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Combattre les inégalités sociales face à la mort

ATD Quart Monde est à l’origine de plusieurs initiatives pour que les personnes en situation de pauvreté soient enterrées dans la dignité.

En France, le coût moyen d’un enterrement est de 3 800 euros pour une crémation et de 4 300 euros pour une inhumation. « On connaît tous des personnes qui se sont endettées sur plusieurs années pour enterrer un de leurs proches. Nous, notre leitmotiv, c’est de ne pas endetter nos gamins », affirme Micheline Adobati, militante Quart Monde de Nancy. Elle a participé, avec le laboratoire d’idées Santé d’ATD Quart Monde, au lancement, en 2016, du contrat NAO (Notre Assurance Obsèques), avec CNP Assurances, pour les personnes vivant sous le seuil de pauvreté.

Contrairement aux contrats classiques, aucun formulaire médical n’est demandé et les mensualités n’évoluent pas selon l’âge du souscripteur. Elles sont basées sur la tranche d’âge enregistrée au moment de la souscription. Le tarif fixé à l’adhésion va de 0,5 euro mensuels pour les jeunes, jusqu’à 30 ans, à 13 euros mensuels après 70 ans. Ce contrat garantit un capital de 2 500ٔ euros pouvant être versé en tiers payant à une société de pompes funèbres pour payer une cérémonie, et un enterrement ou une crémation digne.

Du respect jusque dans la tombe

« Il vaut mieux avoir ces 2 500 euros de parachute, de sécurité, plutôt que d’être enterré comme un indigent, ni lavé ni habillé dignement », souligne Micheline Adobati. « Cela permet un enterrement normal, la famille peut venir, sans avoir peur de s’approcher. Pour les indigents, si tu as le malheur de t’approcher, la mairie vient te réclamer des sous. J’ai déjà vu des personnes qui n’osaient pas venir aux obsèques de leurs proches à cause de ça », poursuit-elle. Pendant plusieurs années, les membres du laboratoire d’idées Santé d’ATD Quart Monde ont rencontré des professionnels de santé, des mutuelles, des professionnels du funéraire pour aboutir à ce contrat. « Nous nous sommes battus pour que toute personne indigente soit respectée jusque dans la tombe », affirme Micheline Adobati.

Elle a également participé à la création, en 2017, de l’association Inhumer dignement nos morts. « Nous accompagnons les personnes sans ressources ou sans famille connue, qui décèdent à Nancy, afin qu’elles puissent être inhumées dignement et qu’une parole soit dite à leurs obsèques », explique Aquilina Ferreira, présidente de l’association et militante Quart Monde.

Un accès de droit à un enterrement digne

« Mais l’objectif que nous poursuivons est de faire en sorte que les plus pauvres accèdent au droit commun, et non de faire des contrats spécifiques pour eux », précise Huguette Boissonnat, alliée d’ATD Quart Monde et membre du réseau Wresinski Santé du Mouvement. Elle souhaite alerter les responsables politiques sur le fait que les plus exclus n’ont pas droit au versement d’un capital décès, d’un montant de 3 738 €, prévu pour les salariés du régime général de la Sécurité sociale. « C’est une injustice sociale », estime-t-elle. Elle est convaincue que les expériences menées par ATD Quart Monde peuvent « apporter la preuve que notre pays peut permettre aux personnes pauvres ou vivant en précarité un accès de droit à des conditions d’enterrement dignes et humaines ».

Pour en savoir plus : nao@atd-quartmonde.org

Cet article est extrait du Journal d’ATD Quart Monde de janvier 2024.

 

Photo :  Le « carré des indigents » au cimetière sud de Nancy en septembre 2018. © ATD Quart Monde