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Décryptage : Un chômeur sur cinq touche-t-il vraiment plus que son ancien salaire ?

Un demandeur d’emploi sur cinq perçoit-il vraiment plus en étant au chômage qu’en travaillant ? L’affirmation de la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, le 25 février dernier, a suscité une polémique et une bataille de chiffres entre Pôle emploi et l’Unédic. Si un tel phénomène semble effectivement exister, il reste cependant bien plus minoritaire que ce qu’affirme le gouvernement et concerne des allocataires très faiblement indemnisés.

Dans le contexte de l’échec de la négociation sur la convention d’assurance chômage, dont l’objectif est de réaliser plusieurs milliards d’euros d’économie, la ministre du Travail a ouvert une nouvelle controverse : selon elle, 20% des chômeurs indemnisés toucheraient une allocation chômage plus importante que la moyenne des revenus touchés lorsqu’ils travaillaient. Un chiffre confirmé un mois plus tard par Pôle emploi, l’organisme chargé du calcul et du versement des allocations chômage, dans une note réalisée « à la demande du ministère ».

L’affirmation a cependant été remise en cause par plusieurs syndicats. « Alors que la plupart des chômeurs ne choisissent pas quand ils travaillent, vous généralisez certaines situations et cela vous permet de dire que les chômeurs profitent du système« , a notamment souligné le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, lors d’un entretien avec Muriel Pénicaud. L’Unédic, organisme gestionnaire de l’Assurance chômage, a lui aussi émis des doutes sur le chiffrage du gouvernement. « Je rappelle la règle actuelle : un demandeur d’emploi ne peut pas gagner plus que son salaire précédent« , a ainsi expliqué sa présidente, Patricia Ferrand, lors d’une conférence de presse le 26 mars dernier.

Méthode de calcul erronée

D’après ses propres calculs, l’Unédic a en effet constaté que les personnes susceptibles de gagner davantage en indemnisation que la moyenne des salaires précédents sont en réalité très peu nombreuses. « Ce sont des cas particuliers et très divers de personnes ayant peu travaillé au cours des douze derniers mois pour différentes raisons. Beaucoup d’entre eux n’ont pas été sur le marché du travail pendant la majeure partie de l’année« , a observé l’Unédic, pour qui cela concerne 4% des chômeurs indemnisés. Un pourcentage assez éloigné des 20% annoncés par Muriel Pénicaud.

Mais au-delà des chiffres, c’est la méthode de calcul qui semble erronée. Pôle emploi et l’Unédic ne mesurent pas la même chose et n’ont pas les mêmes périodes de référence. Le premier se fonde ainsi sur des moyennes mensuelles de salaires, en intégrant les jours non travaillés et ne prend pas en compte l’alternance entre les périodes d’emploi et de chômage. Il se base en outre sur les règles d’indemnisation de la période 2015-2017. De nouvelles règles en vigueur depuis octobre 2017 aboutissent pourtant déjà à un versement moins favorables pour les salariés effectuant des contrats de moins de 5 jours. Le public ciblé par la ministre du Travail est donc principalement constitué de salariés précaires, souvent peu qualifiés et peu rémunérés.

La tentation d’opposer les « bons pauvres » qui travailleraient et les « mauvais pauvres » qui seraient au mieux des assistés et au pire des profiteurs, est un vrai risque pour notre cohésion nationale. Cette dichotomie sur laquelle se construit actuellement le discours de plusieurs responsables politique exacerbe la haine, plutôt que de contribuer à l’apaisement dont notre pays a aujourd’hui tant besoin pour reconstruire le pacte démocratique.

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