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« C’était là que je pouvais apporter ma pierre à l’édifice contre la pauvreté »

Le livre Déclics, sorti en juin aux Éditions Quart Monde, présente 15 portraits de femmes et d’hommes engagés contre la misère. Voici un extrait du portrait de Robin, jeune allié de 21 ans à Clermont-Ferrand.

« J’ai été élevé avec l’idée que la vie est dure, que les gens ne s’entraident pas et qu’il faut se méfier d’autrui. Pourtant, aujourd’hui, c’est naturel pour moi de vouloir aider les autres, je ne fais aucun effort. » La vingtaine tout juste passée, Robin porte un regard lucide sur son parcours. Tout en arpentant les couloirs de l’université de Clermont-Ferrand pour inviter les étudiants à adhérer au groupe jeunes d’ATD Quart Monde qu’il a créé, il explique comment sa vision de la pauvreté a changé de manière radicale. « Je suis issu du milieu ouvrier vosgien. Ma famille m’a offert l’opportunité de faire des études à l’université, d’avoir un meilleur métier qu’elle, un meilleur avenir. » […]

Donner du sens

Alors qu’aucun membre de sa famille n’est investi dans une association, Robin sent confusément, dès le collège, qu’il a envie de « donner du sens » à sa vie. À 15 ans, il part trois semaines en Haïti dans le cadre d’un projet associatif de son lycée. « Le fait d’avoir vu cette extrême pauvreté m’a métamorphosé. » Là-bas, Robin discute avec des rescapés du séisme de 2010 pour qui la France semble être « un paradis idyllique, l’endroit où tout le monde est heureux ». Maladroitement, l’adolescent tente alors de leur expliquer que la pauvreté existe aussi dans son pays. « Ils m’ont ri au nez et je n’ai pas trop su leur répondre, car en réalité je ne savais rien de l’extrême pauvreté. » Il retourne en France avec la ferme intention de mieux comprendre ce que cela signifie. Très motivé, Robin donne des cours de soutien à un collégien vivant dans un milieu défavorisé, mais ne se sent pas vraiment utile.

Un de ses cousins lui parle alors d’ATD Quart Monde et surtout de toutes les réformes impulsées par le Mouvement, comme le Revenu minimum d’insertion, la Couverture maladie universelle ou le droit au logement opposable. « Ça m’a interpellé. Je me suis dit que c’était là que je pouvais peut-être apporter ma pierre à l’édifice contre la pauvreté. » Il fait quelques sorties avec les jeunes d’ATD Quart Monde de Nancy, participe à des événements, sans percevoir encore une utilité concrète à son action. Mais il ne se décourage pas et sent que les valeurs portées par ATD Quart Monde font écho en lui.

Le vrai déclic a lieu lors d’un stage de deux mois et demi au centre national du Mouvement, à Montreuil, en Île-de-France. Il est alors étudiant en double licence économie et droit et observe avec un œil sévère « l’esprit de concurrence, le peu de mixité sociale et les excès de l’individualisme » sur les bancs de l’université. […]

Cette expérience se termine par une rencontre nationale en Bourgogne lors d’un court séjour réunissant plus de 150 personnes âgées de 16 à 30 ans. Pendant une semaine, Robin voit « des jeunes issus de tous milieux échanger, se respecter. » Ensemble, ils rêvent de la société idéale, ils parlent de leurs difficultés, de leurs doutes et de leurs envies. « Personne n’était jamais laissé de côté, j’ai trouvé cela formidable. » […]

Une petite victoire

Quelques semaines plus tard, Robin retourne à ses études et emménage à Clermont-Ferrand pour commencer un master en économie du développement durable. Il ne connaît personne et aucun étudiant autour de lui n’a entendu parler d’ATD Quart Monde. Il en faut plus pour émousser sa détermination. […] Il colle des affiches un peu partout en ville, organise des réunions à l’université, participe à un forum des associations sur la place de Jaude, au cœur de Clermont-Ferrand, mène un projet de sensibilisation dans une épicerie solidaire, contacte des personnes déjà engagées dans la région…

Il parvient à motiver onze autres étudiants à s’engager pour former un groupe jeunes. Ensemble, ils créent une Bibliothèque de rue dans le quartier Saint-Jacques. Ils souhaitent aussi aller à la rencontre de jeunes très exclus socialement. Pour cela, Robin a une nouvelle fois fait le tour de la ville, tracts à la main, afin d’entrer en contact avec les personnes engagées dans les quartiers défavorisés et demander conseil à des travailleurs sociaux.

Il sait qu’il faudra encore plusieurs mois, voire des années, avant que « des actions puissent vraiment retentir à grande échelle ». En attendant, il y passe la majeure partie de son temps libre […]. Six mois après son arrivée à Clermont-Ferrand, Robin estime avoir déjà « remporté une petite victoire : beaucoup d’étudiants connaissent maintenant ATD Quart Monde et savent qu’il y a des solutions pour lutter contre les inégalités ».

Retrouvez davantage d’informations sur ATD Quart Monde à Clermont-Ferrand et l’ensemble des portraits dans le livre Déclics.

Illustration : © Damien Roudeau