Entrez votre recherche ci-dessous :

Changer les regards et les comportements, c’est possible

Article publié dans le journal Résistances 2013 (sept-oct. 2013)

Annie Fifre est laborantine dans un hôpital et déléguée syndicale. Elle découvre ce que la participation des employés les moins qualifiés peut apporter au fonctionnement de l’hôpital où elle travaille (1).

Dessin MillionMarquée à vie par une rencontre avec des familles confrontées à la grande pauvreté, Annie a suivi une formation où une volontaire permanente du mouvement ATD Quart Monde lui a expliqué que les plus pauvres étaient rarement syndiqués : lorsqu’une difficulté surgit, ils se retrouvent seuls, abandonnent leur travail ou se font licencier. Ce constat interroge Annie. Elle s’aperçoit que le syndicat de son hôpital n’a de fait jamais cherché à créer des liens avec les femmes de ménage. Marcelle, l’une d’entre elles, va lui ouvrir les yeux. Avec leurs blouses différentes de celles des infirmières et des laborantines, les femmes de ménages ne mangent jamais aux mêmes tables que les autres, ne participent pas aux fêtes du personnel. Lorsqu’une laborantine casse un tube, elle ne le nettoie pas et appelle une femme de ménage. Marcelle exprime le mépris qu’elle ressent quand les gens marchent sur le sol encore mouillé qui vient d’être lavé, quand aucune information ne lui est donnée sur les dangers de l’utilisation de la soude pour nettoyer la vaisselle du labo. Alors, Marcelle et Annie décident de rencontrer chaque femme de ménage pour la convaincre de participer au syndicat. Quelques années plus tard, les femmes de ménage se mettent en grève avec le soutien du syndicat. À l’hôpital où, grâce à ces nouveaux comportements, le regard porté sur elles a évolué, elles sont enfin invitées aux rencontres entre équipes de jour et de nuit pour se transmettre les informations qui concernent les malades.