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Chômage d’exclusion

Chômage d’exclusion

Comment pourrions-nous exiger le devoir de travailler si nous ne sommes pas capables de permettre à chacun d’obtenir un emploi !

Comment faire autrement ?

Les idées développées par l’auteur, d’abord dans la 1ère édition de ce livre en 1993, puis dans un second ouvrage « Plaidoyer pour une économie solidaire » en 2008, ont séduit un nombre considérable de citoyens concernés, directement ou solidairement, par le chômage de longue durée, dit d’exclusion. Elles ont engendré ou fédérées de multiples initiatives pour tenter d’y faire face. Elles ont mobilisé des responsables politiques, au point d’obtenir le vote de deux lois, en 2016 et 2020, permettant deux séries d’expérimentations d’un nouveau type d’entreprise au service d’un objectif ambitieux « Territoire Zéro Chômeur de Longue Durée » (TZCLD) : l’entreprise à but d’emploi (EBE).

Trente ans plus tard, l’auteur a éprouvé ici le besoin de rappeler dans une première partie ses analyses et convictions de départ, exposées dès 1993. Comment, face à la croissance et aux mécanismes de l’exclusion sociale, il était nécessaire de penser autrement le marché du travail et d’expérimenter « un emploi adapté garanti » pour toute personne privée d’emploi depuis plus d‘un an. La problématique ne sera pas « comment insérer les chômeurs de longue durée dans un monde de l’emploi qui est trop petit »  … Le propos sera au contraire « comment agrandir le marché pour que la totalité des demandeurs y trouvent leur place. » Chemin faisant, il apporte ici ou là quelques nuances ou modifications à ses propos de l’époque. Par exemple il préfère maintenant parler d’emploi accessible plutôt que d’emploi adapté.

Dans la seconde partie de l’ouvrage, prenant appui sur le développement réussi des EBE expérimentales dans un nombre croissant de territoires, l’auteur envisage maintenant le nouvel objectif qui devra prendre corps en 2026, année qui marquera la fin légale de ces expérimentations : obtenir une loi pérenne d’orientation et de programmation pour un plein-emploi solidaire. Celle-ci devrait être promue par un consensus à élaborer entre toutes les entreprises de lutte contre la privation d’emploi (ELPE) : les entreprises adaptées (ex-ateliers protégés), les établissements et services d’aide par le travail (ESAT), les entreprises d’insertion, les entreprises à but d’emploi. Il s’agira de conforter le droit d’obtenir un emploi, grâce à un contrat de mission d’insertion à durée indéterminée pour tous les contrats aidés et à un financement ouvert de façon exhaustive en fonction des besoins locaux pour que tous les territoires soient sans privation d’emploi. Comment pourrions-nous exiger le devoir de travailler si nous ne sommes pas capables de permettre à chacun d’obtenir un emploi !

Si, pour beaucoup, le droit à une formation est préalable à l’accès à emploi, pour les personnes les moins favorisées, ce n’est généralement pas la formation pure qui est souhaitable prioritairement, mais l’emploi accessible et, au sein de l’emploi, toutes sortes de formations concrètes et progressives… C’est l’emploi qui joue un rôle formateur, formateur de société humaine pour peu qu’il soit accessible.

Dans sa préface, Louis Gallois estime que Patrick Valentin trace ainsi un chemin réaliste vers le droit à l’emploi pour tous.

Daniel Fayard

Chronique sociale – Comprendre la société – 2023 – 167 p.
2e édition revue et fortement augmentée.