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#JournéeMondialeDuRefusdelaMisère – Une soirée karaoké pour recréer du lien social

En route vers la Journée mondiale du refus de la misère, qui a lieu tous les ans le 17 octobre, nous vous proposons une série spéciale qui met en avant ceux et celles qui posent des gestes concrets pour lutter contre la pauvreté.

Le Carillon propose des soirées karaoké solidaires où se retrouvent des personnes sans domicile, des voisins, des militants associatifs… Reportage à Paris dans le 20ème arrondissement.

« Allez, qui veut se lancer ? ». Dans la grande salle surplombée de verrières, avec du parquet au sol, c’est Claude Nougaro que l’on entend : « Armstrong, je ne suis pas noir… » Après quelques secondes, un homme s’avance et prend le micro. Et le voilà qui chante en bougeant en rythme, debout au beau milieu de la pièce. Apparemment, c’est un habitué, on l’applaudit quand il commence.

Il est 19 heures 30. La soirée karaoké organisée par Le Carillon vient de débuter et déjà l’ambiance monte. Une trentaine de personnes sont présentes dans l’espace « Volumes Coworking », dans le 20ème arrondissement de Paris, qui a prêté la salle pour l’occasion. Des personnes à la rue ou vivant dans des foyers côtoient des habitants du quartier, des personnes solidaires, des jeunes bénévoles ou encore des membres de l’association La Cloche qui a créé Le Carillon, réseau local de solidarité.

Ambassadeur

On se salue et on discute devant le buffet qui propose des jus de fruits, des salades, des chips… Les uns et les autres vont ensuite s’asseoir autour des tables ou dans des fauteuils, contents de se retrouver ou de faire de nouvelles connaissances. La soirée est prévue de 19 heures à 22 heures.

JS (au centre de la photo avec un micro) est allé se poster à l’entrée pour accueillir les personnes qui continuent d’arriver. Ce soir du 8 juillet 2018, on comptera une cinquantaine de passages.

JS est un  « ambassadeur » du Carillon. Il a lui-même vécu dans la rue et connaît encore une vie difficile. Il participe à l’organisation d’événements – toujours imaginés ensemble, au Carillon, personnes à la rue, gens du quartier, professionnels, commerçants… Il aide à les faire connaître auprès des « copains de la rue », distribuant des flyers dans des associations, des accueils de jour… Les événements sont annoncés sur Facebook mais tout le monde n’a pas accès à internet.

L’Auvergnat

« Toi l’Auvergnat qui sans façon… » Le tube de Georges Brassens résonne dans la salle. Une personne s’est saisie du micro. Autour d’elle, plusieurs se sont levées pour reprendre le refrain. Les personnes choisissent parmi une liste de chansons pré-téléchargées celles qu’elles veulent entendre.

Les goûts sont éclectiques. Le groupe Indochine revient deux fois avec « Trois nuits par semaine » et « L’aventurier », tout comme Serge Gainsbourg, avec « Couleur café »  et « La Javanaise ». Patrick Bruel n’est pas oublié avec « Mon amant de Saint-Jean ».

Sabrina et sa mère Hélène sont venues ensemble. Elles sont originaires de Cambrai, dans le Nord, m’explique Sabrina. A la suite d’une série de difficultés, elles se sont retrouvées toutes les deux à la rue. Elles dorment actuellement au bas d’un immeuble à Paris. « Une vieille dame au troisième nous garde nos sacs à dos, ça nous rassure », se félicite Sabrina.

Dignité

Installé dans un canapé, Christian semble heureux de parler. Ces soirées karaoké sont des occasions de rencontres pour des personnes isolées et un moyen aussi de jeter des ponts entre des mondes différents.

Christian m’explique qu’il repart ce soir chez lui, à Neuilly-Plaisance : « Je dors dans un parc, j’y vais tard et je repars tôt pour qu’on ne me voit pas. Paris, c’était trop dur. J’y vais dans la journée pour me laver et laver mes affaires chez Emmaüs, puis pour déjeuner chez des sœurs ».

Christian avait une petite entreprise mais la vie a fait qu’il a tout perdu : « Comment voulez-vous que je cherche du travail en vivant comme ça ? Il y en a qui se laissent aller, pas moi, je garde espoir, il y a pire. Le principal, c’est la dignité.»

Santiano

Créée en 2014, La Cloche veut « changer le regard sur le monde de la rue  » en recréant du lien et en cassant les clichés. Pour cela, elle encourage le « faire ensemble » entre « voisins avec ou sans domicile ».

L’association a trois projets. Outre Le Carillon, Les Clochettes, lancées en 2017 à Paris, travaillent à embellir un quartier en impliquant des personnes sans domicile – jardins partagés, fresques murales… La Clochette à biscuits est une biscuiterie solidaire à Paris qui propose une activité progressive – de une heure à seize heures par semaine – à des personnes sans domicile ainsi qu’un accompagnement, dans le cadre du dispositif Premières Heures de la ville de Paris.

Retour à notre soirée karaoké qui bat son plein. « Aïcha » de Khaled fait un tabac mais aussi « Santiano » d’Hugues Aufray, « Ma liberté de penser » de Florent Pagny…

Véronique Soulé

Photos : @La Cloche

Pour en savoir plus : lacloche.org

Mail : [email protected]

Facebook : facebook.com/associationlacloche