurance-chômage », Le Monde, février 2016.

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