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Ci-dessus : Geneviève de Gaulle Anthonioz saluant un militant ATD Quart Monde, Marcel Garraud, lors des Journées du livre contre la misère à La Villette le 25 février 1996 (Eric Olivier, ATD Quart Monde)

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« Avec elle, les gens se sentaient dignes »

Marie Jahrling, militante Quart Monde
« Je suis arrivée avec ma famille dans le bidonville de Noisy-le-Grand quand j’avais 12 ans. Plus tard, je me suis mariée avec un homme du camp. J’ai eu six enfants et je les ai élevés. J’étais militante d’ATD Quart Monde, j’ai fait partie de l’équipe du « croisement des savoirs» et j’ai co-animé des Universités Populaires Quart Monde.
Avec Geneviève de Gaulle Anthonioz, on se rencontrait lors de réunions. Elle était très simple, comme une grande sœur. En même temps, on savait qu’elle était d’une famille importante. Mais jamais on a senti qu’elle pouvait être quelqu’un qui avait du pouvoir. On n’aurait jamais imaginé travailler avec une dame qui avait une grande importance.
Je n’ai pas de vocabulaire pour le dire : c’était quelqu’un de précieux. Avec sa force de caractère, elle était exigeante dans le combat, elle ne s’en laissait pas compter. On a eu l’impression d’avoir combattu avec elle pour la loi (la loi d’orientation relative à la lutte contre les exclusions de juillet 1998, ndlr).
Quand la loi était en préparation, je l’ai vue à l’Université Populaire, dans ce qu’on appelait « la Cave » (un sous-sol dans le Quartier Latin qui a accueilli jusqu’en 2014 les Universités Populaires, ndlr ). Elle nous a emmenés aussi au Conseil économique et social (CES). Quand elle a écrit « Le chemin de l’espérance », elle est venue nous en parler au Foyer familial de Noisy. Elle était parmi nous, humble. Lors des rencontres, elles nous parlait aussi de sa vie, des enfants, de ses engagements. Elle était tellement proche de nous, comme notre grande sœur. Avec elle, j’ai aussi beaucoup parlé de ma famille. J’avais une enfant handicapée, elle comprenait son quotidien. C’était de bons moments de partage privés.
Elle n’avait jamais de négatif dans la bouche. Elle comprenait nos humiliations. Avec son expérience de résistante, elle était en connaissance sans doute. Elle disait qu’elle ressentait la même odeur à Noisy qu’à Ravensbrück. Quand on avait de gros soucis, elle n’avait jamais un langage désespérant, toujours des notes positives. Le pauvre, on le culpabilise souvent. Avec elle, les gens se sentaient dignes.
Dans le camp, il y avait de braves gens qui venaient, mais on sentait la charité. C’est bien, on en a besoin… Mais c’était tellement différent avec Geneviève de Gaulle Anthonioz. On a eu de la chance dans le bidonville, la chance de rencontrer des gens précieux comme elle. »

 

« Elle prenait toujours du temps pour accueillir les gens »

Veronique_Davienne_photo_Francois_Phliponeau-223x300Véronique Davienne, volontaire permanente depuis 1981, est aujourd’hui coordinatrice du centre Joseph Wresinski de Mémoire et de recherche du Mouvement international ATD Quart Monde à Baillet, en France :
«Je suis arrivée auprès de Didier Robert, alors délégué national d’ATD Quart Monde France, le 4 mai 1996, en plein travail sur la loi d’orientation contre les exclusions qui sera votée le 9 juillet 1998. J’ai ainsi partagé avec Geneviève de Gaulle Anthonioz deux années historiques et épiques, avec la dissolution de l’Assemblée nationale en plein débat sur la loi, le découragement qui nous a saisis, puis très vite la décision de reprendre le combat.
Nous allions travailler chez elle, au bout du Jardin du Luxembourg, car elle était fatiguée – c’était quatre ans avant sa mort. Didier Robert l’alimentait en notes et par de nombreux échanges téléphoniques. Elle devait lire beaucoup. Présidente d’ATD Quart Monde depuis 1964, elle était pétrie de la pensée du mouvement, avait des idées précises et claires. Quand je l’ai connue, elle allait encore sur le terrain. Elle aimait beaucoup participer à des Universités populaires Quart Monde. Elle a emmené des membres du Conseil économique et social (CES) dans un quartier de grande pauvreté où le mouvement était engagé depuis de nombreuses années pour permettre une vraie rencontre.
Depuis 1988, date à laquelle elle avait succédé au CES à Joseph Wresinski (fondateur en 1957 d’ATD Quart Monde alors appelé Aide à toute détresse, ndlr), son terrain était avant tout le Conseil économique et social. C’était très prenant car elle avait été chargée d’un rapport d’évaluation des politiques publiques de lutte contre la grande pauvreté (1995). Un travail énorme d’autant que l’on allait interroger les gens concernés, les services de protection de l’enfance par exemple, ainsi que des personnes dans la pauvreté. Elle avait également été nommée rapporteure d’un avis sur l’avant projet de loi de cohésion sociale (1er projet en 1996)). Nous la voyions une ou deux fois par semaine : chaque rencontre d’interlocuteurs politiques était minutieusement préparée. C’était lumineux de travailler avec elle. D’une grande gentillesse, elle était aussi très ferme et déterminée.
Geneviève de Gaulle Anthonioz voulait faire de la grande pauvreté une question politique, une question de droit et non pas de charité. Elle faisait le lien entre la déshumanisation dans le camp de Ravensbrück, et ce qu’elle voyait dans le bidonville de Noisy-le-Grand. Elle avait vécu cela dans sa chair – « ça, j’ai connu, ça j’ai connu… », disait-elle. Pour elle, les habitants de Noisy devaient être reconnus comme des hommes et jouir des mêmes droits que les autres. C’est pour cela qu’elle se battait pour cette loi.
Elle avait une grande proximité avec les personnes en situation de pauvreté, très à l’aise avec elle. De petite stature et fragile, elle n’en imposait pas. Elle était très attentive à son entourage. Elle prenait toujours un peu de temps pour accueillir les gens, leur demander des nouvelles des enfants… Un jour, nous étions allés au Sénat. Le perron extérieur n’avait pas de rampe. Elle a pris le bras de l’huissier pour qu’il l’aide à descendre et a entamé la conversation. Arrivée en bas, elle discutait encore avec lui alors qu’un sénateur attendait. Elle avait aussi beaucoup d’affection pour nous, nous appelant ses «camarades ». On se vouvoyait mais on s’embrassait. Elle n’avait aucune volonté de reconnaissance personnelle. L’important était que les choses avancent.
Elle connaissait beaucoup de monde dans les milieux politiques – ministres, institutionnels… Elle était passionnée de culture mais aussi de vie publique. Elle avait une façon à elle de pousser les portes alors que sans elle, Joseph Wresinski pouvait rester dans les antichambres. Le combat du mouvement – restaurer la dignité plutôt que de distribuer de la nourriture – a dû lui sembler un combat évident.»
Recueilli par V.S.

Geneviève Tardieu fev 2015_150Geneviève Tardieu, volontaire permanente d’ATD Quart Monde

« Quand elle avait un projet, elle allait jusqu’au bout »

«J’ai travaillé avec Geneviève de Gaulle essentiellement entre 1988 et 1995. Après le décès de Joseph Wresinski (fondateur en 1957 d’ATD Quart Monde alors appelé Aide à toute détresse, ndlr), elle a accepté de prendre sa suite au Conseil économique et social (CES). J’ai ainsi travaillé sur les rapports de la section Affaires sociales, notamment celui sur l’évaluation des politiques publiques de lutte contre la grande pauvreté qui montrait leur absence de cohérence. J’ai été en outre son assistante dans sa fonction de présidente d’ATD Quart Monde qu’elle assumait depuis 1964. A la fin de sa vie, nous avons aussi beaucoup discuté.
Geneviève de Gaulle Anthonioz avait une grande force de caractère. Quand elle avait un projet, elle allait jusqu’au bout. Au CES, elle a bataillé contre vents et marées pour obtenir que les témoignages des personnes vivant dans la pauvreté figurent dans le rapport. Et elle a gagné. Peu avant le vote du rapport, elle s’était cassé le bras. Elle a exigé d’être soignée avec un minimum d’anesthésie pour pouvoir le présenter devant l’assemblée plénière du Conseil. Et elle est montée à la tribune le bras en écharpe. Elle a obtenu un vote avec un très large consensus. Elle comprenait l’intérêt de chaque groupe, elle a pour cela développé une stratégie extraordinaire. Elle avait une conscience politique aigüe. Son père lui avait fait lire Mein Kampf toute jeune. Très attachée à son oncle, le général de Gaulle, elle avait des accointances dans les milieux de la Résistance de droite comme de gauche. Elle n’a pas été mieux servie par la droite ou par la gauche. Elle avait été déçue par l’attitude de la droite lors du vote de la loi d’orientation de lutte contre l’exclusion le 29 juillet 1998.
Au quotidien, c’était une femme discrète, petite, frêle, extrêmement conviviale et agréable. Elle faisait oublier l’importance de sa personne d’une façon qui n’était ni jouée ni calculée. Jeune à l’époque, j’étais malgré tout impressionnée. Elle avait une profonde admiration pour le mouvement, avec son exigence morale et son côté à contre-courant loin du caritatif. Le caractère réfléchi, posé, pensé et engagé du mouvement correspondait très bien à sa personnalité. Elle appréciait beaucoup la simplicité des volontaires permanents, la radicalité de l’égalitarisme qu’ils vivent. À la fin de sa vie, elle a d’ailleurs demandé à être elle-même considérée comme une volontaire.
Geneviève de Gaulle Anthonioz a incarné l’alliance voulue par Joseph Wresinski qui avait compris très vite qu’il fallait des gens de la société civile ayant du poids aux côtés de personnes issues de la grande pauvreté. Elle avait été l’une des premières à accepter, convaincue, avec le mouvement, que la pauvreté n’était pas seulement un problème des pauvres mais un problème des riches acceptant la déshumanisation. Elle était l’incarnation de cette prise de position fondamentale d’ATD Quart Monde.
Recueilli par V.S.

Gérard Lecointe, militant d’ATD Quart Monde

« Je sais maintenant pourquoi je vis »

Intervention de Mr Gérard LECOINTE, militant ATD Quart Monde, lors de la Journée de la Résistance, le 27 mai 2015, au Centre International Joseph Wresinski à Baillet-en-France, en présence du Préfet du Val d’Oise

Mesdames, Messieurs
Le militant que je suis voudrait apporter un témoignage au sujet de Madame Geneviève De Gaulle Anthonioz. J’ai eu l’honneur de la côtoyer pendant plus de quinze ans et ça a été du bonheur et une grande joie pour moi, car elle m’a fait ouvrir les portes de la vie, par les Universités Populaires Quart monde d’Île-de-France et d’Europe. J’ai pu écrire un livre sur ma vie pour lequel j’ai eu le troisième prix des lecteurs du Pèlerin magazine : « De pierre en pierre, récit d’une venue au monde ».
Et j’ai eu le bonheur de travailler avec elle sur la loi d’orientation contre les exclusions, la grande pauvreté. On n’y croyait pas et elle a dit « on y arrivera. » Elle avait la persévérance. C’était beaucoup de travail : d’aller dans tous les ministères et au conseil économique et social ; travailler sur la CMU ; aller dans les émissions de télévision… J’étais à l’Elysée pour sa décoration de grande croix de la légion d’honneur avec palmes. Dans ma vie, Madame Geneviève De Gaulle Anthonioz a été pour moi une lumière. Je sais maintenant pourquoi je vis et pourquoi je m’appelle Gérard Edmond Lecointe. Mon identité, je l’ai reçue par les gens dans le mouvement ATD Quart Monde : Gérard Lecointe.
C’est une dame qui ne se battait pas pour elle-même mais pour les autres.
J’étais en clinique à Domont paralysé des jambes et au moment où l’on pratiquait des soins, l’infirmière a pris le téléphone en me disant : « Mr Lecointe, Mme de Gaulle est au téléphone pour prendre de vos nouvelles ». J’avais les larmes aux yeux, et elle me disait « courage Mr Lecointe ! On a besoin de vous. » C’éait du bonheur ! Du lit, j’ai passé tout de suite au fauteuil tellement j’étais heureux de cet appel. Ca m’a touché. Ca m’a donné de la force parce que je ne me sentais plus tout seul dans mon coin. Lors d’autres entretiens avec elle, elle m’a dit « il ne faut jamais poser des questions, mais répondre aux questions posées. »
C’est une dame qui nous a donné le droit à la parole.
J’arrive à retenir cette phrase, une phrase qui me tient à cœur : « que chaque être humain dans ce monde infini a de l’importance. » C’est un des enseignements de Mme Geneviève De Gaulle Anthonioz.

Mauricette SIMON, militante ATD Quart Monde

« Le combat continue »

(Intervention lors de la Journée de la Résistance le 27 mai 2015 au Centre International Joseph Wresinski)

Bonjour à tous.
Je suis très émue d’être parmi vous pour un hommage à Geneviève De Gaulle Anthonioz. Depuis l’année 88, je suis une militante parmi tant d’autres. J’ai connu Geneviève pendant plusieurs années. Ce fut une femme très dévouée auprès des familles très pauvres. Dans les réunions ainsi qu’aux Universités Populaires à Paris, Geneviève savait nous écouter avec beaucoup d’attention, très sensible à ce que nous vivions.
J’apprécie combien Geneviève nous invitait toujours auprès d’elle dans des grands moments : au Conseil Economique et Social, à l’Assemblée Nationale, à l’Elysée, où nous étions présents pour sa distinction de la grande Croix de la Légion d’honneur bien méritée en 1998. Geneviève avait pris un rendez-vous avec le Président Mitterrand, nous étions quelques personnes de différentes régions, j’avais un stress, Geneviève me disait « courage, tout va bien se passer ». Nous étions dans un magnifique bureau, la discussion commençait. Un monsieur a parlé pour ses problèmes médicaux. Une femme d’Alsace qui a eu un bébé, on lui a enlevé pour cause de misère, maison insalubre ; puis la dernière personne est intervenue sur une demande d’un logement décent, car elle vivait dans un bâtiment insalubre avec 5 enfants. Toutes ces histoires vécues, entendues par le Président qui a été choqué en disant : « Ah bon …cela n’est pas possible. » J’étais vraiment étonnée que le Président ne soit pas au courant du problème des familles en grande difficulté en France.
Un jour à Pierrelaye, au Centre International d’ATD Quart Monde, Geneviève était parmi nous, au moment du café, je m’approchais vers elle et je l’embrassais, je lui ai dit « Geneviève, vous êtes « notre fée » des familles », et elle m’a répondu « vous, vous êtes mes anges. Car sans vous, je ne pouvais pas vous défendre et combattre la misère avec vous, si vous n’ étiez pas là avec vos histoires vécues et au nom de toutes les familles très pauvres. » Je ne savais pas quoi lui dire, je l’ai embrassée à nouveau. Geneviève était avec nous pour nous accompagner. Tout ce qu’elle avait fait me reste toujours en mémoire.
Ce combat contre la misère que Geneviève de Gaulle a mené avec le père Joseph Wresinski  continue. Il est difficile ce combat, mais il n’est pas fini. Dans mon quartier, je suis en mission avec d’autres aujourd’hui pour soutenir les familles en souffrance de logement, avec  des militants du Val d’Oise, des  groupes de citoyens qui rencontrent des personnes faisant face aujourd’hui à la grande précarité. Nous soutenons des personnes en  logement insalubre, des familles en errance comme beaucoup de gens du voyage ou des familles très modestes, des  jeunes couples, des familles avec enfant, sans logement ; sans compter nos seniors qu’on attaque au moindre problème, sans chercher pourquoi. Parce que malheureusement , quand il y a une dette, la solution première, c’est l’expulsion.
Ce combat est long et fastidieux. Notre aide et notre soutien à ces familles n’est pas grand chose sans un appui politique, économique et social. Merci à tous de m’avoir écoutée.