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À voir en décembre 2023

La chronique de Bella Lehmann-Berdugo  

Édouard Louis, ou la transformation

François Caillat. Documentaire. France. Sortie le 29 novembre.

Fuyant son milieu rural et pauvre, Eddy Bellegueule part étudier à Amiens. Il adopte les codes culturels, comportementaux des citadins cultivés et bourgeois. Il change de nom, part à Paris, où son homosexualité est vivable. Il devient un écrivain reconnu. Souvent filmé de dos, il arpente les lieux du passé, les commente, parfois en intellectualisant, alors que sa lecture d’extraits est limpide. La sensibilité affleure à chaque plan. Un malaise demeure. Son nouveau milieu est-il si tolérant ? Ce type de transfuge ne reste-il pas exceptionnel ?

Cesária Évora, la diva aux pieds nus

Ana Sofia Fonseca. Documentaire. Portugal. VOST. Sortie le 29 novembre.

D’emblée, la présence de Cesária happe le regard. La vie, la carrière de la chanteuse se dessinent à travers des images d’archives, certaines inédites, à travers les témoignages de Janet, sa petite-fille, d’une amie de l’orphelinat où elle s’initia au chant, de son majordome, de son agent, à l’origine de sa carrière internationale. La célébrité vient à 50 ans. Chez elle ou en tournée, elle se livre, libre dans une société machiste. Issue de la pauvreté, « Cize » distribue son argent autour d’elle. Mais une indéfectible tristesse, des dépressions, la rongent, noyée dans l’alcool. En 2019, la Morna, musique mélancolique capverdienne, est reconnue grâce à elle patrimoine culturel immatériel par l’Unesco. « Je ne crois pas aux rêves », disait-elle.

 

Les colons

Felipe Galvez. Fiction. Chili Argentine France. VOST. Prix de la critique internationale, Cannes 2023. Sortie le 20 décembre

Terre de Feu, République du Chili, 1901. José Menendez riche éleveur et propriétaire terrien, engage trois cavaliers pour vider ses terres des populations autochtones et ouvrir une route vers l’océan. Segundo jeune métis, Mapuche par sa mère, Espagnol par son père (le Bon), est sous les ordres du lieutenant MacLennan, soldat britannique (la Brute), et de Bill, un mercenaire américain (le Truand). Segundo découvre la loi du sang et du silence. A travers lui se dévoile au spectateur un génocide longtemps expurgé de l’histoire officielle du Chili. Il y a autant de points de vue que de personnages, cela fait la force du film. Le mélange d’acteurs expérimentés et débutants concourt à l’authenticité de l’histoire.

Premier temps : chevauchées dans un territoire immense, paysages panoramiques façon western, nettoyage ethnique, dissensions entre différents prédateurs croisés par les trois cavaliers. La violence des images n’a pas été éludée. Une photo somptueuse, des gros plans de visages et de chevaux saisissants, une parole rare et efficace, le tout assorti d’une musique à l’avenant. Parfois une sensation d’errance dans cette vastitude disputée de haute lutte.

Deuxième temps, quelques années plus tard (un rien didactique) : on retrouve Menéndez à Punta Arenas, dans sa demeure de grand bourgeois. En aval des massacres perpétrés, Vicuna est un envoyé officiel du gouvernement. Armé de sa caméra, il est chargé d’écrire le récit officiel, celui des vainqueurs. Segundo, lui, est retiré dans une modeste cabane sur l’île de Chiloé avec sa femme Kiepja, indienne rescapée. Le film se referme sur une violence symbolique rarement montrée à l’écran.

 

La tresse

Lætitia Colombani. Fiction. France. VOST. D’après le roman à succès de la même Laetitia Colombani. Sortie le 29 novembre

Trois femmes, trois continents, trois combats. En Inde, Smita est une intouchable, vouée aux basses besognes. Elle fera tout pour que sa fille ait d’autres chances qu’elle. En Italie, Giulia travaille dans l’atelier de son père, mais l’entreprise familiale est ruinée. Et son amour pour un Indien Sikh n’est pas toléré par sa famille. Au Canada, Sarah, brillante avocate, est en passe de devenir associée de son cabinet, mais un cancer en décide autrement. Si différentes, elles sont liées sans le savoir par un fil invisible. Les trois histoires de vie se croisent et s’entrecroisent, de façon plus ou moins réussie du fait de décors, costumes ou situations « clichés » et d’un traitement superficiel, manquant de nuances. Le récit embrasse probablement trop de thèmes à la fois : l’accès à l’école, la pauvreté, la petite entreprise face à la mondialisation, la violence au travail, la maladie. Toutefois, la seconde partie indienne et la partie canadienne sont les plus convaincantes, avec des scènes aptes à dénoncer différentes formes de discrimination.

 

Les petites victoires

Mélanie Auffret. Fiction. France. DVD ou VOD.

Jolie chronique d’un village breton où la boulangerie, le café, le médecin ont disparu. Alice, la jeune maire, est aussi l’institutrice de l’unique classe, menacée de fermeture. Émile, 60 ans, illettré, veut y apprendre à lire et à écrire. Humour et réalisme, à voir en famille pendant les fêtes de fin d’année.

 

 

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