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Marie Verkindt : « Des expériences ont transformé ma façon d’enseigner »

Marie est professeure d’histoire-géographie et d’éducation civique en collège. Elle a collaboré à la recherche et à l’ouvrage Tous peuvent réussir ! Voici une partie de son témoignage.

J’ai commencé à enseigner en 1973 et je me suis engagée avec ATD Quart Monde en 1975. Au début, enseigner signifiait pour moi uniquement transmettre des savoirs. Mais, l’été 1975, je suis partie en vacances trois semaines à la montagne avec 20 enfants qui avaient entre 6 et 12 ans. Ce furent des moments à la fois durs et merveilleux. J’ai découvert que ces enfants à la vie difficile étaient comme tous les autres, avec l’envie d’apprendre, intéressés par la vie des fourmis, des abeilles, les visites que l’on faisait, etc. Pourtant, aucun d’entre eux n’était capable d’écrire à ses parents une phrase simple sans l’aide d’un adulte.

Bien qu’enseignante débutante, je me suis mise dans une sorte de recherche : comment faire pour que tous les enfants puissent apprendre ? Très vite, certains collègues m’ont dit : « Toi, tu veux faire un enseignement au rabais. »
En même temps, je commençais à participer à une bibliothèque de rue. On allait chaque jeudi rencontrer des familles vivant la grande pauvreté, en nous installant avec des livres sur des couvertures près de chez elles, afin d’avoir un contact non seulement avec les enfants, mais aussi avec les parents. J’ai alors revécu cette expérience que les enfants aiment apprendre, qu’ils ont besoin de fierté et de reconnaissance et souhaitent que le savoir soit aussi vécu en famille. Un enfant demandait à voir des livres sur les oiseaux parce que son père aimait les oiseaux. Cette attitude d’écoute de ce qui est moteur chez les enfants, c’est la première chose que j’ai essayé de réutiliser avec tous les enfants de ma classe.

J’avais découvert aussi avec la bibliothèque de rue que, pour recréer une vraie motivation chez des enfants éloignés du savoir, il fallait entreprendre des projets de qualité, ambitieux et qui créent une fierté collective. On ne peut jamais réussir seul un projet de qualité. Il faut trouver des « alliés » : chez les adultes, l’équipe, les enseignants, les élus locaux, à l’intérieur de la classe aussi. Nous sommes là pour transmettre des savoirs, c’est la base de notre métier, mais pour y réussir, il faut faire de la classe un vrai groupe. Le « groupe classe » doit absolument permettre à tous les enfants de vivre une expérience positive.

J’ai enseigné trois ans dans une classe de 4e « pédagogie de contrat » où tous les élèves – une quinzaine – se trouvaient en échec. J’enseignais en même temps dans une 4e d’un autre collège. Il y avait cette année là un concours national René Cassin sur le thème « La pauvreté et les droits de l’enfant ». J’y ai inscrit les deux classes. Les équipes de travail étaient composées d’élèves de chaque collège et je faisais passer les travaux d’une classe à l’autre pour que chacun les complète. Cela les a tous stimulés. Je me souviens d’un élève en échec profond, qui a réécrit sept fois ce qu’il voulait dire, car il savait que cela allait être lu par un élève du même âge que lui. Nous avons gagné le concours. Cela a été une fierté partagée par tous. Cela m’a aussi permis de découvrir que je ne pouvais pas me passer de l’aide d’autres élèves connaissant moins de difficultés.

| « Enseigner aux publics qui ont le plus besoin de l’école est utile pour enseigner à tout le monde. C’est un formidable moteur pour rendre des pédagogies performantes. » (Louise Tourret, productrice de l’émission « Rue des écoles » sur France-Culture, au sujet de l’ouvrage Tous peuvent réussir ! )