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Quelle école pour quelle société ? (Tribune d’Albert Jacquard)

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Photo Guillaume Paumier / Wikimedia Commons, CC-by-3.0

Dès l’instant de sa conception, un être vivant déroule les phases de son programme génétique. La réalisation des divers éléments qui le constituent, sa participation à la génération suivante, son vieillissement, sa mort, font de lui un maillon de la transmission de son espèce. Il est un des acteurs de la lutte contre le pouvoir destructeur du temps.

Cependant, lorsqu’il s’agit non d’un vivant quelconque, mais d’un être humain, cette description est incomplète, car elle omet de rendre compte du rôle de la collectivité humaine dans la construction de chacun de ses membres.

La singularité de notre espèce résulte du fait que l’humanité, telle que nous la connaissons aujourd’hui, a été et sera toujours l’œuvre collective des humains, tandis que, simultanément, chaque humain a besoin de l’humanité : c’est grâce à ses rencontres qu’il peut devenir lui-même

L’issue de ce paradoxe peut être cherchée dans les conditions permettant d’assurer la fécondité des rencontres. Si elles sont à base de compétition, elles ne peuvent engendrer que des conflits permanents réduisant la vie commune à une lutte sans merci. À base d’émulation, au contraire, elles permettent une coopération bénéfique pour tous ; il ne s’agit plus de l’emporter sur les autres, mais de se dépasser soi-même.

C’est donc l’émulation qui doit être privilégiée et proposée à tous, notamment au cours de la période décisive qu’est la scolarité. Quand pourra-t-on sans mentir écrire sur le fronton des écoles « Ici est enseigné l’art de la rencontre » ?

Albert Jacquard, généticien et humaniste

 

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