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Écologie et grande pauvreté, deux combats qui se rejoignent

Alliée de longue date d’ATD Quart Monde, Isabelle Doresse porte aujourd’hui la parole du Mouvement au sein de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale et participe à la concertation sur le Revenu universel d’activité.

Isabelle Doresse a deux combats, qu’elle mène de front, avec détermination. Le combat pour la protection de la nature et l’écologie, d’abord, qu’elle livre au sein du ministère de l’Écologie pour lequel elle travaille. La lutte contre la grande pauvreté et l’exclusion, ensuite, dans laquelle elle est engagée en tant qu’alliée auprès d’ATD Quart Monde depuis 26 ans. Pour elle, ces deux combats doivent nécessairement se rejoindre et elle s’y emploie chaque jour.

D’un univers à l’autre

C’est au collège, à Lille, qu’elle entend parler d’ATD Quart Monde pour la première fois. « Cela m’a plu, car l’idée de charité, qui était dominante dans les associations que je connaissais, me dérangeait », se rappelle-t-elle. Quelques années plus tard, elle décide de s’engager dans le Mouvement, à Lille. « Avec mon mari, nous avons commencé par nous occuper de la garderie lors des Universités populaires Quart Monde. Puis, nous avons organisé les Semaines de l’avenir partagé, aujourd’hui appelées Festivals des savoirs et des arts. » Rapidement, leur engagement s’intensifie et, en 2008, Isabelle devient déléguée régionale. « À ce moment là, j’avais presque deux vies professionnelles. C’était très motivant et intéressant, mais très prenant aussi. »

Elle passe d’un univers à l’autre, avec l’ambition unique de changer la société. « Ce que je savais faire au niveau professionnel, au ministère de l’Écologie, m’aidait beaucoup dans ma fonction de déléguée et, inversement, ce qu’on réussissait avec ATD Quart Monde m’apportait énormément dans mon travail. » Elle avoue cependant que « c’était un peu usant ». Elle fait « une petite pause » en 2013, puis anime l’Université populaire Quart Monde du Nord-Pas-de-Calais. « J’ai appris à écouter davantage les personnes. Pour les Universités populaires, j’étudiais beaucoup le sujet en amont, mais j’ai vu que le fait de le retravailler avec les personnes concernées donne une profondeur très importante. »

Témoigner et alarmer

Aujourd’hui, Isabelle représente ATD Quart Monde à l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, mais aussi au sein du Collège des associations, dans le cadre de la concertation sur le RUA (Revenu universel d’activité). « J’essaye de mettre en avant le fait que les conditions de participation des gens très pauvres ne sont pas réunies, que la réforme du RUA manque vraiment d’objectifs fondamentaux, comme améliorer la vie des personnes en situation d’exclusion, préserver leur dignité, permettre leur émancipation… »

Elle apporte également, au sein de ces instances, des témoignages de membres d’ATD Quart Monde. « J’ai eu la chance de participer à tous les travaux d’ATD sur la question du revenu universel et de la réforme des minimas sociaux. Cela me permet d’avoir en tête beaucoup d’exemples, de paroles de personnes vivant dans la précarité. » Son rôle est aussi « d’alarmer sur ce qui semble dangereux dans cette réforme et d’essayer, avec les autres associations, d’avoir des stratégies communes, de refuser de dépasser certaines limites ».

Des moments de partage

Elle conserve aussi de nombreux liens avec les militants du Nord-Pas-de-Calais. « Il est essentiel de garder des moments de partage et de travail avec des personnes en situation de précarité, pour toujours réécouter cette expérience, ce courage et se regonfler soi-même. Quand on voit les difficultés de vie des personnes, leur dignité, l’humour même qu’elles ont quelquefois face à leur situation, cela aide à relativiser d’autres problèmes, à prendre du recul. »

Après un quart de siècle d’engagement, Isabelle porte un regard assez pessimiste sur la société actuelle. « Ce qui prime aujourd’hui, c’est l’économique, la rentabilité, le gain. J’aimerais réentendre les personnalités politiques parler d’objectifs pour une société qui aille mieux, de la manière dont on refait société. » Mais pour elle, ATD Quart Monde doit continuer inlassablement à porter ce discours. « Il faut continuer ce combat, peut-être en affirmant davantage aux politiques qu’ils ne sont plus tout à fait dans leur rôle », suggère-t-elle. Julie Clair-Robelet

 

Photo : Isabelle Doresse devant ATD Quart Monde à Montreuil. © JCR, ATDQM