Entreprise à but d'emploi de Livron, juillet 2025; Félix Winaud Tumbach

À Val d’Emploi, « de l’utopie à une vraie solution contre le chômage de longue durée »

Img journal atd

Abonnez-vous au journal d’ATD Quart Monde !

Et recevez de nos nouvelles chaque mois dans votre boîte aux lettres, tout en soutenant nos actions via votre abonnement.

L’Entreprise à but d’emploi (EBE) de Livron-sur-Drôme compte aujourd’hui 75 salariés et une dizaine d’activités qui vont de la couture au maraîchage, en passant notamment par le recyclage de textiles et de plastiques, la vente dans une ressourcerie, la création d’objets en bois ou encore la cuisine.

Penchée sur sa machine à coudre, Dany* fabrique un sac avec des ceintures de sécurité données par l’entreprise de recyclage automobile GPA. Elle a intégré l’Entreprise à but d’emploi de Livron-sur-Drôme, Val d’Emploi, à son ouverture, en 2023, et travaille au sein de l’atelier de couture Les mains d’Or. Une structure qu’elle a contribué à créer, avec d’autres personnes volontaires, comme Isaline, qui est aujourd’hui l’une de ses collègues dans l’atelier.

Quand le projet de l’expérimentation leur a été présenté, elles n’y ont pas tout de suite cru. « C’était très abstrait. L’idée de pouvoir choisir nos horaires et sur quelle activité travailler, d’être en CDI… Cela ne semblait pas être vrai », se souvient Isaline. « Quand on n’a connu que l’usine, c’est un changement total. Ici, il n’y a pas de pression. On nous fait confiance et c’est beaucoup plus agréable », poursuit Dany.

« Revenir au monde »

Quelques mètres plus loin, à L’Astucerie la ressourcerie de l’Entreprise à but d’emploi, Dominique Prunel a elle aussi douté de la réalité de cette expérimentation qui promettait de créer des emplois dans des activités répondant à des besoins non couverts localement. Lorsqu’elle est arrivée à Val d’Emploi, en avril 2024, « la première question était : qu’est-ce qui t’intéresse ? Personne ne demande les diplômes. Ils respectent les problèmes de santé. C’est un entretien à l’envers, cela redonne confiance », confie-t-elle. Elle s’occupe notamment de la boutique en ligne de L’Astucerie. Cette mission la rend particulièrement fière : « D’un point de vue écologique, c’est un beau projet qui permet d’éviter d’acheter sans arrêt du neuf ». Mais ce qu’elle apprécie surtout, ce sont les liens avec ses collègues et les clients, notamment lors du Café papote, tous les mercredis matins.

Pour sa collègue Émilie Marmolle, référente sécurité de l’Entreprise à but d’emploi, c’est aussi avant tout le contact humain qui lui plaît dans son travail. Sans emploi pendant 17 ans pour s’occuper de son fils handicapé, elle avait une grande crainte : « Je ne savais pas si j’étais vraiment capable de retravailler. Quand on s’est mis dans une bulle pendant longtemps, ce n’est pas forcément simple de revenir au monde. Ici j’ai pu reprendre une vie professionnelle tout en continuant à m’occuper de mon fils », explique-t-elle. Depuis, elle a également obtenu son permis de conduire et s’engage activement pendant son temps libre en tant que secouriste à la Protection civile.

« Je n’avais pas l’habitude de ne rien faire »

Derrière l’atelier de couture, Félix Winaud Tumbach fabrique un portant pour la vente des créations de l’atelier Les Mains d’Or lors d’un marché nocturne organisé à Livron-sur-Drôme. Il est aujourd’hui « heureux de se lever le matin sans avoir le souci du lendemain ». Après avoir travaillé dans l’artisanat à son compte, il est « resté quelques années dans le noir, sans travail, sans ressources ». Cet emploi lui a donné la possibilité de sortir de cette période compliquée : « Cela m’a fait du bien. Moi, j’étais actif, je n’avais pas l’habitude de ne rien faire. Maintenant, j’ai envie de travailler à la mairie », souligne-t-il.

Arrivé depuis seulement trois semaines au sein de l’atelier de réparation de vélos, David Liozon fait le même constat : « J’avais besoin de ça pour être heureux, parce que moi j’ai toujours connu le travail ». Ancien salarié dans le bâtiment et la métallurgie, il est « tombé du jour au lendemain dans le monde des invalides à cause de problèmes de vision, en 2023 ». Cet emploi, à 500 mètres de son domicile, lui donne la possibilité de montrer qu’il est « encore capable de faire plein de choses » et d’apprendre de nouvelles activités avec ses collègues ».

L’importance du collectif

Tous les salariés évoquent ainsi l’importance du collectif, avant même d’entrer dans l’Entreprise à but d’emploi. Les embauches se font en effet par promotions de huit à dix salariés. En attendant leur arrivée à Val d’Emploi, les personnes volontaires peuvent ainsi se préparer ensemble et se mobiliser sur la question du droit à l’emploi sur le territoire. Après avoir eu parfois des périodes de grande solitude, elles se réintègrent peu à peu dans un groupe.

Mais un collectif, « ça vit, ça bouge et parfois ça frotte un peu », remarquent plusieurs salariés en riant.Val d’Emploi compte aujourd’hui 75 salariés, répartis sur plusieurs sites. « Nous avons un peu perdu le côté social, cela crée des clans », regrette Hadryana Cols, salariée depuis deux ans. Elle qui, sur une semaine, peut faire à la fois de la vente à la ressourcerie, de la communication et du maraîchage remarque cependant que le fait d’avoir une équipe soudée autour d’elle lui a « fait du bien au moral ». Un autre salarié, qui ne souhaite pas donner son prénom, avoue pour sa part qu’il a eu besoin de beaucoup de temps pour s’adapter. « Toute ma vie, j’ai appris qu’on ne débarquait pas dans un boulot sans un minimum de formation. J’ai eu du mal avec le fait d’apprendre sur le tas. J’entends qu’il faut de la transmission entre salariés, mais transmettre, ce n’est pas simple », précise-t-il.

Face aux difficultés, son collègue Jérome Flon a une formule pour décrire l’expérimentation : « On est parti d’une utopie. Au début, on travaillait bénévolement pour monter un projet dont on ne savait même pas si ça allait fonctionner. Aujourd’hui, on est confronté à la réalité. Ce n’est pas toujours facile. Territoires zéro chômeur de longue durée, c’est un ovni, mais c’est une vraie solution au chômage de longue durée ».

Cet article est extrait du Journal d’ATD Quart Monde de septembre-octobre 2025.

Photo : Au sein de l’atelier de l’Entreprise à but d’emploi Val d’Emploi. © ATD Quart Monde

* Les personnes désignées par leur prénom n’ont pas souhaité donner leur nom de famille.

Partager

Quiz

En finir avec les idées fausses sur les pauvres et la pauvreté : le quiz !

1 / 9

En France, à combien est fixé le seuil de pauvreté

Questions

2 / 9

À combien s’élève le RSA pour une personne seule et sans enfant et avant déduction du forfait logement ?

2023 atdqm ideesfausses rsa

3 / 9

Il y a 20 ans, 20 % du budget dédié au RSA était alloué à l’accompagnement des allocataires. Selon vous a combien s'élève cette part aujourd'hui ?

2023 atdqm ideesfausses accompagnement

4 / 9

Quel pourcentage d’ayant-droits au RSA ne le demandent pas ?

2023 atdqm ideesfausses non recours

5 / 9

2023 atdqm ideesfausses chomage

6 / 9

A sa création en 1988, le RMI (ancêtre du RSA) avait été fixé à 49 % du SMIC. Selon vous, quel pourcentage du SMIC représente le RSA aujourd'hui ?

2023 atdqm ideesfausses rsavssmic

7 / 9

Les demandeurs d'asile peuvent percevoir les minima sociaux tels que le RSA.

2023 atdqm ideesfausses migrations

8 / 9

On estime que les émissions de CO2 des 10 % les plus aisés en France s’élèvent à 18,4 tonnes par an. A combien s'élèvent celles des 10% les plus modestes ?

2023 atdqm ideesfausses ecologie

9 / 9

Quelle part du budget de la protection sociale est aujourd'hui dédiée à la lutte contre la pauvreté ?

2023 atdqm ideesfausses protection sociale

Your score is

The average score is 60%

0%

Ceci fermera dans 0 secondes

2023 journee mondiale du refus de la misere miniature atdqm

Emploi décent : testez vos connaissances !

1 / 7

2 / 7

3 / 7

4 / 7

5 / 7

6 / 7

7 / 7

Your score is

The average score is 52%

0%

Ceci fermera dans 0 secondes

Quiz mi

Stop à la maltraitance institutionnelle : Le quiz !

1 / 10

La maltraitance institutionnelle c'est...

Questions

2 / 10

Parmi ces listes, laquelle ne contient que des institutions qui assurent une mission de service public ?

Questions

3 / 10

La maltraitance institutionnelle touche l’ensemble des individus avec des conséquences égales, quelles que soient leurs conditions socio-économiques.

Questions

4 / 10

Parmi les causes de maltraitance institutionnelle envers les personnes en situation de pauvreté, on compte… (Plusieurs réponses possibles).

Questions

5 / 10

Les professionnel.le.s des institutions publiques ne peuvent pas être victimes de maltraitance institutionnelle.

Questions

6 / 10

Combien de personnes un.e conseiller.ère France Travail suit-il.elle en moyenne ?

Questions

7 / 10

Parmi ces situations, lesquelles peuvent être qualifiées de « maltraitance institutionnelle » ? (Plusieurs réponses possibles).

Questions

8 / 10

Quel est le pourcentage de Français.ses qui n’ont pas recours aux aides et dispositifs sociaux auxquels ils.elles ont droit par crainte des conséquences négatives (abus de pouvoir, manque de confidentialité...) ?

Questions

9 / 10

Quelles grandes tendances actuelles participent au renforcement des maltraitances institutionnelles ? (Plusieurs réponses possibles).

Questions

10 / 10

Comment aider une personne en situation de pauvreté victime de maltraitance institutionnelle à faire valoir ses droits ? (Plusieurs réponses possibles).

Questions

Your score is

The average score is 32%

0%

Ceci fermera dans 0 secondes

Inscription à la newsletter