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À lire et à voir en février 2020

Pour le numéro 500 du Journal d’ATD Quart Monde, nous vous proposons une sélection de livres, séries et magazines pour imaginer l’avenir, ou se replonger dans l’histoire.

Trepalium

Antarès Bassis et Sophie Hiet, France, Série de 6 épisodes de 52 min chacun, 2016

Dans un futur proche, la population est séparée en deux par un mur. D’un côté, la Zone, avec les 80 % de personnes au chômage que compte désormais la société. De l’autre, la Ville hébergeant les 20 % de personnes ayant un emploi. Izia est née du mauvais côté de ce mur et vit dans la Zone, où elle élève seule son fils. Elle est sélectionnée par le gouvernement pour devenir une « employée solidaire », du côté des privilégiés.

Years and years

Russel T.Davies, Grande-Bretagne, Série de 6 épisodes de 59min chacun, 2019

Cette série d’anticipation suit la vie des membres d’une famille de Manchester, les Lyons, de 2019 à la fin des années 2030. L’intrigue détaille un futur anxiogène mais réaliste, fait de bouleversements géopolitiques et sociétaux. Elle questionne également la notion d’engagement personnel et de choix face aux changements du monde, avec notamment l’édifiant discours de Muriel, la grand-mère, dans le dernier épisode : « Vous saviez ce qui se passait et vous n’avez rien fait. »

Black Mirror

Charlie Brooker, Grande-Bretagne, Série diffusée depuis 2011

Chaque épisode de cette série est indépendant, mais tous ont le même thème : des scénarios d’anticipation sur les dérives des nouvelles technologies. Le titre de la série est une référence aux écrans noirs qui envahissent déjà notre quotidien aujourd’hui : ceux des télévisions, des smartphones, des tablettes, des ordinateurs, qui forment un miroir déformant d’une humanité qui s’y abandonne. Cette série dépeint un futur souvent pas si lointain et sonne comme un avertissement de ce que la société pourrait devenir.

Au bal des actifs. Demain le travail

Collectif d’auteurs, Éditions La Volte, 2017, 20 €

Douze auteurs de science-fiction imaginent l’évolution du marché de l’emploi dans ce recueil de nouvelles. Dégradation des conditions de travail, remplacement des employés par des robots, surveillance des travailleurs, revenu minimum d’existence… Chaque auteur a pu détailler les devenirs possibles du travail en présentant des univers parfois fascinants qui ne semblent pas forcément si lointains.

Les Furtifs

Alain Damasio, Éditions La Volte, 2019, 25 €

Ce roman de science-fiction se situe dans un futur proche, en France. Il décrit la quête d’un père à la recherche de sa fille disparue, dans une société où les multinationales sont devenues propriétaires de villes entières. Les habitants sont surveillés en permanence à travers une bague électronique et ont échangé leur liberté contre une vie confortable où leurs moindres souhaits sont exaucés avant même qu’ils aient pu les formuler, s’ils se sont acquittés d’un forfait premium ou privilège.

Usbek et Rica

Trimestriel, 6,90€ le numéro

Magazine trimestriel, Usbek et Rica explore le futur. Tous les futurs : ceux qui nous font peur et ceux dont on rêve. Face au catastrophisme, ce journal permet à ses lecteurs de « retrouver le goût du progrès » en découvrant les solutions concrètes inventées ou rêvées partout dans le monde pour défendre la démocratie, le progrès technique au service de l’Homme, la planète…

Paroles pour demain

Joseph Wresinski, Éditions Desclée de Brouwer, 1986, 140 p., 8€

Dans ce livre, le fondateur d’ATD Quart Monde, Joseph Wresinski invite le lecteur, dans un style poétique, à franchir un passage. Il chemine avec les très pauvres et s’adresse à quiconque souhaite – à cœur ouvert – apprendre à les connaître mieux, à se rapprocher d’eux, enfin à les aimer. Il décrit les difficultés rencontrées par les personnes vivant dans la précarité, mais aussi leur capacité de résistance, l’intensité de leur attente et de leur espoir et permet d’entrevoir la clé pour que leur situation change. Retrouvez ce livre sur le site des Éditions Quart Monde

La misère hors la loi

Paul Bouchet, Éditions Textuel, 2000, 132p., 10€

Cet entretien avec l’ancien président d’ATD Quart Monde, Paul Bouchet, surprend par sa radicalité : la seule façon de lutter contre la misère, c’est de refuser un droit pour les pauvres… qui revient à un pauvre droit ! Pour que le droit soit véritablement un droit pour tous, pour que les droits fondamentaux soient enfin reconnus à tous, il faut instituer un droit commun à tous les hommes fondé sur une égale dignité. Le contraire d’un droit pour les pauvres qui se dissout dans les mesures sociales et entérine la pauvreté. Retrouvez ce livre sur le site des Éditions Quart Monde

La boîte à musique

Jean-Michel Defromont, Éditions Quart Monde, 1980, 290p.,8€

Ce roman a marqué de nombreuses générations de membres d’ATD Quart Monde. Bâti à partir du témoignage de milliers d’enfants, il décrit le quotidien de David, rue des Orchidées, dont une mystérieuse boîte à musique va changer la vie. Retrouvez ce livre sur le site des Éditions Quart Monde

 

À voir aussi en février 2020 : la chronique de Bella Lehmann-Berdugo

Jules Adler, peintre du peule

Exposition  jusqu’au 23.02.20 au Musée d’art et d’histoire du judaïsme, 71 rue du temple, Paris 3ème

Deux cent peintures, dessins, gravures et documents, certains totalement inédits, la première rétrospective de l’artiste dénommé le » Zola de la peinture » (1865-1952). Issu d’une famille modeste, juive (arrêté, il peint en prison, il échappe à la déportation), Jules Adler représente le monde ouvrier et les mouvements sociaux de son temps, notamment les premières grèves au Creusot. Des planches très détaillées, des vidéos accompagnent les œuvres (en particulier un tableau monumental des grévistes) pour expliquer de façon détaillée le contexte historique et social, la naissance difficile du droit de grève.

Des hommes

Jean-Robert Viallet et Alice Odiot. Documentaire. France. 1h23. sortie le 19 février (Pour la programmation : Rezo Films Paris)

Une immersion sensible, très sensorielle dans la prison des Baumettes à Marseille. La moitié des 2000 détenus n’a pas 30 ans. Ceux qui ont » niqué leur jeunesse » se confient étonnamment : « quand je tombe en prison, là ma mère s’occupe de moi ». Longs plans, détenus filmés de dos ou seulement leurs pieds, de sas en sas, des rumeurs métalliques, des cris qui résonnent. Parfois des chants, des rires s’élèvent au milieu de tout ça. Ils se confient parce qu’enfin quelqu’un les regarde, les écoute. « Ici il faut que ton mental soit fort », il y a des suicides. La saleté, l’attente, l’ennui suintent et l’absurdité d’un système pénitentiaire sans projet de réinsertion. Ils sortiront tout aussi démunis voire pire. Nous assistons à une commission de discipline par vidéoconférence, expédiée et inaudible où l’accès au droit de se défendre est bafoué.

Face à nous, certes pas des enfants de cœur (comme dit une geôlière), mais de jeunes êtres humains à qui l’on veut faire perdre toute dignité et les rayer définitivement de la société des vivants.

Chut… !

Alain Guillon et Philippe Worms. Documentaire. France.2020. 1h45. Sortie le 26 février. (Pour connaître les séances : [email protected])

À Montreuil en Seine-Saint-Denis, la bibliothèque municipale offre un lieu de gratuité et de rencontre. Ici l’accueil est inconditionnel : on croise une personne sans domicile fixe qui peut y faire ses démarches administratives dans l’anonymat : » Ici c’est plus calme qu’une église », dit-elle. Des personnes retraitées, un club de lecture côtoient des étrangers en apprentissage du français et de la culture française, des classes, des adolescents attelés à un exposé.

Nombreuses séquences montrant l’arrière- boutique : le personnel apparaît très impliqué à préparer des expositions, des ateliers, à accueillir avec attention chaque lecteur potentiel aussi. Un accueil qui se veut bienveillant, toutes générations, cultures, milieux confondus. La personne se sent attendue, ce n’est pas si souvent.

Mention particulière à l’atelier de conversation, puis à un atelier vidéo où des jeunes s’apprêtent à filmer et à interviewer des invités prestigieux comme le rappeur Kery James ou la sociologue Monique Pinçon-Charlot (séquence trop courte hélas). Dans ce lieu vivant, quelque chose de rare et précieux s’élabore au quotidien, sans tambour ni trompette : apprendre à devenir citoyen à part entière, à côtoyer son voisin, à l’écouter sans a priori.