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Chemins de vie

Flore et Sylvie se sont engagées pendant plusieurs mois dans une Bibliothèque de rue du Val d’Oise. Une histoire d’adultes qui s’engagent comme elles sont.

Le 2 avril 2019, je retrouve Flore à la terrasse d’un café du 3ème arrondissement de Paris, proche du collège dans lequel elle est documentaliste. Quelques semaines plus tard, quelques kilomètres plus loin, je rejoins Sylvie dans une cafétéria spacieuse, incrustée entre les dizaines d’étages de bureaux d’une des tours de la Défense. Sylvie y réalise des études de marché.

Flore et Sylvie se connaissent bien. Elles ont animé avec moi une Bibliothèque de rue à Montmagny, dans le Val d’Oise, pendant plusieurs mois, avec des familles de « gens du voyage ». La Bibliothèque de rue, c’est rejoindre des enfants et des parents qui vivent des situations difficiles pour partager avec eux notre goût des livres. Mais c’est aussi un peu ce que chacun y met de lui.

Se rencontrer

Avant d’appeler la délégation du Val d’Oise d’ATD Quart Monde, Flore avait été inspirée par un ami qui travaillait déjà avec le Mouvement. Entre deux gorgées de Schweppes, elle résume : « J’avais compris que ce qui distinguait ATD Quart Monde d’autres mouvements d’aide aux personnes en situation de précarité, c’était vraiment le faire avec ». Passionnée par les livres jeunesse, partante pour un engagement hebdomadaire avec ATD Quart Monde, elle accepte volontiers la Bibliothèque de rue qu’on lui propose, satisfaite de partager des « relations qui engagent le rapport à la Culture ».

Une phrase de l’ancienne présidente Geneviève de Gaulle-Anthonioz, lue dans un journal ou sur le site d’ATD Quart Monde, l’a marquée : « s’il s’agissait uniquement de donner à manger et de donner un toit, c’est l’équivalent de ce qu’on fait pour les chiens, mais on n’est pas des chiens. On est des humains et on a d’autres besoins que les besoins dits vitaux », cite-t-elle approximativement.

Sylvie, quant à elle, ne connaissait pas bien ATD Quart Monde, mais voulait s’investir dans une association après plusieurs expériences à l’étranger. Lorsqu’elle regarde sur la liste des associations de sa ville, elle tombe sur le numéro d’ATD Quart Monde et se souvient que son oncle y avait été bénévole. On l’invite d’abord à un après-midi familial où elle rencontre des membres de tous milieux. Elle y entend une animatrice parler de Bibliothèque de rue. « Je me suis dit : c’est génial ! ». Après des échanges avec l’équipe d’animateurs, Sylvie découvre la Bibliothèque de rue en août 2018. Elle accepte de s’engager régulièrement et dans la durée. « Par excès d’enthousiasme », avoue-t-elle. Sylvie n’a pas la même disponibilité que Flore et moi. Elle tient à garder du temps pour Loïc, avec qui elle vit, et son atelier de théâtre du mercredi. Elle aime voyager. Et elle travaille beaucoup. « Je me suis rendu compte que tous les samedis, ce n’était pas possible ». On convient alors ensemble qu’elle pourra venir à la Bibliothèque de rue une fois toutes les deux semaines, avec une réunion de temps en temps.

Trouver sa place

Flore se déplace chaque samedi. Et c’est aussi pour l’exigence de ses actions qu’elle a choisi ATD Quart Monde. « J’ai eu d’autres expériences bénévoles où on venait pour une banque alimentaire, par exemple, de telle heure à telle heure, et c’était tout ». Mais pour la Bibliothèque de rue, elle veut construire « des relations qui ont besoin de cette continuité ». Elle ressent le besoin de réfléchir régulièrement à « ce qui se tisse chaque semaine : si on se voit juste le samedi, s’il n’y a pas d’échange autour de ça, c’est plus difficile ».

Les mois se succèdent et nos propositions de réunions pour réfléchir à l’action s’accumulent. Sylvie se sent tiraillée. « Cela a été un des points les plus difficiles pour moi. J’avais l’impression de donner le maximum… Physiquement parlant ce n’était pas possible. Et puis, j’avais une petite difficulté à vous faire comprendre pourquoi ce n’était pas possible, même si je sais que vous avez essayé de ne pas me mettre la pression ». Comprendre et accepter le rythme de chacun reste difficile. Sylvie précise : « On était dans des chemins de vie très différents ».

En avril 2019, Sylvie est promue à un nouveau poste après une série d’entretiens. Parce qu’elle devra se déplacer régulièrement à l’étranger et qu’elle aura moins de temps disponible, elle préfère ne pas poursuivre l’aventure de la Bibliothèque de rue. Elle prend le temps de dire au-revoir aux familles pendant les trois dernières séances auxquelles elle participe. « Ce que j’en garde c’est des choses que j’ai envie de transmettre à mes futurs enfants, le fait qu’on peut élever ses enfants d’une autre manière, et qu’ils soient heureux et épanouis ».

Pendant que les enfants de Sylvie grandiront, peut-être Flore continuera-t-elle d’animer cette Bibliothèque de rue et de rencontrer « des enfants, des adultes, qui se soucient des autres, qui ont envie de rire, de découvrir… ». Au moment de payer l’addition, je lui demande si elle a un souvenir en tête qui pourrait colorer mon récit. Elle sourit. « Au milieu de la terre, des ordures, du vent. Avec sur la bâche un groupe d’enfants. Les uns en train de chanter. Les autres en train d’écouter une histoire… Avec la neige qui tombe sur la tête… ». Avant d’ajouter : « Pour moi, c’est magique ». Simon Bosio, en découverte du volontariat de 2017 à 2019.

Photo : Flore et Sylvie lors d’une bibliothèque de rue. © Simon Bosio.