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Le projet Dis-moi propose l’accès à la culture pour tous

Depuis 2018, plus de 150 personnes participent en Haute-Loire à des ateliers culturels « gratuits et ouverts à tous », initiés par l’association Dis-moi, lancée par un collectif dont fait partie ATD Quart Monde.

Chaque semaine, Brigitte* fait un « voyage musical ». Douillettement installée, elle se laisse emporter par la voix de Karen Prévost, intervenante de l’atelier musique, avant d’essayer elle-même différents instruments. « Cela fait vibrer mon cœur, je me sens vivante. Ça m’apporte une force incroyable », constate-t-elle. Cet atelier est l’un des 16 proposés par l’association Dis-moi. Sculpture, peinture, danse, broderie, chant, mais aussi philosophie, « bidouillage créatif » ou encore sorties culturelles, ces ateliers sont ouverts à tous et gratuits.

Ils ont été initiés par un collectif réunissant ATD Quart Monde, le Secours Catholique, le Secours populaire, la Croix-Rouge, le Centre communal d’action social du Puy-en-Velay et le conseil départemental. « En 2016, nous avons mené ensemble un travail sur les préjugés concernant la pauvreté. Puis, l’idée a émergé de se retrouver autour d’activités culturelles », explique Xavier Robert, allié d’ATD Quart Monde et président de l’association Dis-moi. Après un spectacle à l’opéra, une interrogation est née parmi les participants, vivant pour beaucoup en situation de pauvreté : « pourquoi n’est-on jamais sur scène, nous ? ». C’est ainsi que le projet a commencé. Seize intervenants artistiques ont répondu présents pour favoriser l’accès à la culture pour tous et permettre à chacun d’expérimenter une pratique artistique créative libre, tout en étant dans une démarche encadrée.

Un terrain de jeu fertile

Chaque atelier est d’abord l’occasion de créer des échanges. « J’ai trouvé ici du lien et du partage. On est tous à égalité », constate Édouard, qui danse chaque semaine sur des musiques qu’il n’aurait « jamais eu l’idée d’écouter »« On vit quelque chose de spécial, parce que chacun a sa place, du plus jeune au plus âgé, du moins doué au plus doué », ajoute Chantal. Elle vient aux ateliers musique et philosophie. « Je ne pensais pas pouvoir accéder à cela financièrement et je n’osais pas. Je me disais que ce n’était pas pour moi. » Elle a pourtant trouvé sa place dans ces ateliers, mais aussi au-delà, car l’ambiance bienveillante incite à prendre soin les uns des autres, même en dehors des activités.

Les participants « ont souvent des vies compliquées, mais à l’atelier, on démarre une histoire ici et maintenant », explique Nicolas Savoye, qui anime l’atelier de « bidouillage créatif ». Chaque semaine, il arrive avec un camion rempli d’objets récupérés et d’outils. Il installe un « terrain de jeu fertile » où chacun est invité à créer. « Je ne suis pas là pour leur dire ce qu’ils doivent faire. Je n’ai aucune définition du beau. Ce que l’on cherche, c’est exprimer un truc magnifique qu’ils ont au fond d’eux, et non ce qu’ils voient chez les autres ou à la télé. On vit des moments très forts », détaille-t-il.

Chaque année, un spectacle est créé pour la Journée mondiale du refus de la misère. Édouard se souvient encore avec émotion de celui de l’année dernière, au cours duquel il a chanté sur scène. « J’ai reçu un paquet d’éloges. Quand vous vous faites tout le temps rabaisser et que vous entendez ça, vous prenez un sacré coup, je n’ai pas l’habitude. » Comme beaucoup de participants, il s’estime aujourd’hui « riche de toutes ces nouvelles rencontres » réalisées grâce à Dis-moi.

Pour en savoir plus : projetdismoi@gmail.com

* Les personnes citées par leurs prénoms n’ont pas souhaité donner leurs noms de famille.

Cet article est extrait du Journal d’ATD Quart Monde de décembre 2023.

Photo : Atelier de percussions © Sébastien Le Clézio, Secours Catholique