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L’artiste Petite Poissone s’engage aux côtés d’ATD Quart Monde

Artiste originaire de Grenoble, Emmanuelle, alias Petite Poissone, colle des dessins et des phrases poétiques ou décalées dans les rues pour faire sourire, et réfléchir, les passants. Pendant le confinement, elle a accepté d’illustrer l’histoire de Bernadette Cornuau, l’une des premières volontaires permanentes d’ATD Quart Monde.

 

Comment avez-vous connu ATD Quart Monde ?

J’ai été invitée par ATD Quart Monde en 2017 lors des 60 ans du Mouvement, sur le Village des initiatives, place de la République, à Paris. Je ne connaissais alors ATD Quart Monde que de nom. Pendant la journée, j’ai pu coller mes textes, mais surtout j’ai découvert une équipe très sympa et une philosophie qui m’a plu, l’idée de s’intéresser à la dignité des gens. Ce fut vraiment une bonne journée pour moi. J’avais notamment retenu le principe des Bibliothèques de rue. En rentrant à Grenoble, j’en avais parlé à mes filles et j’avais gardé l’idée dans un coin de ma tête.

Comment avez-vous ensuite gardé le lien ?

J’ai gardé contact avec Guillaume Amorotti, qui est membre de la Délégation nationale. Mais je suis très prise pas mon boulot, mes enfants, le street-art… Je n’avais rien fait de plus avec ATD Quart Monde. Un mois avant le confinement, ma fille aînée, qui a 17 ans, m’a reparlé des Bibliothèques de rue, en me disant qu’elle aimerait bien y aller. Nous avons alors découvert qu’il y en avait une tout près de chez nous. Nous y sommes donc allées ensemble. Nous avons eu le temps de participer à une seule Bibliothèque de rue avant le confinement.

Pourquoi avez-vous décidé d’illustrer le livre J’ai cherché si c’était vrai ?

Au moment de l’annonce du confinement, je me suis sentie un peu perdue à l’idée de rester enfermée chez moi. J’avais forcément beaucoup moins d’activités de street-art, donc je me suis demandée comment je pouvais être un tout petit peu utile, toute proportion gardée. Je me suis dit que je pouvais proposer ce que je savais faire à ATD Quart Monde. Les Éditions Quart Monde m’ont alors parlé du livre de Jean-Michel Defromont. Je l’ai lu d’une traite et cela a été une vraie bonne surprise. J’ai trouvé que ce livre faisait du bien pendant cette période.

J’ai été marquée à la fois par la simplicité de l’écriture, qui parvient tout de même à transmettre de l’émotion, et par celle de Bernadette. On a l’impression que tout ce qui lui arrive est absolument phénoménal et en même temps, avec simplicité, elle va là où elle a envie d’aller. Même si elle passe par des épreuves assez dures, elle a beaucoup d’humilité et elle va de l’avant tout le temps. Elle explique que c’est pour les jeunes qu’elle s’engage, mais il n’y a pas d’angélisme.

Comment avez-vous travaillé ?

Le livre était découpé en 14 épisodes et, chaque semaine, deux épisodes étaient publiés sur le site internet d’ATD Quart Monde. Je relisais chaque épisode et mon envie d’illustrer un événement emblématique me guidait. Mon dessin préféré est le premier, celui du petit Gérard que rencontre Bernadette à son arrivée dans le bidonville de Noisy-le-Grand.

Allez-vous continuer à vous engager auprès d’ATD Quart Monde ?

Nous allons continuer la Bibliothèque de rue avec ma fille. J’adore travailler avec les enfants, notamment ceux qui connaissent des difficultés. En tant qu’artiste, je fais des ateliers dans des quartiers, mais je ne le fais pas assez souvent à mon goût. La Bibliothèque de rue va me permettre de faire cela de manière plus régulière, d’avoir un suivi, un lien avec les enfants. J’aime l’idée d’apporter peut-être le goût de l’écriture, de la lecture à des enfants qui ne sont peut-être pas habitués, qui n’ont pas un accès facile à cela. Je pense qu’au fil des séances, j’apporterai de quoi dessiner, écrire… Propos recueillis par Julie Clair-Robelet

 

L’art de Petite Poissone

« Plan A : rester digne. Plan B : tout démonter » ; « On révolte ceux qu’on saigne » ; « J’en ai marre d’être nue, d’être nulle et non avenue. Pourquoi aucune femme dans le nom de mes rues. » Voici quelques-unes des phrases que colle Petite Poissone au gré de son envie, dans les rues de sa ville, Grenoble, mais aussi dans toute la France. « Le but n’est pas de recouvrir les murs, mais d’y prendre du plaisir et de passer un bon moment avec des amis », explique-t-elle. « J’ai un carnet que je remplis dès que j’ai 5 minutes. De temps en temps, une phrase émerge et j’ai envie d’aller la coller tout de suite. » Attirée depuis longtemps par « tout ce que faisaient les graffeurs », elle a eu envie il y a une dizaine d’années de « faire quelque chose de décalé et de coller des choses très propres, ces écritures qui ressemblent à celles que l’on voit dans les musées, sur des murs un peu sales ».

 

Photo : Petite Poissone à ATD Quart Monde à Montreuil fin juin 2020. © Rémi Rémi Santiard, ATD Quart Monde