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La chronique de Simon – Épisode 3 : « Les perdus perdurent »

Simon est stagiaire à ATD Quart Monde. Bientôt, il deviendra volontaire permanent. A travers ses chroniques, il raconte son expérience au sein du Mouvement. Cette semaine vivez une bibliothèque de rue à travers les yeux de Simon. 

C’est l’histoire sans fin d’une pluie qui tombe

Sur le bitume, sur les visages

Des livres se tassent et s’étalent

Foi apaisante, ici.

Bibliothèque de Rue. Noisy-le-Grand. On pousse le chariot rempli de mots. Devant la sortie du RER de Noisy-Champs, il y a une aire de jeux. C’est ici qu’on s’installe, tous les mercredis. Aujourd’hui, les enfants accourent. Vers nous. Vers les livres. Vers quelque chose. On sème. On installe les couvertures et on sort les bouquins. L’un d’entre eux m’intrigue. Aucune image, aucun mot. Seul un bleu gris s’étale sur sa couverture. Avant que je puisse l’ouvrir, une goutte s’y écrase. Puis deux. Les livres sont fragiles : il faut partir. La Maison pour Tous nous accueille dans une salle grande et tiède. Les enfants nous suivent. Avec l’une d’entre eux, on partage une lecture et son petit frère nous écoute. Elle me demande pourquoi Kirikou est tout le temps tout nu alors que sa maman est habillée. Un brin fatiguant, ces gosses. Toujours à poser des questions. A apprendre.

Je me souviens. Tarbes. Une autre Bibliothèque de Rue. Je lis. Un petit être, aspiré par l’instant, m’écoute. Un mot passe des pages à mes lèvres. L’amour. Ses sourcils se froncent. C’est quoi l’amour ? C’est quoi l’amour… Les mots résonnent. Une fillette explique : « c’est quand on se fait des bisous ». Je souris. Excellente définition.

Ici, des cocottes en papier naissent de quelques plis. Origami. Doigté méticuleux et échange de savoir-faire. L’heure de rentrer toque à la porte. On range. On sort. Il pleut. L’eau est partout. Elle coule le long de nos peaux et de nos vestes. Elle mouille nos paroles. Elle trempe nos pieds. Lassés. Défaits. On range et on rentre pour faire un compte rendu. On partage un café, un thé, et nos impressions. Sur le retour, je croise des gens qui pleurent de l’intérieur. Ils sont sur le sol et tentent avec leur main de recevoir du ciel quelque chose pour continuer d’être. Ils manquent de ressources. D’amour. De nous.

C’est l’espoir sans pain d’une nuit du monde

Les poumons fument, comme un hommage

L’ivresse se cache, s’évade

Les oiseaux chantent. Ailleurs.

Simon Bosio