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Didier Goubert, l’ingénieur solidaire

Ancien cadre dirigeant, Didier Goubert dirige l’entreprise solidaire Travailler et Apprendre Ensemble d’ATD Quart Monde. Un rêve qui se réalise.

Cinq ans chez les Jésuites, puis la grande école d’ingénieurs des Mines, et une carrière d’abord dans l’un des plus grands groupes français (La Lyonnaise des Eaux aujourd’hui Suez Environnement), ensuite comme consultant pour des managers de grandes entreprises (Bouygues, Société Générale, etc.). La carrière de Didier Goubert, 57 ans, 5 enfants et 7 petits-enfants, pourrait paraître classique si elle n’était sous-tendue par son regard constant sur le monde associatif.

« Je connais le mouvement depuis très longtemps grâce à un ami engagé depuis toujours, raconte-t-il. À la fin de nos études, il a fait son objection de conscience à ATD Quart Monde tandis que je partais en coopération en Afrique, à Dakar, dans une grande ONG, ENDA Tiers Monde. »

Sa coopération terminée, Didier revient en France pour intégrer le monde du travail. Classique. À une nuance près : « Je voulais être dans le service public. Je suis entré à la Lyonnaise des Eaux, une société privée assumant une mission de service public dans le cadre d’une délégation. J’y suis resté dix-huit ans comme cadre d’exploitation, puis comme dirigeant. À mon départ, je gérais 700 personnes. »

Inde

Pendant ces années, Didier reste marqué par la pauvreté, qu’il a découverte jeune homme. « En 1979, alors que j’étais chez les Jésuites, un prêtre me demande de former un groupe pour partir en Inde et rencontrer le Père Ceyrac, missionnaire en Inde du Sud, explique-t-il. Ce voyage de deux mois devait nous faire comprendre quelle place donner à la pauvreté. » Didier a 20 ans. Il revient bouleversé, avec cette phrase du père Ceyrac qu’il n’a jamais oubliée : « Tout ce qui n’est pas donné est perdu. »

Didier quitte le groupe Lyonnaise des Eaux en 2001. Déjà, il cherche à entrer dans le monde associatif. Manque d’expérience dans le milieu, jeunesse, parcours atypique ? Il n’est pas crédible auprès des différents interlocuteurs qu’il rencontre et poursuit sa carrière dans le consulting : « Je donnais des conseils pour redynamiser les équipes de grands groupes. »

Bénévole

À cette période, Didier commence à proposer ses services comme bénévole dans différentes structures. D’abord à ESPACES, association d’insertion économique par l’écologie urbaine. Il devient membre du conseil d’administration, puis président et vice-président : « C’était une façon naturelle pour moi d’investir mon temps et mon énergie. »

En 2010, il se rapproche d’ATD Quart Monde. Didier est alors orienté vers l’animation du réseau Emploi Formation avec Patrick Valentin, l’homme à l’origine de Territoire zéro chômeur de longue durée. « C’est au sein de ce réseau que nous avons créé le projet. »

En 2011, il devient également secrétaire général d’Aurore, association de lutte contre l’exclusion forte de 1 200 personnes, se forgeant ainsi une solide expérience.

Enfin, en 2015, ATD Quart Monde le sollicite pour prendre la direction de Travailler et Apprendre Ensemble (TAE), l’entreprise solidaire du Mouvement implantée à Noisy-le-Grand. Il continuer d’animer le groupe d’une trentaine de personnes qui travaillent à ATD Quart Monde sur Territoires zéro chômeur de longue durée.

Pérenne

« TAE existe depuis 15 ans. Son ambition est double : convaincre que personne n’est inemployable ; proposer des conditions managériales pour que ces personnes soient intégrées dans un dispositif efficace. » Le principe est de mélanger des salariés très diplômés avec des travailleurs très pauvres. Tous sont payés au SMIC.

N’ayant pas le statut pour avoir droit à des subventions, Didier Goubert recherche le financement des salaires auprès d’entreprises privées. « On s’en sort plutôt bien, mais ce n’est pas un système pérenne : le combat d’ATD est permanent. »

Journée portes ouvertes à TAE en 2015.

Au delà, l’objectif de TAE est de valoriser les résultats et les connaissances acquises depuis 15 ans, auprès des structures créées dans le cadre de l’expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée. « Et de manière plus large, diffuser nos connaissances au monde économique en faisant par exemple visiter TAE, en formalisant et publiant nos résultats. Bientôt, une formation sera ouverte aux managers de toutes les entreprises, privées ou publiques, sur la base du Croisement des savoirs. »

Regard

« Ce qui est bon pour les plus pauvres, est bon pour tout le monde. » Comme le fondateur d’ATD Quart Monde, Didier Goubert est persuadé que le travail est primordial. Il confère un statut, une reconnaissance sociale.

Il admet qu’être à TAE change les personnes. « Ce choix de mixité sociale aussi large ne peut vous laisser indifférent. C’est très riche : je trouve d’énormes satisfactions dans le collectif. L’ambition d’ATD Quart Monde est incroyable : changer le regard de toute une société, on ne trouve pas cela ailleurs », conclut-il.

Géraldine Dao

Photo : Christian Dao

Travailler et Apprendre Ensemble (TAE), l’entreprise solidaire d’ATD Quart Monde créée en 2002, est aussi un laboratoire d’innovations. Des personnes en difficultés travaillent aux côtés de salariés  » classiques  » dans trois activités : reconditionnement informatique (récupération, réparation et revente de matériel), peinture et rénovation intérieure, ménage.
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