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La chronique de Simon #Épisode 2 : « Les meilleurs moments sont toujours les petits » – Emile Ajar

Simon est stagiaire à ATD Quart Monde. Bientôt, il deviendra volontaire permanent. A travers ses chroniques, il raconte son expérience au sein du Mouvement. Cette semaine découvrez une matinée du mois d’août vue par Simon…

La semaine dernière, une pluie fine recouvrait les mouvements de routine. L’été s’était tu. La ville se redécouvrait. Ceux qui pouvaient partaient. Ceux qui restaient ramaient. L’eau parcourait les trottoirs. Les trop-pleins se déversaient. Et mettaient du gris partout. Aujourd’hui, le gris du ciel est clément et le sol reste sec. Quelques souris s’échappent des vannes. Le bus n°129 freine, s’arrête, et redémarre. Entre temps, les gens montent et descendent, comme d’infinis va-et-vient entre deux mondes qui s’observent sans jamais se toucher.

ATD Quart-Monde. Montreuil. 3ème étage. Le cliquetis des claviers, le vrombissement automobile ravalé par la rue Beaumarchais et les voix encore tièdes qui s’oublient entre les moquettes et les fenêtres habillent un fond sonore propice à la concentration. A l’intérieur du bureaux, nos paroles complètent parfois cette douce symphonie. L’on se parle d’hier, de demain, ou même d’aujourd’hui. Il y a des livres disséminés un peu partout. Ils sont blancs et gros, pour la plupart. On les ouvre et on les ferme. Et même parfois, entre-temps, on les lit. Il y a aussi des écrans qui entre nous jouent leur rôle. Dehors, au loin, un chien aboie. A 10 heures, on partage un café. Aujourd’hui, tout le monde se retrouve au 3ème étage. On redécouvre alors, dans les sourires matinaux, la poésie des êtres. C’est la pause du mouvement. Il fait beau. Au delà de la vitre, dans nos pupilles. Ces instants retrouvés, entre les activités des uns et des autres, ramènent à une réalité plus douce que celle, tordue, que nos esprits, perdus, fabriquent. Quelques vannes s’échappent des sourires. Les rires ponctuent les silences. Ou l’inverse. Qu’importe.

Je retourne au bureau qu’on me laisse emprunter pour l’été. Je découvre, grâce aux papiers qui y traînent et aux couleurs qui l’habillent, une partie de son histoire. Il y a des brouillons. Il y a des dessins. Ils ornent à l’encre bleue les espaces perdus. Une étoile en papier est scotchée sur le bois. Dessus, une citation d’Albert Einstein qui parle d’arbre, de poisson et d’éducation. Le soleil caresse les vitres et la chaleur se fait. Ou peut-être est-ce la pause qui fait seulement son effet.

Simon Bosio