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Au pré-pivot d’ATD Quart Monde : « C’est moi qui fais ! »

Le pré-pivot de Noisy-le-Grand participe à la reconstruction de familles en grande précarité en essayant d’éviter que des enfants ne revivent des difficultés vécues par leurs parents, notamment à l’école. En janvier 2011, l’équipe du pré-pivot a commencé à mettre en œuvre la pédagogie Montessori (1) basée sur le développement de l’autonomie de l’enfant.

« C’est moi qui fais ! » Ce doit être la phrase que l’on entend le plus souvent au pré-pivot, en particulier depuis qu’y a débuté la mise en œuvre de la pédagogie Montessori. Dans la cuisine, le coin lecture, la salle des ateliers, de nombreuses activités sont proposées les mercredi et samedi aux enfants de 3 à 6 ans.

Une pédagogie de l’autonomie

Tilio veut faire de la peinture. Yveline Picard, alliée du Mouvement et animatrice au pré-pivot lui demande de se rappeler toutes les étapes nécessaires au bon déroulement de cette activité. Il doit d’abord mettre son tablier. Même s’il a besoin d’un peu d’aide pour l’enfiler, il se souvient comment faire. Le matériel est à sa portée. Il peut donc ensuite aller chercher lui-même sa feuille et remplir son gobelet de peinture.

« Ce qui a changé ici depuis 2011, explique Yveline, c’est le mode d’utilisation des ateliers. On arrive maintenant à ce que les enfants réalisent eux-mêmes chaque étape : coller leur feuille avec de la pâte à fixe, peindre et, ensuite, laver le tableau. » L’activité est considérée terminée une fois que tout est rangé. L’enfant peut alors choisir une autre occupation.

Au rythme de l’enfant

Ainsi, dès l’instant où ils passent la porte du pré-pivot, les enfants sont invités à se prendre en main. Ils se déchaussent, enfilent leurs chaussons et décident de la façon dont ils vont occuper leur demi-journée. Bien sûr, l’équipe d’animateurs les accompagne et prend le temps d’expliquer à chacun telle ou telle activité. Mais la particularité de la pédagogie Montessori est que, pour la réaliser, l’enfant ne rencontre aucune contrainte de temps et qu’il n’y a pas non plus de bonne ou mauvaise façon de faire – ni d’évaluation à la fin. L’enfant travaille à son rythme, essaie différentes choses en ayant le droit à l’erreur et sans risquer de se faire mal.

Soutenir les familles

P1010655_recadre_250-25926Sylvain Lestien, volontaire permanent d’ATD Quart Monde et responsable du pré-pivot, s’est formé avec Yveline à cette pédagogie et des stagiaires Montessori viennent travailler avec eux. « Aller au pré-pivot a été d’abord un engagement personnel de certaines de nos étudiantes », raconte Patricia Spinelli, directrice de l’Institut Supérieur Maria Montessori, qui s’est elle-même beaucoup investie dans cette collaboration. « À l’origine, le contact a été pris avec ATD Quart Monde après les évènements de 2005 dans les banlieues, se rappelle-t-elle. On s’est rendu compte que nous pouvions faire davantage pour soutenir les familles habitant ces quartiers. »

Des activités pour chaque âge

L’une des salles du pré-pivot a donc été réaménagée avec des « plateaux d’activités » propres à la pédagogie Montessori. Lana transvase du riz d’un récipient à l’autre pendant que Mehdi presse son éponge au dessus d’un seau. « Les plateaux correspondent aux différents âges des enfants et à des activités pratiques qu’ils ont souvent déjà vu faire par leurs parents, commente Yveline. Ces plateaux attirent les enfants, ils ont un projet de travail et accomplissent des gestes simples qui exercent la souplesse. Ils répètent ce geste plusieurs fois, deviennent plus précis et cela les prépare d’une certaine façon à l’apprentissage de l’écriture. »

Concentration et patience

Morgane Jacinto Gavira, animatrice au pré-pivot, a constaté de véritables évolutions chez la trentaine d’enfants qui fréquentent le lieu au long de l’année. « Ils sont plus concentrés, plus calmes, plus patients… » Chaque plateau d’activités n’existe en effet qu’en un seul exemplaire. L’enfant doit attendre que le précédent ait terminé s’il veut faire la même activité. Alors que Daisy applique délicatement du liquide vaisselle dans une assiette pleine d’eau, les autres enfants l’observent. Quand elle a fini, elle se tourne très fière vers Yveline, pour lui montrer le résultat, puis passe l’éponge sur sa table avant de laisser la place. « Ils ont besoin de ce regard d’adulte positif sur leur travail. Cela leur donne confiance en eux », conclut Yveline.

« Mon fils en a besoin »

Entre la pré-école (pour les enfants de 0 à 3 ans, avec leurs parents) et le pivot culturel (à partir de 6 ans), l’action du pré-pivot s’inscrit au coeur de la cité de promotion familiale créée ici en 1972 par ATD Quart Monde (et qui a été le premier Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale en France pouvant accueillir parents et enfants dans la durée). Séance après séance, les parents suivent les apprentissages de leur enfant. Ils n’assistent pas systématiquement aux activités, mais sont invités régulièrement ; les animateurs viennent chercher les enfants chez eux et les ramènent après chaque séance.

En juin 2011, la fête de fin d’année a été un temps fort d’échanges avec les parents. Une maman a expliqué que ses filles voulaient maintenant l’aider à chaque fois qu’elle préparait un repas. Une autre, voyant combien les enfants étaient autonomes et concentrés sur les plateaux d’activités, a dit : « Ce serait super si cela pouvait marcher avec mon fils, il en a tellement besoin ! »

Myriam Morzelle