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Julien, volontaire permanent d’ATD Quart Monde

Julien Steinbrucker en rigole encore : « je n’étais pas parti pour faire du social, ça ne me parlait pas des masses… » Et pourtant, c’est bien avec un contrat de volontaire en poche que ce jeune homme de 32 ans a débarqué en septembre 2012 à Paris, au volant de sa vieille 205 bourrée jusqu’au toit de toutes ses affaires. Près d’un an et demi après, ses yeux bleus pétillent en dressant déjà un court bilan : « j’ai juste envie de continuer ce que je fais. Ca m’enrichit moi et ça en enrichit d’autres ».

« Les responsabilités qu’on nous confie nous obligent à nous remettre en question. » (photo François Phliponeau)
« Les responsabilités qu’on nous confie nous obligent à nous remettre en question. » (photo François Phliponeau)

Retour en arrière. À la fin des années 2000, Julien revient se fixer dans sa ville natale, Colmar, après avoir pas mal bourlingué : Compostelle, Irlande, Chine, où il envisageait de monter un bar français. De retour au bercail, ses études de commerce international lui permettent de décrocher un travail dans une société d’aménagement de véhicules utilitaires. Bon poste, bon salaire, et des conditions de vie agréables. Mais une rencontre amoureuse va changer sa vie. « Ma copine était volontaire chez ATD. Au début je pensais qu’ils étaient à l’ouest ; je ne comprenais pas qu’ils espèrent changer le monde en restant autour d’une table ! » Julien, lui, préfère le concret, notamment les maraudes de la Croix rouge auxquelles il participe. Puis, de fil en aiguille, il commence à donner un coup de main aux chantiers jeunes d’ATD, puis à participer aux universités d’été. « Ca a été déterminant. Je n’avais pas l’habitude qu’on me demande mon avis sur les grands sujets de société. Ca ne faisait pas partie de ma vie quotidienne qu’on me mette face à ces réalités. Ca m’a fait grandir ». Prise de conscience que sa voix compte, et parallèlement désillusion par rapport à l’intérêt de son travail de commercial dans lequel il a le sentiment de ne plus progresser : un changement de vie s’impose à lui. Ce sera la montagne. « J’ai passé l’examen probatoire pour devenir accompagnateur de moyenne montagne. C’était un défi, je l’ai réussi. » Mais ce défi ne le comble pas. Profitant du délai de trois ans dont il bénéficie avant de faire valider son examen par une formation, il décide d’un nouveau changement de cap. « Un recentrage plutôt. Il y a longtemps que je pensais à m’engager comme volontaire… Là, après la réussite de l’examen, c’était le moment d’essayer. J’avais le temps. » Et voilà Julien, nouveau volontaire, au volant de sa vieille 205 devant le siège parisien d’ATD, malgré l’incompréhension totale de sa famille devant ce nouveau choix de vie.

Comme tous les nouveaux volontaires, Julien commence par travailler à la journée du 17 octobre. « J’étais paumé » se souvient-il. Après un métier de commercial où l’indépendance de décision et la rentabilité sont érigés en valeurs cardinales, Julien découvre un nouvel univers. « Je me suis trouvé confronté à une manière de travailler qui n’a rien à voir avec celle du monde de l’entreprise. J’ai eu du mal à m’adapter. Je ne trouvais pas ça efficace… » Sa seconde mission, à Rennes, où il doit organiser le déménagement de la maison Quart monde lui permet de se familiariser un peu mieux avec le mode de fonctionnement d’ATD : « Je me suis rendu compte que l’efficacité ou la rentabilité sont des valeurs occultées pour mettre en avant des valeurs plus humaines. Le plus important c’est que les personnes se sentent impliquées, qu’elles apportent quelque chose qui leur est propre. Et au final, l’efficacité est là… » Puis, après quelques mois au centre des archives de Baillet-en-France où il tente d’organiser la vidéothèque, Julien est de retour à Paris pour coordonner la manifestation du 17 octobre 2013. Une mission difficile, épuisante, mais qu’il vit comme un enrichissement personnel important : « Dans le volontariat on est poussé dans nos retranchements. Les responsabilités variées qu’on nous confie nous obligent à nous remettre en question. Ce qu’on m’a demandé de faire pour le 17 octobre est incroyable. Et après ça, tu peux passer 6 mois à repeindre la maison quart monde ! » Humblement, Julien avoue que la responsabilité qu’il a assumé lors du 17 octobre lui a permis de franchir une nouvelle étape dans sa compréhension des modes de fonctionnement d’ATD : « Notre manière de travailler est essentielle : elle conditionne tout, jusqu’à notre manière de penser, moins individuelle, plus tournée vers les autres ! »

Ce nouveau mode de pensée, cette nouvelle manière de travailler désormais acquise, Julien en fait désormais profiter la Bise, la maison de vacances familiales d’ATD, au cœur du Jura. Dernier arrivé des quatre volontaires qui forment l’équipe, Julien s’y est installé en novembre 2013 pour trois ans, après y être déjà venu deux fois passer un séjour en tant qu’accueillant. « C’est une mission particulière : l’idée c’est de faire passer des vacances à des personnes qui n’y n’ont pas accès, dans un cadre sécurisant. Avec comme objectif qu’ils vivent un moment où ils peuvent souffler et recréer des liens entre eux et avec les autres. Ca leur donne des forces pour continuer. » Sa nouvelle mission rend Julien volubile. « Il y a tellement à faire » s’exclame t’il en listant les travaux à entreprendre sur la grosse bâtisse achetée par ATD en 1978, ou la promotion nécessaire des séjours d’hiver auprès des « correspondants vacances » du mouvement. « Le plus important, reprend-t-il, ce n’est pas d’aider la personne, mais de vivre quelque chose avec elle. C’est ça qui l’aide. Ne pas donner, mais être avec. C’est ça l’idée. On n’est pas dans une logique où on attend de la gratitude. Voilà une chose que La Bise m’a apprise ! »

Un an et demi après être entré comme volontaire chez ATD Quart Monde, Julien avoue avoir profondément évolué. « Je me connais mieux : je sais ce que je veux et où j’en suis. Mon rapport aux autres a changé. Je vais plus facilement vers les gens, pas dans un rapport d’intérêt, comme quand j’étais commercial. J’ai acquis une ouverture d’esprit, une attention aux autres que je n’avais pas. » Reste la question de son avenir. Même s’il avait envisagé que son engagement soit peut-être une parenthèse, il avoue qu’il serait difficile après de telles expériences de reprendre un travail de commercial, malgré le confort de vie qu’il lui procurait. À terme, la question se pose pourtant de changer de voie « Pour le moment ce que je fais me passionne, donc j’avance. Mais je me pose des questions pour le jour où j’aurai des enfants. Pas facile de faire vivre une famille avec un salaire de volontaire ! » En attendant ce jour, Julien Steinbrucker, qui est arrivé chez ATD « pas par hasard, mais presque » avoue qu’il n’a « pas de plus grand rêve ou de plus belle aspiration que de continuer à accueillir des familles à la Bise ».

Olivier Chartier