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Françoise Hamel, « faire monter la parole des plus pauvres »

Militante Quart Monde très engagée sur la région bordelaise, Françoise Hamel a notamment participé aux Bibliothèques de rue, au groupe Tapori, puis a animé l’équipe d’animation locale.

Depuis plus de 15 ans, « ATD Quart Monde me permet de m’évader, de ne pas penser à moi, mais aussi de dire au monde qu’il ne faut laisser personne de côté », affirme Françoise Hamel. Militante Quart Monde à Bordeaux depuis 2004, elle connaît le Mouvement depuis son enfance, une époque où elle participait régulièrement à la Bibliothèque de rue, à Libourne.

Pour se faire entendre, elle a décidé de prendre exemple sur son père et ses grands-parents qui l’ont élevée. « Mon père était responsable de la MIF (Mutuelle d’Ivry – la Fraternelle) pour les employés des Chemins de fer français. Il m’a toujours dit que si j’avais besoin de quelque chose, il fallait que j’aille voir les politiques, car c’est en allant les trouver qu’on peut améliorer les choses. » Aujourd’hui, tous la connaissent à Bordeaux et même au-delà et savent que son combat est de « faire monter la parole des plus pauvres vers le haut ».

Une histoire de combat

Françoise a « une histoire de combat incroyable », disent ses amis. Mais lorsqu’elle la raconte, elle préfère ne pas s’attarder sur les difficultés. « Je suis partie de l’école sans avoir de diplôme. J’ai raté mon CAP d’un point la première fois et d’un demi-point la seconde, alors j’ai décidé de travailler », raconte-t-elle. À 23 ans, elle devient religieuse chez les Dominicaines de Sainte-Catherine-de-Sienne à Auch, dans le Gers. Elle en est renvoyée au bout de quelques années, car elle souhaitait passer son certificat d’aptitude aux fonctions d’aide à domicile et ne participait plus assez à la « vie communautaire ».

Mais Françoise a appris à ne jamais se décourager et reconnaît elle-même être « d’un tempérament optimiste ». Elle travaille chez les Petites sœurs des pauvres et obtient, en 2006, son diplôme d’auxiliaire de vie sociale, puis, deux ans plus tard, celui d’aide-soignante. Désireuse de continuer à apprendre et à découvrir de nouveaux horizons, elle souhaite désormais faire une formation pour obtenir le BPJEPS (Brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport), soutenue par ATD Quart Monde.

Engagement avec Tapori

Car le Mouvement a recroisé la route de Françoise Hamel au début des années 2000, par le biais de sa branche enfance, Tapori. « Ma voisine de palier m’a proposé de la rejoindre à Tapori. J’y suis d’abord allée les samedis, quand je ne travaillais pas, puis j’ai été responsable d’un groupe Tapori dans le quartier de Bacalan, pendant près de 9 ans. » Construction d’un jeu de dames, rédaction d’un livre sur l’école, mais aussi préparation de pâtisseries, gâteaux ou pizzas, les activités sont très diversifiées. « C’était intéressant, parce que les enfants ont des paroles et des réflexions sur la vie politique très fortes. Nous avons même écrit une lettre aux candidats à l’élection présidentielle en 2012, mais on n’a jamais eu de réponse… », regrette-t-elle.

Parmi les bons souvenirs, elle cite les échanges avec la bibliothèque de rue du quartier de Sainte-Eulalie, à Bordeaux : « Un papa est venu un jour et nous a remerciés, parce qu’il avait appris à lire grâce aux livres que son fils rapportait. J’ai trouvé cela magnifique ».

Cette période est aussi marquée par sa participation en 2009 au tournage du film « Joseph l’insoumis », retraçant le combat du père Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart Monde. Elle y rencontre l’acteur Jacques Weber, avec qui elle crée des liens et qu’elle revoit de temps en temps lors de ses passages à Bordeaux.

Imposer sa légitimité

Françoise Hamel arrête son activité avec les enfants, à regret, en 2014, car elle a été nommée pour animer l’équipe d’animation locale de Bordeaux. « J’étais fière de penser qu’on faisait confiance à une militante, mais j’avais peur, car ce n’était pas du tout mon métier. J’ai appris à mettre ma timidité de côté, je me suis lancée dans le travail tous azimuts et je me suis aperçue que je n’étais pas si nulle que ça. »

La mission, menée pour la première fois par une militante Quart Monde aux côtés de deux alliés, n’est pas de tout repos. Françoise doit apprendre à imposer sa légitimité face aux alliés et à mobiliser les énergies, notamment pour organiser la journée mondiale du refus de la misère, chaque 17 octobre. « J’ai recruté une dizaine d’alliés et une quinzaine de militants. Quand nous avons commencé à organiser des Universités populaires Quart Monde, je tapais aux portes de mes voisins pour qu’ils viennent. »

Enthousiasme communicatif

Françoise devient en effet une véritable ambassadrice d’ATD Quart Monde, partout où elle va. « Au retour d’une formation à Bruxelles, j’ai distribué des exemplaires du journal du Mouvement dans le train. Et, lorsque j’étais aide-soignante, j’en parlais même pendant mes soins. » Son enthousiasme communicatif lui permet aussi de se consacrer à sa passion : la vente des livres.

Durant les formations organisées par ATD Quart Monde ou lors de ses rencontres avec des personnalités politiques, elle profite de chaque temps de pause pour vendre les ouvrages des Éditions Quart Monde. « Elle pourrait même réussir à vendre des livres gratuits », s’amusent ses amis, saluant sa ténacité pour parvenir à réussir ce qu’elle entreprend. À la fin de sa mission au sein de l’équipe d’animation locale, son rôle était donc tout trouvé : « Je m’occupe maintenant de la bibliothèque, de la vente des livres et de la communication. »

Julie Clair-Robelet