« La crise actuelle est une illustration – plus
marquée cette fois – de l’immoralité et de
l’injustice constantes de notre système
économique et financier.
Il est profondément
injuste parce qu’il fait peser les risques les plus
importants (de précarité, de chômage,
d’errance…) sur ceux qui ont le moins de
moyens d’y faire face. Il est immoral car il
permet que certains gagnent des sommes
faramineuses, hors de proportion avec leur
courage ou leur mérite et bien au-delà de leurs
besoins, alors que deux milliards de personnes
meurent de faim et que des millions sont
condamnées à l’errance.
L’immoralité du
système s’est incrustée dans le domaine des
droits fondamentaux. En dépit des efforts de
beaucoup, on ne peut pas dire qu’il y ait
aujourd’hui, même en France, égalité d’accès
au logement, à l’éducation, à la justice, à la
santé…
D’une manière générale, les personnes et les
pays qui « réussissent » – qui « s’enrichissent »
– sont magnifiés. Une sorte de cécité collective
empêche de voir le côté pervers du système
qui crée de telles inégalités.
Plutôt que
moraliser le système lui-même, on préfère
« aider » les laissés pour compte, pour autant
qu’ils ne remettent pas en cause le modèle de
société établi. Ce faisant, on gère la misère au
détriment de l’avenir de ceux qui la subissent
et de leurs enfants, au détriment également de
l’avenir de tous, tant il est vrai que nous ne
formons qu’une seule et même humanité.
Face à cette situation, Atd Quart Monde n’a
cessé de faire entendre sa voix. Militants de
l’égale dignité de tous les êtres humains, nous
refusons les inégalités criantes dont notre
société s’accommode. Nous n’acceptons pas
qu’elles soient considérées par certains comme
moteur de progrès.
Nous manifestons notre
extrême réserve face à l’institutionnalisation
des distributions de nourriture pour les
pauvres, car elle entérine l’acceptation des
inégalités. Nous réaffirmons, avec la loi
française de 1998 contre les exclusions, que
l’objectif de notre pays doit être l’accès de tous
aux droits de tous, au nom de l’égale dignité
de chacun.
Si la crise actuelle n’entraîne pas des changements radicaux pour un « nouvel ordre du monde », les inégalités persisteront et seront cause de davantage de violence et de souffrance. Les progrès d’un pays ne se mesurent pas à l’accumulation de ses richesses – surtout quand elles sont confisquées par quelques-uns – mais à l’amélioration de la qualité de vie du plus pauvre et du plus exclu.
Pierre Saglio,
Président d’Atd Quart Monde France












