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De la violence à la paix. Les plus pauvres de 25 pays s’expriment

Avec cette recherche-action sur le lien entre violence et misère, ATD Quart Monde a voulu produire une connaissance renouvelée de la vie au quotidien des familles les plus pauvres, en situant leurs espoirs et leurs résistances au coeur des courants qui réfléchissent le présent et l’avenir de la planète, autour de l’écologie, d’une gouvernance et d’une économie plus humaines.Voici quelques contributions extraites de ce travail conduit selon des méthodes issues du « Croisement des Savoirs » qui permet d’apprendre à penser ensemble, ce que l’on fait si peu et si mal, surtout avec ceux qui n’ont pas la même expérience, la même histoire, le même langage que nous.

« Nous emmenons partout avec nous la colère qui nous habite.
Pas juste à cause de ce qu’on voit, mais de la manière dont on nous traite, les choses s’empilent les unes sur les autres et ce qui se passe, c’est que vous passez votre temps à aller d’une extrême à l’autre, émotionnellement. D’avoir à s’asseoir, à écouter et s’entendre dire « je ne trouve pas que vous soyez assez malade pour avoir droit à de l’aide » ou encore « je ne pense pas que… » Et vous devez vous contenir, et encore et encore. » (Royaume-Uni)

« Les réponses apportées sont trop petites.
On donne du micro crédit et on veut que la personne rembourse. Mais les familles très pauvres disent : « Je ne peux pas, quand mon enfant crève de faim alors que j’ai travaillé. » Une personne du micro crédit m’a dit : « Il y en a qui remboursent bien, mais il y en a d’autres, ils me racontent des mensonges ! » Or c’est justement ceux-ci qui ont besoin de plus qu’un micro crédit. Mais comme c’est le micro crédit qu’ils trouvent, alors ils l’acceptent, et ils doivent mentir en disant qu’ils pourront le rembourser. » (Haïti)

« La nervosité engendre la violence.
Nous avons des ONG2 qui amènent beaucoup d’argent… mais c’est rien. Ils ne connaissent pas à qui il faut adresser ce qu’ils apportent. Ils s’adressent aux plus intelligents, ils séparent, ils mettent des violences. Ça, c’est la violence. Les plus pauvres sont niés. Ils sont fatigués de lutter pour une chose puis une autre chose. Quand on est pauvre, il faut chercher tout le temps, lutter tout le temps et tu deviens fatigué, tu deviens nerveux et la nervosité engendre la violence. » (Dakar)

« Ils te mettent une aide, mais cette aide n’est pas pour t’aider.
Pourquoi nous ont-ils enlevé nos maisons à nous les gitans, les baraquements dans lesquels nous vivions ? Moi maintenant, ils me surveillent, [je suis comme] emprisonnée. Ils te donnent un appartement et tu y vas avec les enfants parce que tu as de l’eau chaude et tu es tranquille. Mais si tu n’arrives pas à payer, ils t’enlèvent l’appartement et ils t’enlèvent tes enfants. » (Espagne)

« [Avec les pauvres,] on normalise la maltraitance, on normalise l’humiliation
Lorsque la situation en arrive à la pauvreté extrême, l’humiliation est admise comme quelque chose de normal, autant par le pauvre que par le puissant ; c’est à dire que le pauvre assume qu’il doit être maltraité et le puissant assume qu’il doit maltraiter le pauvre et je crois que c’est cela le danger qui existe dans l’humiliation : ne pas l’identifier. » (Pérou)

« Pourquoi l’État ne se rend-il pas compte ?
Il y a eu cinq familles expulsées. Pourquoi l’État ne se rend-il pas compte de cette violence que les familles subissent et pourquoi ceux qui sont engagés avec ces familles, eux, la ressentent ? Le mari s’était fait amputer d’une jambe et ne pouvait pas travailler. Ils avaient six enfants. Comment l’État ne se rend pas compte qu’une famille dans cette situation ne pouvait pas payer de loyer ? » (Île Maurice)

« Des mamans ne peuvent pas dire à leur enfant « tu me manques. »
On vous autorise à n’écrire qu’une lettre par an à votre enfant, avec une seule photo. On vérifie le contenu. Vous n’avez pas le droit par exemple de mettre « tu me manques » ou bien « nous nous battons pour te récupérer », parce qu’ils disent que cela va perturber l’enfant. Si quelque chose dans votre lettre ne leur va pas, vos enfants ne la reçoivent pas et en plus on vous le reproche… Et moi je trouve que c’est pas juste parce qu’un enfant, il a le droit de savoir qu’il vous manque, parce qu’on est toujours en train de leur dire « Oh tu sais, ta maman se fiche pas mal de toi. » C’est ce qu’on leur met tout le temps dans la tête et ils finissent par le croire. » (Royaume-Uni)

Rwanda_Chantier_solidarite« Quand on est dans la misère, on ne va pas nous écouter.
Nous ne savons ni lire, ni écrire. Cela nous fait très mal. Quand on est avec tous ces problèmes, on a de la peine à revendiquer nos droits. J’ai beaucoup d’enfants, sans père, parce qu’il est décédé. Quotidiennement, je lutte pour qu’ils puissent avoir du pain. Malgré cela, j’ai une fille qui est morte à cause de la violence et deux autres qui ont été violentées physiquement. Je ne pouvais pas aller en justice déclarer mes problèmes parce que je pensais que si j’y allais pour réclamer mes droits, on me tuerait après. Et mes autres enfants, qu’est-ce qu’ils vont devenir si on me tue ? » (Haïti)

« La faim fait mal.
Quand tu as faim et que quelqu’un te demande de faire quelque chose pour de l’argent, tu n’imagines pas les ennuis que cela pourrait t’apporter et tu dis oui à cause de la misère. Les trafiquants de drogues recrutent nos enfants et après on nous dit que c’est leur faute. » (Pérou)

« On nous a déplacés et on a brûlé nos abris.
Quand c’était le séminaire de la francophonie, on nous a déplacés et on a brûlé nos abris. La France a donné un financement pour la politique verte de la ville d’Antananarivo, la capitale. La commune a fait enlever les plus pauvres de nuit, par camions, comme des ordures qu’on ramasse. On leur a promis de leur donner un endroit pour mener une vie meilleure. Ils n’ont même pas eu le temps de ramasser leurs affaires. Arrivés dans ce nouveau lieu, ils ne trouvent pas de quoi se nourrir, ils retournent à la ville et puis de là on les chasse de nouveau. » (Madagascar)

« Ça apporte la paix parce qu’on sait qu’on a fait du bien.
Même quand j’étais dans la rue, j’aidais. Quand j’avais un peu d’argent, je réservais un hôtel et ce n’était pas moi qui dormais. C’étaient des gens dans la rue que je connaissais. Et je connais pas mal d’amis qui ont connu la rue, ils ne peuvent pas éviter d’aider, tellement ils sont passés dans l’horreur. Quand on fait du bien, il ne faut jamais en parler ! Ni compter ! Ni faire de différence ! Sinon, on se bousille ! On se dégrade ! Parce qu’on n’est plus soi-même ! » (France)

« La paix, c’est pouvoir dire sa vérité et être entendu.
On ne peut avoir la paix que lorsqu’on arrive à dire sa vérité et que celui qui est mon interlocuteur, puisse être en mesure de pouvoir comprendre. J’ai compris que même lorsqu’il y a soulèvement populaire, c’est toujours un cumul de frustrations, et la vérité des gens n’est pas entendue. » (Burkina Faso)

À vous la parole

La misère est violence : comment recevez-vous cette phrase dans la réalité où vous vivez ?

Qu’est-ce qui, pour vous, est violent quand on est confronté à la misère ? Quelles en sont les conséquences ?

Qu’est-ce que la paix pour vous ? Est-elle possible pour tous, et à quelles conditions ?

Comment essayez-vous de contribuer à la paix ? Comment cet engagement se traduit-il dans votre vie quotidienne ?

Adressez vos réponses à Feuille de route Quart Monde, 33 rue Bergère, 75009 Paris, ou [email protected]

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