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La chronique de Simon #Épisode 4 : Nuit pâle

Simon est stagiaire à ATD Quart Monde. Bientôt, il deviendra volontaire permanent. À travers ses chroniques, il raconte son expérience au sein du Mouvement. Découvrez ici un festival pas comme les autres… un festival des Savoirs et des Arts.

Le ciel est tellement bleu qu’on se croirait à Montpellier. Ici, il y a des gens qui rentrent de vacances. On croise certains visages qu’on n’avait plus en tête. J’aime bien, moi, quand on a des choses à se raconter. C’est comme si on avait laissé un livre au fond du sac et qu’on le retrouvait quelques semaines plus tard. Comme si la couverture s’était usée mais que le marque page était resté au même endroit. Grâce à lui on peut reprendre l’histoire. Se replonger dans l’odeur. Redécouvrir le style. On est un peu perdu le temps des premières pages. On se souvient plus bien de tous les personnages. Des lieux. De l’intrigue. Mais doucement, on replonge. La fraîcheur de l’eau caresse le visage. C’est ce moment où les cheveux se mouillent. On entre dans un nouveau monde. Familier. Et pourtant inconnu.

On se réunit, on s’organise, beaucoup. Le mois d’Octobre est presque là. Ici. Entre les lignes et sur les bouches. Partout. Il y a des chiffres. Des dates. Des mots. Des lieux. 13. 14. 15. 17. Théâtre. Village. Trocadéro. Olympia. Et même des carrés dans des ronds. Des soupirs et des ondes. Les boites mails reprennent leurs activités. Les cafetières sifflent, impressionnées. On se tient par les mots, histoire d’être ensemble. Quelques vannes fusent. Quelques rires passent. Demain et aujourd’hui se retrouvent sur un écran. Entre nos lèvres. Les temps longs s’envolent. Tout se resserre. Pendant que la fatigue s’installe, l’amour se déguise. On y est.

La porte du RER A s’ouvre. Noisy le Grand. Festival des Savoirs et des Arts. Les tables sont dressées et le repas partagé. Chacun amène ce qu’il veut. On se régale de l’air doux qui caresse nos assiettes pendant qu’on les vide des pointes de nos fourchettes. Enivré par les goûts qui s’entremêlent et les odeurs qui flottent, chaque être se retrouve. Doucement, la musique s’installe et une grande toile se tend entre deux arbres. Les petites mains choisissent à tour de rôle leur couleur. Les pinceaux caressent la peinture. Les passants s’arrêtent. On leur propose de venir partager. Nous apprendre quelque chose. Ils s’inscrivent. Cuisine. Danse. Ou réparation de vélo. Maintenant. Demain. Ou après le boulot. Qu’importe. Il y a de la place pour vous. Il y a de la place pour tous. Encore dix jours.

La porte du RER A se ferme. Les gens sourient en regardant leur écran. Le wagon se noie dans le silence. Le front contre la fenêtre, plus loin, peut-être, des larmes coulent. Personne ne les voit.

Le ciel est tellement gris qu’on se croirait ici.

Simon Bosio