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Les Visages d’ATD Quart Monde #6 – Catherine Marsac : « C’est la parole qui m’a débloquée »

Elle a traversé des passes difficiles. Militante Quart Monde, elle est aujourd’hui de toutes les actions à Roubaix et à Lille.

Mine de rien, elle en a fait du chemin la « petite » Catherine, depuis sa rencontre avec ATD Quart Monde. « Des fois, dit-elle, je ne me reconnais plus ! » ! Catherine Marsac, 52 ans, est militante Quart Monde à Roubaix. « Militante » ça veut dire « se battre ». Tous les jours. Et pas seulement pour elle et sa fille Jennifer mais aussi pour les autres et avec eux. Pas une action sur Roubaix ou Lille sans qu’elle n’en fasse partie. Pour bouger, elle bouge !

Dégringolade

La vie difficile, elle sait ce que c’est Catherine. Surtout depuis le décès de son mari en 2001. « On s’accordait, on se serrait les coudes. Et pendant onze ans, à deux, c’était bien. » Tous deux n’avaient pas eu la vie facile avant de se rencontrer.

Après le décès, Catherine plonge. « Ca a été la dégringolade : je n’arrivais pas à faire le deuil. Là-dessus l’alcoolisme… » Au bout de deux ans, Catherine accepte un traitement qui nécessite un séjour à l’hôpital. « Ma fille avait 3 ans. Je l’ai confiée à ma voisine, une copine.»

Quand elle sort de l’hôpital, plus d’enfant. Sa fille a été placée dans une famille d’accueil. Colère contre l’assistante sociale qui n’a pas jugé bon de la prévenir. Tous les efforts qu’elle venait de faire pour s’en sortir, tout ça ne comptait pas. La séparation durera cinq ans. « Je n’avais qu’un seul but : qu’on me rende ma fille ».

Les contacts avec la famille d’accueil n’ont pas toujours été simples au début. Elle a pu retrouver sa fille le week-end, jusqu’à ce que cinq ans plus tard, elle lui soit rendue définitivement. Jennifer a alors 8 ans. « Ce jour là, c’est le plus beau jour de ma vie », dit Catherine encore imprégnée de cette émotion. Avec sa fille, elle revit.

Oiseaux

Survient en 2004 un petit événement qui va tout bouleverser. Catherine et sa fille sont hébergées au foyer d’accueil Cap-Ferret à Roubaix. Un jour d’été, elle voit un attroupement au pied de son immeuble. On toque à sa porte. Jacqueline, une alliée d’ATD Quart Monde lui propose de les rejoindre. « J’y suis allée. Par curiosité. On a fait des activités manuelles. J’ai fabriqué des oiseaux. On a chanté, ça m’a beaucoup plu. C’est comme ça que j’ai rencontré ATD. »

Catherine rejoint le groupe de Roubaix-Tourcoing pour la préparation du 17 octobre, laJo urnée mondiale du refus de la misère. « On parlait des difficultés qu’on rencontrait. J’écoutais. C’est ce que je vivais moi-même. Ça m’intéressait. Je ne comprenais pas tout. Quand on est dans le besoin on a plein de choses en tête et on ne comprend pas tout. »

Regards

On lui propose d’aller à Lille à l’Université populaire Quart Monde. « Là aussi j’écoutais. Jusqu’au moment où Joël, un autre militant, m’a interpellée en me disant : «  Et toi la petite, t’as pas quelque chose à dire ? ». Je n’osais pas. J’étais bloquée. Je n’avais jamais parlé en public. Pascal Wecxteen m’a tendu le micro. Je me suis lancée. J’ai vu que je ne disais pas des conneries puisque les gens m’écoutaient. Ça m’a bien soutenue. Ce qui nous mine c’est le manque de confiance en soi. Depuis je n’arrête pas de parler. Faut croire que d’être écouté, ça donne envie de parler. »

Elle n’hésite pas non plus à parler au maire de Roubaix qu’elle croise le 17 octobre : « les animations sur la Grand-place, c’est bien, mais il devrait s’occuper davantage des gens qui n’ont pas de logement et rien pour vivre. Et il y en a beaucoup à Roubaix. »

Depuis lors, et grâce aussi à l’appui d’une psychologue, Catherine perçoit que les regards ont changé sur elle. «  Je me suis débloquée », dit-elle. A Roubaix, elle fait du théâtre, de la danse orientale, participe aux actions de la « Soli », à l’université citoyenne. Elle s’éclate, elle se métamorphose. « Je me suis mise à lire les livres d’ATD. Mais c’est un peu long.»

Ecrire

A-t-elle changé ? Elle réfléchit. « Oui, j’ai changé. La preuve, ce matin, je me suis levée à sept heures et j’ai décidé d’aller faire mon dossier de demande de mutation de logement. Le logement social qu’on occupe au centre de Roubaix est trop petit et pas commode. Je n’ai plus peur de faire ces démarches. »

Un jour à la Maison Quart Monde on lui propose de participer à une co-formation. « J’ai pris le TGV toute seule pour Paris, on m’attendait au bout du quai ». L’équipe du Croisement des savoirs l’associe à une co-formation avec des magistrats. Catherine y participe avec trois autres militants et cinq ou six magistrats. Là aussi, elle constate que lorsqu’elle parle, les juges l’écoutent.

« Ils ne savent rien de ce que nous vivons, de ce que vivent les familles ». Elle garde en elle une colère contenue sur des décisions prises parfois sans connaissance de cause. Pour elle, ces co-formations sont utiles: « on apprend des choses qu’on ne connaît pas, mais surtout eux doivent comprendre ce que l’on vit ».

Son projet aujourd’hui : « Je vais écrire moi-même mon histoire. Je n’ai plus peur de parler donc je vais l’écrire. Ca peut aider d’autres puisque ça m’a « débloquée » moi-même !».

Pascal Percq