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La formation OSEE « peut m’ouvrir d’autres portes »

Début septembre 2020, les stagiaires de la première promotion d’OSEE se sont retrouvés dans les locaux d’ATD Quart Monde, à Montreuil, pour faire le point sur leur formation.

Réunis autour d’un café, tous savourent leurs retrouvailles, après plusieurs mois sans se voir en raison du confinement. Pas facile de se mettre au travail quand on a tellement de choses à se raconter. Mais, peu à peu, le silence se fait et chacun se penche sur sa feuille, studieux, face à la question : « quelles sont mes compétences acquises par le Croisement des savoirs ? ».

« C’est dur d’identifier tout ce qu’on a fait : écouter les autres, parler à des professionnels, savoir expliquer pourquoi on n’est pas d’accord, mettre des mots sur ce que l’on ressent… Pour nous, c’est naturel, on ne sait pas le valoriser », explique Lætitia. Ludivine fait le même constat : « J’ai développé ma capacité à entendre, à affirmer et à défendre ma pensée. Mais, pour moi, ce n’était pas des compétences que je pouvais mettre sur mon CV ».

Devant leurs hésitations, Hervé Lefeuvre, membre de l’équipe projet, leur rappelle notamment tout ce qu’ils ont réalisé dans le cadre des Croisements des savoirs et des pratiques. « Vous avez travaillé et échangé avec des groupes de professionnels, des professeurs, des assistantes sociales, des professionnels de santé, des magistrats… Vous avez produit des travaux pour tenter d’aboutir à des transformations sociales. »

Un travail pour soi

Alors, timidement, les idées viennent. Gwendal trouve d’abord de nombreuses compétences à ses voisines de table. « C’est plus facile de parler des acquis des autres. Quand on fait une action avec ATD Quart Monde, on parle rarement en son nom propre. Mais c’est important aussi ce travail pour soi, on remarque que, finalement, on n’a pas mal évolué et que les personnes qui ont vécu la précarité peuvent avoir un plus par rapport à des jeunes qui sortent de l’école », constate-t-il. L’objectif de cet exercice est de réaliser un livret de compétences, qui pourra être présenté à un centre de formation ou à un employeur.

Chaque stagiaire tente de se remémorer ses actions avec ATD Quart Monde ou d’autres associations et, pour beaucoup, la liste devient très longue. « Depuis des années, je m’occupe de migrants, de personnes en précarité et de seniors, mais je n’ai pas de justificatif. J’accompagne les familles auprès des juges, je fais avec elles les dossiers Dalo (droit au logement opposable), les courriers… J’aimerais bien avoir une reconnaissance de tout ce que j’ai fait sur le terrain », indique Fatiha.

« J’ai fait beaucoup d’interventions dans les associations caritatives qui agissent avec les personnes vivant à la rue. Cette formation peut m’ouvrir d’autres portes, elle m’a ‘réveillée’, en quelque sorte, en me donnant l’envie de me former davantage, de prendre des responsabilités. Ça m’aide à prendre confiance, à voir les branches dans lesquelles je pourrais travailler », détaille Zora. « J’ai fait du bénévolat dans le social et dans le secteur de la santé. J’ai travaillé avec la Croix-Rouge pendant le confinement, dans un Ephad. J’essaye d’aller toujours de l’avant, mais les portes se ferment, parce que le diplôme me manque », regrette Isabelle.

« Une récompense dans ma vie »

Tous ont eu des parcours scolaires et un rapport à l’école compliqués et certains ont déjà enchaîné les formations, sans succès. « Jusqu’ici, on ne m’a proposé que des formations de pacotille, pour développer ma confiance en moi, ou alors on me mettait des barrières à cause de mon poids, on me disait que j’allais être trop fatiguée. Mais, à force, je me suis juste sentie nulle », souligne Stéphanie. « Pendant des années, on m’a dit que je n’étais pas capable. À ATD Quart Monde, on me disait le contraire, mais parfois je pensais que c’était faux, gentillet. Alors, quand on m’a proposé cette formation, je suis allée en chercher une autre, pour voir si j’étais capable d’en trouver une ailleurs. Ça a marché, mais j’ai choisi celle-ci, parce que je sais que je vais avoir du soutien », explique Lætitia. « J’ai souvent essayé, mais je faisais marche arrière parce que je pensais que je n’avais pas le niveau. Ici, je sais que je suis soutenue », ajoute Cathy.

« Quand j’avais 16 ans, on m’a dit ‘tu n’es bonne à rien, inutile, tu le seras toute ta vie.’ Je l’entends encore aujourd’hui. Mais après toutes mes années de bénévolat, c’est un peu une récompense dans ma vie cette formation. Je sais bien que ce n’est pas parce que je la fais que j’aurai un emploi après, mais au moins j’irai jusqu’au bout », affirme Jacqueline.

« Un vrai travail »

Certains stagiaires ont déjà un projet très précis, comme Sandrine, qui souhaite se lancer pour être médiatrice sociale. D’autres veulent profiter des journées d’immersion et des stages pour mieux connaître les différents métiers. Stéphanie sait simplement qu’elle veut travailler avec les jeunes. Elle a déjà prévu de faire une journée d’immersion dans le centre social de son quartier, pour mieux comprendre les missions de chacun. « Peut-être qu’enfin j’aurai un vrai travail, où je n’irai plus la boule au ventre et que je ne dépendrai plus du RSA, parce que j’en ai marre. »

Tous sont fiers de participer à cette expérimentation et espèrent sa généralisation pour que « ce soit plus facile ensuite, pour les autres », conclut Maria.

 

Photo : Les stagiaires de la formation OSEE en juillet 2020. © GR, ATD Quart Monde