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[Coronavirus ] « On sait que ceux qui vont trinquer, ce sont les plus pauvres »

Militants Quart Monde près de Lyon, Élodie et Vincent partagent leur quotidien avec leurs trois enfants pendant cette période de confinement, leurs craintes et leurs espoirs.

Depuis le début du confinement, Élodie et Vincent jonglent entre les devoirs de leurs deux filles aînées de 8 et 6 ans et la gestion de leur bébé de 4 mois, Livio. Chaque jour, ils s’installent avec leur fille, Alicia, pendant près de 5 heures pour l’aider à faire ses devoirs. La petite fille est en CE2 et sa maîtresse envoie chaque jour un programme pour la journée. « Nous recevons une fiche pour les élèves et une pour les parents, avec les corrections. Mais, parfois, il y a des choses que notre fille ne comprend pas et que nous devons lui expliquer, alors qu’il y a des choses que nous avons nous-mêmes un peu oubliées. Nous allons voir sur Internet pour essayer de comprendre et du coup, cela prend beaucoup plus de temps qu’en classe », explique Vincent.

« Cela nous prend du temps et de l’énergie, mais c’est important de le faire. Ce n’est pas évident, on ne s’improvise pas maître ou maîtresse comme cela, mais notre grosse crainte, avec ce confinement, est qu’elle prenne du retard par rapport à son programme. Cela nous fait peur », ajoute-t-il.

Des coûts supplémentaires

Élodie et Vincent doivent également gérer l’école à la maison pour leur seconde fille, Mélissa, en grande section de maternelle. « Elle est plus dissipée et nous n’arrivons pas à la faire bien travailler. On ne trouve pas les solutions et cela nous fait peur, parce que l’année prochaine, elle va en CP. » Les devoirs des deux petites filles sont envoyés par l’intermédiaire d’un groupe Whastsapp sur le téléphone, car la famille n’a pas d’ordinateur, mais peuvent être imprimés à la maison. « Nous passons beaucoup de cartouches d’encre, cela a un coût financier important », souligne Élodie.

Au-delà des devoirs, il faut aussi canaliser l’énergie des enfants dans un appartement et gérer leurs émotions. « Elles ont hâte que l’école recommence, leurs copines leur manquent, c’est compliqué pour elles de ne pas sortir. Nous avons fait le choix de leur dire les choses, de leur expliquer que le virus est dangereux, cela les aide à comprendre la situation », précise-t-elle. Il faut également s’occuper de tous les repas pris à la maison, alors que d’habitude les deux petites filles mangent à la cantine. « Avant, nous faisions nos courses dans les grandes surfaces, mais comme nous ne pouvons sortir tous ensemble et que je ne suis pas véhiculée, maintenant nous allons dans les magasins de proximité. Les prix sont beaucoup plus élevés », regrette Élodie.

Entre crainte et colère

Pour les parents non plus, la situation n’est pas simple, et ils oscillent entre crainte et colère. « C’est très insécurisant comme situation. On s’interroge beaucoup sur ‘l’après’. Comment va se passer la reprise de l’école et du travail après le chômage partiel ? Quand pourrons-nous ressortir sans craindre ce virus ? Est-ce que, pour compenser les millions d’euros dépensés actuellement pour faire face à cette situation, le gouvernement va ensuite réduire les minima sociaux, les aides sociales ? On ne se leurre pas, on sait que ceux qui vont trinquer, ce sont les plus pauvres », détaille Élodie.

Vincent ressent aussi « beaucoup de colère ».  « J’ai l’impression qu’on nous a pris pour des imbéciles, une fois de plus. On entend souvent des messages contradictoires. On nous a dit qu’il ne fallait pas s’inquiéter, puis on a vu que ce virus était vraiment dangereux. On nous a dit que cela ne servait à rien de porter des masques, puis le contraire. On nous infantilise beaucoup, comme si on n’osait pas nous dire qu’il se passe quelque chose de grave, on minimise les choses. » Vincent estime en outre que le montant de l’amende de non-respect du confinement est trop élevé. « Pour quelqu’un qui n’a pas beaucoup de ressources, une amende de 135 euros, c’est une catastrophe, cela détruit le budget du mois. »

Vincent et Élodie s’inquiètent aussi pour leurs parents et leurs amis, qui vivent encore dans les HLM où eux-mêmes ont grandi. « Pour certains, le confinement est vraiment très dur, tout le monde n’est pas logé à la même enseigne. De nombreux appartements en HLM ont des problèmes d’isolation, d’humidité… C’est impossible de rester toute la journée dans un logement insalubre ou trop petit », constate Élodie. En attendant, avec hâte, la fin du confinement, le couple « fait attention à garder le lien avec les gens autour, pour s’assurer que tout le monde va bien ».

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Photo : Mélissa, Alicia et Livio. © Élodie Espejo