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[Coronavirus] Témoignages de « non-confinés »

En cette période de confinement, des membres d’ATD Quart Monde nous racontent leur quotidien. Voici le témoignage de trois personnes qui ont continué de travailler depuis le début de la crise.

« En ce moment, j’étouffe »

« Je travaille dans le nettoyage, du lundi au samedi, de 5h30 à 12h30. En ce moment, il faut tout désinfecter : poignées de portes, ascenseurs… C’est à moi de le faire. L’entreprise nous fournit du gel, des masques, des gants. Au moment du confinement, mon chef m’a demandé si je pouvais continuer, si ma fille pouvait se débrouiller toute seule. J’ai dit oui. Ma fille a l’habitude de rester à la maison, et moi je me dis : ‘si tout le monde abandonne le travail, on va où ?’. Ça ne m’intéresse pas de rester à la maison. Quand tu as l’habitude de travailler, qu’est-ce que tu fais toute la journée ? En plus je sais comment je travaille, et je préfère faire mon travail moi-même. En ce moment, je travaille toute seule. Avant je voyais beaucoup de monde, alors que là on ne voit plus personne. Je dois descendre au sous-sol. C’est un gros garage pour plusieurs grands bâtiments. Je regarde derrière et devant parce que ça fait peur. Je ne vois plus les gens que je voyais avant, ça me manque. Au travail, depuis dix ans, j’en avais pris l’habitude. Ce n’est pas facile. Surtout des personnes âgées que je voyais. J’aime beaucoup les personnes âgées. Je m’inquiète pour elles.

Je prends les transports en commun, je peux croiser quelqu’un qui est malade. J’ai peur pendant que je travaille, dans les transports j’ai peur, en arrivant chez moi j’ai peur. Je fais mes courses sur le chemin du retour. Je fais attention à tout. Je me douche dès que j’arrive par rapport à ma mère. Elle a 86 ans et vit actuellement chez moi. J’ai peur qu’elle soit contaminée. Des fois, ça m’empêche de dormir la nuit. En plus de ma mère, je m’occupe de deux personnes âgées qui habitent sur le même palier que moi. Elles sont malades toutes les deux, elles ont besoin d’aide. Je leur consacre un peu de temps. Je ne peux pas les laisser. Pour moi, c’est comme ma famille. Quand je rentre du travail, je ne peux pas faire la sieste, alors que je me lève à 4h du matin. Dehors, tu ne dirais pas que c’est le confinement. Je n’arrive pas à dormir à cause du bruit, des ballons, des motos qui tournent, des jeunes qui crient depuis 14h jusqu’à une heure ou deux heures du matin. Les rodéos, c’est revenu.

Ma fille est en 5ème. Elle a l’habitude de se débrouiller toute seule. Depuis le confinement ça se passe super bien pour elle et moi. Au début, elle n’arrivait pas à travailler. Deux de ses professeurs sont intervenus et depuis elle s’est réveillée. Elle a le travail par Internet et elle est très contente. Les professeurs la félicitent. Elle a une nature à ne pas vouloir sortir. Elle n’est sortie qu’une fois 30 minutes le premier jour. Elle n’est pas sortie depuis. J’ai peur de la renvoyer au collège et elle a peur aussi. La professeur principale m’a dit qu’elle me téléphonerait début mai. Je vais voir ce qu’elle va me dire. Je vais voir si elle va y retourner ou non.

Je n’ai pas vu ma famille de Saint Étienne depuis cinq mois. J’ai un beau frère à Lyon qui venait très souvent chez moi. Il m’aidait pour des trucs à faire à la maison. Il ne vient plus non plus. Pendant le ramadan d’habitude, on se regroupait pour manger. Cette année on ne voit personne. En ce moment, j’étouffe ; les personnes qui sont autour de moi, je ne peux pas trop leur parler. Ma voisine ne vient plus prendre le café chez moi. C’est dur. La première chose que je ferai dès que le confinement sera fini c’est d’aller voir ma famille. » Mme T. (Lyon)

« Cela nous laissera des traces »

« Nous avons pris la décision de renforcer les équipes mobilisées contre le Covid 19. En tant qu’aides-soignantes, on souhaite se rendre utiles pendant cette pandémie mondiale. On a renforcé les équipes dans un Ephad. Nous ne vivons pas tous les jours de belles choses. Le nombre de contaminés augmente. Pour l’instant, nous avons toujours des équipements, mais après ? Nous avons assisté aux premiers décès. Cela nous laissera des traces. Mais nous tiendrons jusqu’au bout, on espère. » Nadège et Laura (Ermont)

« C’est une ambiance de film »

« Je bosse pour Uber Eats, la plateforme de livraison de repas à domicile. On n’a pas reçu d’équipements particuliers, comme des masques ou des gants, parce qu’il y a rupture de stock. Mais si on respecte bien les consignes, tout se passe bien. Les villes sont désertes, il n’y a plus de pollution. On doit livrer les gens sans aucun contact. C’est une ambiance de films, on dirait qu’on est des acteurs. On est tout seul sur les routes, on ne se fait pas contrôler, parce que notre passeport c’est le sac Uber. » Steve (Saint-Étienne)

 

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Photo : File d’attente devant les magasins, avril 2020. © Carmen Martos, ATD Quart Monde

Ménage dans un parking. © Mme T. (Lyon)