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Ci-dessus : Geneviève de Gaulle avec Joseph Wresinski lors du Congrès des Familles de 1976 (photo ATD Quart Monde)

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Geneviève de Gaulle Anthonioz était la discrétion même. Il a fallu l’insistance affectueuse de ses proches pour qu’elle accepte au soir de sa vie de livrer ce qui donne sens à son long combat contre tous les totalitarismes et pour l’égale dignité de tous les êtres humains.

C’est ainsi que parut en 1998 son premier livre La traversée de la nuit, la nuit de l’univers concentrationnaire qu’elle connut à Ravensbrück après son arrestation comme résistante en 1943 puis, trois ans plus tard, Le Secret de l’espérance aujourd’hui réédité. Geneviève aimait les mots simples qui retrouvent avec elle, loin du langage creux, leur pleine signification : la dignité, le défi, l’espérance.

La dignité.

Le respect de l’égale dignité de tous les êtres humains, comme elle le fit inscrire en tête de la loi de lutte contre les exclusions, était pour elle l’exigence suprême. Elle y voyait par delà les différences de convictions et de croyances le fondement commun de toute éthique et le test de la qualité d’une démocratie.

Le défi.

Elle l’avait relevé dès 1940 en refusant la défaite face au totalitarisme nazi. Elle avait fait de même à partir de 1958 jusqu’au bout de sa vie en refusant d’accepter la fatalité de la misère et la soumission au culte du tout argent. Comme l’a écrit Michel Serres, philosophe et académicien, en rendant compte du « Secret de l’espérance » : « quand elle rencontre le Père Joseph Wresinski fondateur du mouvement ATD Quart Monde, Geneviève de Gaulle a entendu un appel comme celui du 18 juin. Elle savait déjà comment résister. Elle le savait dans son corps et ses décisions vitales. Elle continua. ATD Quart Monde est ce qui nous reste du plus pur de la Résistance. Du non crié à la face du monde. »

Ce défi, ce « devoir sacré », il appartient à chacun de nous de continuer de relever sans cesse avec tous ceux qui luttent quotidiennement contre l’injustice.

Geneviève a dénoncé avec force, opiniâtreté et clarté le règne du tout argent. Elle écrit qu’au cours de sa vie elle a connu trois totalitarismes : le nazisme, le stalinisme et le tout-argent. Elle ajoutait même qu’à la longue le tout-argent était sans doute le plus dangereux des trois. Elle avait cette conscience aigue que lorsque le règne de l’argent devient la valeur dominante dans une société, celle-ci régresse sinon vers la barbarie, du moins vers le creusement des inégalités entre ceux qui ont déjà et qui veulent toujours plus, et ceux qui doivent se contenter d’os à ronger, d’allocations et de télévision, on pourrait dire de pain et de jeux comme dans l’Empire romain. Ce totalitarisme de l’argent prend des formes diverses. Il s’exprime à travers la culture, l’économie, les regards des autres. Il offense, il humilie.

Pour elle, si les plus pauvres sont les victimes du tout-argent, ils sont aussi les premiers à lui résister : « De même que lorsque nous étions déportés dans les camps de concentration, nous étions les mieux placés pour savoir ce qu’était le nazisme, les pauvres sont les premiers résistants parce que ce sont eux qui subissent les premiers le totalitarisme de l’argent à notre époque ».

L’espérance enfin : c’est le mot même qui termine chacun de ses deux livres et dont, dans le dernier qui a valeur de testament, elle a tenu à nous livrer le secret. Oui, dans ce monde incertain de ses valeurs, ce sont les pauvres qui, par leur résistance à ce qui porte atteinte à leur dignité, sont les détenteurs de ce secret.

Elle rappelait que le soir même du vote de la loi contre les exclusions elle avait revécu tout ce que les pauvres lui avaient appris : « Traversant avec eux les moments les plus difficiles, puisant comme eux à la même source, je leur dois d’avoir compris que le secret de l’espérance c’est le secret de la fraternité. Cette fraternité, la réponse au mal absolu selon Malraux, qu’il appartient à chacun de nous de tisser inlassablement ».

Ce message de Geneviève s’adresse à chacune et à chacun de nous, où qu’il soit et quel qu’il soit. Quand l’esprit doute, quand le cœur se ferme, quand la volonté vacille, la tentation est grande de céder à la résignation, c’est la force de l’exemple qui peut alors faire retrouver lucidité, générosité et courage.

Geneviève nous a laissé un tel exemple en héritage. À nous d’en être dignes et de faire en sorte, en continuant son combat, que son espérance devienne l’espérance de tous.

Paul Bouchet, Président d’honneur d’ATD Quart Monde